
Disclamer : Tout m'appartient
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Masao tenait fermement son parapluie. Les bourrasques de vent étaient plutôt violentes. Luttant pour recevoir un peu de protection de sa maigre barrière de tissus, le jeune homme ne vit pas se profiler l’établissement devant lui. Il passa devant et c’est en observant à nouveau les numéros qui s’affichaient sur les façades qu’il s’aperçut de son erreur. Rebroussant chemin, il vit enfin un immeuble très haut. Un groom en tenue amidonnée noir et or, se tenait sous le porche. Masao admira son air détaché malgré le temps de chien. Le jeune homme déglutit et entra dans l’établissement, sans que le groom daigne lui jeter un regard.
Lorsqu’il franchit le seuil, Masao s’arrêta. Il avait du se tromper d’établissement, c’était certain. Un jetant un regard circulaire, il vit un immense hall aux couleurs or, sable, crème. Un immense comptoir se tenait au centre et derrière lequel un ascenseur transparent permettait de monter aux étages. Le rez-de-chaussée était presque désert. C’est avec appréhension que Masao s’avança. Que venait-il faire dans cette galère ?
La moquette épaisse amortissait ses pas. Elle semblait neuve et Masao se sentait coupable de la tâcher. Arrivé devant le comptoir un homme d’un certain âge s’approcha de lui, dans une attitude hautaine et détachée.
« Que puis-je pour vous, Monsieur ?
— Hum… se racla la gorge Masao, j’ai rendez-vous avec Ogawa Naomi-san.
— Oh… vous êtes un candidat ?
— Oui…
— Je vais appeler le chef pour qu’il vienne vous chercher. Attendez ici, s’il vous plaît… »
L’homme se déporta légèrement pour attraper son téléphone. Masao ne pu s’empêcher de jeter un coup d’œil respectueux autour de lui. Les personnes qui traversaient le hall transpiraient l’argent et le pouvoir. Que faisait-il ici ? Cette question le taraudait et une envie de prendre ses jambes à son cou et de s’enfuir. Un raclement de gorge fit sursauter le jeune homme qui reporta son attention sur un homme habillé en costume trop pièce, soigneusement repassé.
« Ishihara-san ? Interrogea l’homme qui ne devait pas dépasser la trentaine.
— Hai !
— Veuillez me suivre… Je vais vous conduire au Chef.
— Je vous suis… »
L’homme traversa le hall rapidement. Masao n’eut plus le temps de regarder autour de lui. Ils dévièrent vers une porte double battante munie de hublots. Le changement de décors fut brutal. Le sol étant carrelé de grande dalle blanche, comme les murs, avec un liseré noir à la hauteur de la taille. L’atmosphère feutrée avait fait place à une ruche bruyante. Le personnel était nombreux. Entre ceux habillé de blanc, et ceux et celles habillés de noirs, Masao distinguait clairement le personnel de cuisine et de salle.
« C’est pour le poste de pâtissier ou celui de commis de cuisine auquel vous répondez ? Demanda soudain l’homme devant lui.
— Pâtissier…
— Oh… Il est dur de plaire au Chef… Je vous souhaite bonne chance. »
Masao ne répondit rien. De toute façon, il n’avait aucune envie de postuler à présent. Seul son envie de prendre ses jambes à son cou le tenaillait. Masao se souvint avec acuité de la voix profonde d’Ogawa Naomi. L’homme semblait pressé et avait été exaspéré sur les contraintes d’horaires qu’avait le jeune homme. Masao avait tout de suite sentit que son interlocuteur, n’était pas du genre à être coulant. L’autorité et la rudesse avec laquelle il répondait, laissait entendre qu’il était le seul maître à bord. Toutefois, il avait accepté ses contraintes et c’est ce qui avait fait penché la balance pour le rendez-vous.
A présent, Masao s’en mordait les doigts. Il se sentait étranger à ce monde. Parachuté une nouvelle fois, dans un univers qui n’était pas le sien. Ils entrèrent dans une immense cuisine. Le personnel jeta à peine un œil au duo. Masao sentait sa gorge se nouer et ses mains transpirées sous l’émotion. Il voulait fuir. Le serveur s’arrêta devant un espace à part de la cuisine. Contrairement au reste de la cuisine qui était linéaire. Ici, l’espace de travail était circulaire. Aménager pour une personne seule ou deux maximums. Quatre grands fours larges se tenaient alignés derrière avec de nombreux placards. Un homme d’un certain âge se tenait derrière le plan de travail. Il adressa un sourire chaleureux à Masao.
« Merci Manabe-san…
— Je vous en prie Chef… »
Le serveur disparut après un dernier salut et Masao se laissa inspecter par le Chef qui avait croisé les bras devant lui.
« Je me présente… Je suis Naito Arata et je suis le Chef pâtissier de cet établissement. Vous êtes Ishihara Masao, n’est-ce-pas ?
— Hai…
— Bien… Je vais vous expliquer le déroulement de notre après-midi. Le Chef m’a prévenu que vous devriez être partit pour 15 h30. Ce qui nous laisse peu de temps. »
L’homme jeta un bref coup d’œil à sa montre et déclara
« Il est actuellement midi. Vous êtes ponctuel et c’est un très bon point pour vous. Je vais vous demander d’enfiler une veste et de me faire un assortiment de biscuits. Je voudrai également que vous soyez capable de me confectionner des entremets. Peu m’importe le nombre et la manière dont vous vous y prenez, le résultat étant qu’ils doivent être consommable… pour le Chef. Je reste à vos côtés pour vous servir d’aide dans le fonctionnement des fours et dans votre recherche de matériels. Sachez que je ne jugerai en rien votre manière de faire. Seul le résultat compte… pour l’instant. »
L’homme se déplaça et emmena Masao à l’arrière de son poste où il vit un petit vestiaire.
« C’est le vestiaire du pâtissier…
— Vous êtes seul ? S’étonna Masao.
— Oui… Il ne faut pas plusieurs pâtissier vous savez. Attendez… »
Quelques minutes plus tard, Masao était débarrasser et se trouva habillé d’un tablier blanc et d’une petite toque. Naïto sortit un ensemble de fruits et divers ingrédients indispensable pour que Masao puisse travailler dans les meilleures conditions. Le jeune homme était mort de traque. Au début, il fit tomber un bol en inox et se mordit la lèvre inférieure. Il avait l’impression qu’il n’y arriverait jamais. Naïto-san vit la pression inutile que le jeune homme se mettait sur les épaules.
« Ishihara-san… Imaginez-vous chez vous préparer ses desserts pour la personne que vous aimez. Oubliez l’endroit où vous vous trouvez… Il est inutile de vous stressez inutilement. »
Masao ferma un instant les yeux et respira lentement. Il était dans l’appartement à Ginza. Et Nanashi était rentré à la maison. Que lui ferait-il pour lui faire plaisir ? Immédiatement, le regard du jeune homme s’alluma et ses gestes devinrent plus sûrs. Inconsciemment, il mit en pratique tous les précieux conseils que lui avait donnés Ogawa-san durant ses cours. Masao aimait cuisiner et plus particulièrement faire la pâtisserie. Qu’avait-il à craindre de toute façon ? Il n’était pas là réellement pour le recrutement mais, pour se prouver certainement quelque chose à lui-même…
Les heures défilèrent sans qu’il ne les voient passées. Naïto-san fut d’une aide précieuse et lorsque Masao eut terminé, il jeta un coup d’œil à sa montre et s’aperçut qu’il était en retard. Il devint blême.
« Quelque chose vous perturbes Ishihara-san ?
— Je dois récupérer Fuyuki à l’école, s’exclama Masao paniqué, et… je n’ai plus que dix minutes pour arriver à l’heure…
— Eh bien… allez-y ! De toute façon, j’ai l’impression que le Chef a du être retenu. Je vais mettre toutes ses pâtisseries au frais pour la dégustation. Se sera lui d’ailleurs qui reprendra contact avec vous pour vous donner le résultat.
— Merci… excusez-moi Naito-san. Je vous remercie également pour votre aide.
— Je n’ai rien à part vous désigné l’emplacement des ustensiles, sourit le Chef pâtissier.
Masao s’inclina une nouvelle fois et se changea. Le jeune homme parcourut les couloirs beaucoup moins encombré que le midi. Cela ne l’empêcha pas de percuter une armoire à glace qui ne bougea même pas d’un centimètre alors que lui faillit basculer en arrière. Une main vint à son secours pour éviter la chute.
« Ne courrez pas dans les couloirs, jeune homme… vous ne savez pas si celui ou celle qui arrive porte un plateau. C’est dangereux… »
Masao leva les yeux et rencontra un regard noir pénétrant.
« Excusez-moi… »
Ne prenant pas plus de temps, Masao s’enfuit du couloir et traversa le hall à toutes jambes. Naomi soupira et secoua la tête. Il entra quelques minutes plus tard dans la cuisine vide ou presque… Seul Naito-san semblait se régaler à manger une petite bouchée.
« Je vois que vous semblez pressé de déguster les créations de Ishihara-san… Est-il encore présent ?
— Il vient de partir à l’instant Chef ! » Déclara respectueux le vieil homme. « Il était en retard pour récupérer sa fille à l’école….
— Alors ? Demanda septique Naomi.
— Pour la façon de travailler… c’est à revoir. Ce n’est pas un professionnel. Toutefois, il a réussit à faire la moitié des compositions que les autres candidats ont créé.
— Seulement ? Fit en fronçant les sourcils Naomi.
— Vous m’aviez dit qu’il avait recommandé par votre cousin… et votre cousin se trompe très rarement… C’est d’ailleurs très rare qu’il le fasse. Tout ce que je peux vous dire… goûter un de ses petits fours. Vous allez être très surpris…. »
Naomi s’approcha du plan de travail. Naïto-san revint avec un plateau rempli de magnifiques petits fours dont certains avaient une présentation originale et soignée. Le coup d’œil du professionnel qu’était Ogawa fut appréciateur. Il souleva une petite mousse au chocolat posé sur un biscuit. Il croqua et ouvrit les yeux de surprise. Un gout de pomme caramélisé, et la mousse aérienne d’une mousse bavaroise vint le surprendre avec un arrière goût de… Cointreau !
« C’est lui qui a fait cela ?
— Je n’ai pas pu résister… avoua Naito. Goûter ceci… »
Naomi se servit une petite pâtisserie ronde, qui semblait n’être faite que d’un glaçage de chocolat surmonter de groseilles. Il croqua dedans et le goût de la framboise vint taquiner ses papilles puis, le croquant d’un biscuit au riz nécessita l’utilisation de ses dents pour ensuite, sentir couler dans sa gorge le goût suave du coulis de fruit rouge, pas trop ni trop peu, se mariant admirablement avec le chocolat noir dans lequel, il avait croqué plus tôt. Un frisson le traversa. C’était tout simplement divin. La différence des textures, des saveurs qui se mariaient si bien ensemble…
« J’aimerai beaucoup travailler avec ce jeune homme, commença Naito. Il est poli, rigoureux et humble. Un peu maladroit parfois mais, de bonne volonté. Et comme l’avait souligné Ogawa-san… il a de l’or dans les mains.
— Véritablement… confirma Naomi toujours sous le charme de ce qu’il venait de déguster.
— Apparemment, il a un autre travail… enfin, votre cousin m’en a parlé brièvement et… je trouve que c’est du gâchis de laisser un tel talent s’échapper. Avec lui à ma place lors de mon départ en retraite… je serai rassuré. Je n’ai qu’à lui transmettre ma méthode de travail et les recettes de notre restaurant à lui inculquer pour le reste, il a l’imagination et un don pour mélanger les saveurs. Je pense qu’il arriverait à proposer de nouvelles combinaisons intéressantes.
— Je vais m’arranger pour qu’un rendez-vous soit organisé rapidement. Je vous demande de ranger toutes les pâtisseries. Je demanderai au second, à quelques membres du personnels et à ma femme de venir nous rejoindre pour une dégustation vers dix-sept heure quinze.
— Bien… je vais faire un tirage au sort pour créer un panel à l’aveugle.
— A tout à l’heure… et je suis désolé d’être arrivé si en retard…
— Ne vous inquiétez pas Chef… je comprends parfaitement bien. Le conseil d’administration est en ébullition ses derniers temps…
— Oui… soupira Naomi en prenant au vol un petit gâteau au chocolat avant que le plateau ne soit hors de sa porté.
Derrière le chocolat l’esquisse sensation d’une crème parfumé à l’orange l’interpella… Il lui fallait cet apprenti ! Naomi quitta la pièce après un dernier salut à son Chef pâtissier et il se dirigea vers son propre bureau se trouvant non loin des cuisines. Il avait quelques commandes à passer pour le lendemain. Puis, ses pensées s’envolèrent vers le jeune homme qu’il avait percuté plus tôt. Ce devait-être Ishihara, il ne le connaissait pas. Ce type lui faisait penser à lui d’une certaine manière.
Il était partit faire des études de droit à New York University. Trois ans qu’il y faisait ses études et avait du être rappelé en catastrophe chez lui au Japon. Son père et son frère ainé étaient morts dans un terrible accident d’avion. Personne ne pouvait reprendre l’affaire familiale sauf lui. Il avait tout quitté pour rentrer en cuisine et devenir Chef, comme son père et son frère… c’était un devoir. Il en avait bavé et avait souvent eu envie de tout plaquer… Mais, il avait tenu bon… même lorsque sa mère lui avait imposé son mariage avec sa femme. Héritière aussi d’une autre tradition dans la restauration.
Quelque part, il n’avait jamais tenu compte des diplômes ou du parcours des personnes qui venaient postuler dans son établissement, seul ses compétences, son respect de la discipline et la motivation d’un candidat l’interpellait. Ishihara avait conquis son palais… Il ne lui restait plus qu’à le rencontrer pour se faire une opinion définitive. Il se souvint de l’éclat vert furtif entraperçut quelques secondes. Un sourire éclaira le visage de l’homme qui paraissait si dur lorsqu’il ne souriait pas.
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Masao avait totalement oublié le restaurant. Où plutôt, il avait mis se passage quelque part dans un coin de sa mémoire. Soulagé d’avoir réussit à relever le défi. Il s’occupait de Fuyuki et Nanashi lui apprit qu’il rentrait une semaine plus tôt que prévu. Son amant semblait particulièrement de bonne humeur… même un peu trop. Quelque chose clochait ou bien, c’était simplement son imagination.
Ce jour là, était un de ses jours pluvieux, venteux qui parfois luttait avec quelques rayons du soleil qui tentait de percé la couverture nuageuse sombre et menaçante. Le genre de temps qui faisait rêvasser Masao. Dans deux jours, Nanashi serait de retour et à cette idée, son cœur se mit à cogner plus fort. Pourtant, le jeune homme ne savait pas trop si s’était la joie de revoir son compagnon ou bien… si c’était un mélange de colère et de douleur qui le taraudait. Allait-il encore l’ignorer ? Ou bien rassurer de ne pas être vu rester avec lui ? Quitter son lit brusquement comme on quitte une maitresse pour rejoindre son épouse comme si de rien n’était ?
Masao songea soudain, qu’il n’avait jamais vu la chambre de Nanashi. Ce dernier lui avait toujours défendu d’y rentrer. Cachait-il quelque chose ? Jusqu’ici, il ne s’était pas posé de questions. Pourquoi s’en poserait-il de toute façon ? Mais, le comportement du mannequin le laissait perplexes. Et si… et si… il passait l’interdit ? Après tout… ils étaient censés être ensemble… Nanashi disait l’aimer.
Le jeune homme se dirigea lentement vers la chambre de son amant. Fuyuki était absente et personne à part lui, ne savait ce qu’il faisait dans l’appartement. La gorge nouée, Masao empoigna la clinche de la porte. Inexplicablement, son cœur se mit à battre plus vite. Pourquoi ressentait-il se malaise ? Peut-être parce que Nanashi ne l’avait jamais invité…
Lentement, il appuya sur la clinche et cette dernière résista. Masao eut un petit rire. Bien sûr, Nanashi ne laisserait pas la porte ouverte. Il réfléchit rapidement et se souvint que la femme de ménage avait des doubles dans son placard. Rapidement, Masao fit l’aller et retour avec un trousseau de clef. Masao faillit se dégonfler à la dernière minute trouvant son geste trop hardi, trop fan à la recherche d’information croustillante.
Puis, son esprit se calma… Lui ne cachait rien à Nanashi. Il aurait préféré que ce soit lui qui lui fasse visiter. Il hésita encore une fraction de seconde et pénétra dans les lieux. Masao resta sur le seuil à contempler l’antre de Nanashi. Le téléphone sonna le sortant de sa transe. Le jeune homme traversa rapidement le couloir et prit le combiné complètement ailleurs.
« Ishihara-san ?
— Hai ?
— Ogawa Naomi… Je suis désolé de vous appeler aussi tardivement… mais, j’ai eut quelques soucis à régler avant de vous contacter…
Masao eut un mal fou à comprendre qui était son interlocuteur et de quoi on lui parlait.
« Ishihara-san ? Vous êtes là ?
— Oui, excusez-moi, je… je faisais autre chose et je vous avez oublié…
— Ce n’est pas mon cas ! Bref… je souhaiterai vous rencontrer demain si c’était possible.
— Pourquoi ?
— Vous avez été choisit pour intégrer notre établissement. Je voudrai vous faire une proposition qui je pense vous intéressera. Etes-vous d’accord pour en parler de manière plus concrète demain matin… disons à dix heures ?
— Il n’y a aucun problème Ogawa-san…
— Bien ! J’aime les réactions rapides…. J’ai eu peur que vous ne refusiez de me rencontrer.
— Comme je viens de vous le dire Ogawa-san… cela ne me pose aucun problème de vous rencontrer. Je serai ravi de travailler pour vous.
— Bien… Vous vous présenterez à l’accueil et cette fois-ci, c’est moi-même qui viendrais vous chercher. Naito-san se joindra à nous un peu plus tard…
— Très bien, je serai au rendez-vous.
— A demain Ishihara-san.
Masao raccrocha mécaniquement. Il traversa à nouveau le couloir et ferma la chambre de Nanashi. Il n’avait nul besoin de s’attarder en ce lieu où, il n’avait pas de place. Le jeune homme se dirigea vers la cuisine où trainait le journal du matin. Il le déplia et se mit en quête d’une chambre.
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La matinée était fraiche. Ce mois de février était glacial. Quelque part, il approchait la température de son cœur. Cette fois-ci, c’était d’un pas plus assuré qu’il pénétra à l’intérieur de l’hôtel. Il se présenta à l’accueil et reconnu le réceptionniste qui lui adressa un petit sourire et un hochement léger de la tête en signe de reconnaissance.
Masao se sentait étrangement calme et détaché depuis la veille. Il sursauta néanmoins lorsque la voix grave de Ogawa se fit entendre derrière lui. Masao rencontra le regard presque noir du Chef comme l’appelait Naito-san. Ce type était une véritable armoire à glace. Masao mesurait un mètre quatre vingt cinq se sentait étrangement « petit » à côté de son futur patron. Ce dernier lui fit un signe de le suivre. Masao lui emboita le pas.
« Ishihara-san, je suis heureux de vous rencontrer. J’espère que notre collaboration sera aussi percutante que notre première rencontre.
— Je l’espère tout autant… répondit Masao en observant les épaules larges taillé par une activité sportive intense.
Ils entrèrent dans un bureau de petite taille, encombré de papiers et d’un ordinateur. Un mur en liège derrière le bureau était constellé de petits bouts de papiers de couleur. Sur le mur d’à côté, un planning comportant les fiches du personnel. Le désordre n’était qu’apparent. L’organisation devait être tenue d’une main de fer.
« Asseyez-vous Ishihara-san… »
Masao s’installa et attendit patiemment. Naomi s’installa à son tour et observa le jeune homme qui retirait sa veste pour s’installer confortablement. Il faisait partit de la catégorie des « beaux gosses ». Il aurait pu être mannequin sans problème. Cet Ishihara dégageait une classe folle et complètement aux antipodes de ce qu’on pouvait trouver chez un pâtissier ou un quelconque cuisinier.
« Nous avons plus qu’été impressionné Ishihara-san par vos créations. Nous souhaiterions vous avoir dans nos murs. Bien sur, Naito-san va vous prendre en main, car malgré tout il vous faut encore apprendre quelques techniques. Et puis, nous avons nos propres créations qui font la marque de notre établissement.
— Je comprends… Affirma Masao à l’écoute.
— Alors, je vous propose un contrat de formation chez nous durant un an. Naito-san va vous inculquer tout son savoir et vous donner sa méthode de travail. Vous démarrerez votre journée à deux heures trente du matin et votre journée s’achèvera à plus ou moins midi et demi. Quelque fois beaucoup plus tard. Cela dépendra des meetings, des séminaires, des repas de mariages ou que sais-je… l’activité est fluctuante. Vous aurez droit à deux jours de congés en semaine consécutif. Pour vous, se sera le mardi et mercredi au départ. »
Ogawa reprit sa respiration et se pencha pour attraper un contrat préparé à l’avance. Il le tendit à Masao.
« Voici tous les termes de votre engagement. Je vous demande de le lire soigneusement et vous apposerez votre cachet et signature. Si vous êtes d’accord. Posez-moi vos questions si besoin est…
— Hai… »
Masao se plongea dans son contrat. Naomi s’excusa lorsque son téléphone sonna et décrocha pour répondre à son personnel. Détaché, Masao lu avec attention son contrat. Tout y était abordé, son salaire était plus que convenable pour un apprenti et ses conditions de travail étaient très avantageuses. Il était clair que ce contrat avait été fait pour l’attirer dans l’Hoshi Tokyo International. Lorsqu’il arriva en fin de contrat, il s’aperçut qu’une clause s’y trouvait l’empêchant de quitter l’établissement durant trois ans. Le salaire qui était affiché pour la première année en tant qu’employé et non plus qu’apprenti était plus qu’alléchant.
Le contrat était tellement précis qu’il n’avait aucune question à poser. Maintenant, était-il prêt à postuler pour quatre années auprès de l’établissement. Son esprit s’en fut vers Fuyuki. Dans quatre ans la petite serait au collège et en internat. Cette place était une véritable chance comme il n’en aurait plus avant un petit moment. Alors, sans hésiter il signa le contrat. Il ne lui restait plus qu’à en informer Nanashi… ainsi que…
Naomi avait raccroché et avait vu les différentes expressions se succéder sur les traits de son futur employé. Quelque chose retenait son attention mais, il n’arrivait pas à deviner de quoi il pouvait s’agir. Et quelque part, il s’en moquait. Tout ce qu’il désirait c’est qu’Ishihara signe en bas du contrat et c’set avec une certaine joie qu’il vit ce dernier posé son tampon en bas de la page. Naomi avait fait ce contrat pour qu’il soit impossible à Ishihara de refuser et apparemment, il avait obtenu gain de cause.
Masao quitta l’établissement deux heures plus tard. Il commencerait les premiers jours de mars. Maintenant, il devait s’occuper de quelque chose de bien plus pénible et compliqué. Son départ de chez Rei-san !
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La gare était bondée. Comme toujours aux heures de pointe. Pourtant, Fuyuki et Masao avaient bravé la foule pour aller à la rencontre de Nanashi. Pour la plus grande joie de la petite, Nanashi avait fait en sorte d’être très discret sur son déplacement. Itami et une partie de l’équipe était encore sur le tournage. Ce qui attirait moins l’attention sur le mannequin. Une voix féminine annonça le train qu’ils attendaient patiemment depuis une bonne dizaine de minutes.
Patiemment, Masao calma Fuyuki. Quand son père apparu dans son champ de vision, elle échappa à la surveillance de sa nounou pour bondir dans les bras de Nanashi. Le cœur de Masao cognait fortement. De voir, son amant après une si longue absence le bouleversait mais, il s’était promis de tenir bon. Nanashi le rejoignit le sourire aux lèvres.
« Je suis heureux de te voir… Masao.
Le jeune homme faillit lui crier au mensonge mais s’abstint. Il sourit aussi naturellement qu’il lui était possible
« Moi aussi… Nanashi. »
Masao se détourna pour prendre la porte de sortit, Nanashi le suivait en ayant toujours Fuyuki très excitée autour de lui. Masao ouvrit la voiture et le coffre.
« Fuyuki monte s’il te plaît…
— D’accord ! »
Nanashi vint se poster à côté de son amant et demanda sombrement.
« Quelque chose ne va pas Masao ?
— Tout va très bien… Nanashi. » Le rassura le jeune homme.
Nanashi n’en était absolument pas sûr. Masao était distant voir, presque froid. Il se sentait pris au dépourvu et déstabilisé par ce comportement presque étranger du jeune homme. La tristesse qu’il lisait dans son regard vert l’interpella. Nanashi pour la première fois depuis qu’il vivait en couple avec le jeune homme, lui caressa la joue sans arrière pensée.
« Dit-moi… » Souffla Nanashi en s’approchant de Masao au point de le toucher.
Leurs regards se rencontrèrent intensément. Nanashi sentait qu’il perdait son compagnon. Déjà leurs appels étaient plus distants et il ne s’en était pas préoccupé perdu entre ses désirs contradictoires. Mais, à présent être devant Masao… après cette longue absence, la tension retombée tout l’amour qu’il éprouvait remonta à la surface.
« Masao…
— Rentrons Nanashi… »
Masao se détourna et il demanda d’une voix émue
« Tu conduis ?
— Tu as ton permis à présent ?
— Hai…
— Je te laisse le volant… je me sens fatigué. »
Masao s’installa à bord de la voiture et attendit que Nanashi ferme la porte. Le retour se passa sous le feu des questions de Fuyuki. Masao lui se sentait détaché de tout cela. Il n’était pas indifférent à Nanashi mais, l’homme était toxique pour ses nerfs. S’il continuait à l’aimer de cette manière, il allait droit dans le mur. Il avait besoin de distance. Masao était perdu dans ses pensées tout en faisant attention à sa conduite.
Les photos qui couvraient les murs de son amant lui avaient fait comprendre que jamais, il ne pourrait atteindre Nanashi. Qu’il ne soit quelque part qu’un substitut… et l’attitude de Nanashi vis-à-vis de lui n’était le résultat que de l’amour fou qu’il portait à son ex-femme. Il ne voulait pas être en compétition avec une morte ! Masao voulait être aimé… pour lui. Mais, Nanashi ne se rendait visiblement pas compte de son comportement.
Une demi-heure plus tard, ils rentrèrent à l’appartement. Fuyuki accapara son père. Masao quitta la pièce et gagna ses appartements. Il n’avait pas envie de faire semblant. Il n’avait plus le courage. Masao s’installa sur son canapé. Il pencha la tête en avant, cachant son visage entre ses mains. La présence de Nanashi le troublait et pourtant, Masao avait l’impression que quelque chose s’était cassé. Il avait bien vu les regards de biais de Nanashi.
Lorsque la porte s’ouvrit, Masao releva la tête et rencontra le regard mercure. Le moment des explications étaient venus entre eux. Ce moment tant redouté par le jeune homme. Vivre dans l’ombre de Nanashi ou prendre son envol ? Continuer une relation à sens unique ou se détacher même si ça lui faisait mal…
Nanashi fronça les sourcils lorsqu’il entra dans la chambre de son compagnon. Il avait l’impression d’une éternité… Que lui était-il arrivé ? Quand il entra dans la pièce de Masao et qu’il rencontra le regard sombre, l’attitude combative du jeune homme lui était inconnu… il était en face d’un inconnu. Exit le presque adolescent qu’il avait rencontré quelques mois plus tôt. La timidité s’était envolé et quand Masao se redressa pour se mettre à sa hauteur, Nanashi sentit son cœur s’emballer. Confusément tout lui échappait…