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Disclamer : Tout m'appartient !

 



 

Le silence se prolongeait. Interminable. Masao se remémorait l’homme avec qui il avait passé des moments tendres. « - Je me disais bien que vous saviez sourire Ishihara-san ! ». Ce moment au parc d’attraction au tout début de leur relation. Il revoyait encore le mannequin avec sa paire de lunette sur le nez et sa glace au chocolat entre les doigts. Son regard embué lorsqu’il le rejoignait à la cuisine de bonne heure le matin. « - C'est vrai ! Mais vivant tous les deux sous le même toit et ayant le même désir l'un pour l'autre… Je nous vois mal continuer en nous ignorant ! ».

 

Masao se souvint du goût des baisers de Nanashi et la manière dont il se sentait fondre. Pourtant, cela le ramena aux photos exhibées dans la chambre du mannequin et un frisson d’écœurement le secoua. Nanashi lui avait dit qu’il l’aimait… Était-ce de la manière que sa femme ?

 

La tension augmentait progressivement. Aucun des deux hommes n’osait le rompre ayant peur de déclencher les hostilités. Nanashi lui observait attentivement Masao. Quelque chose dans son attitude le mis sur ses gardes. Son regard vert si franc le scrutait comme s’il tentait de découvrir quelque chose en lui.

 

Le sonder ? Il était incapable de le dire. D’autant qu’un pli amer s’était formé sur le coin de sa bouche. Pourquoi ressentait-il cet instant comme quelque chose qui allait être capital entre eux ? Cette impression persistante de malaise ? Jamais, Nanashi n’avait une expression aussi sérieuse sur le visage du jeune homme.

 

Se fut Masao qui débuta sombrement, n’en pouvant plus de l’attente.

 

« Je pars… »

 

Les mots avaient été chuchotés mais, la détermination du jeune homme transpirait dans cette simple phrase. Nanashi qui s’attendait à quelque chose de grave, ouvrit les yeux de surprises en étant mis au pied du mur.

 

« Pardon ? Tu pars ? Coupa-t-il stupéfait.

—     Hai… Je crois que nous n’avons rien à faire ensemble…

—     Et ça te prend comme ça ? »

 

Masao fronça un peu plus les sourcils. Nanashi s’était raidit et son attitude était devenue clairement menaçante. Le jeune homme qui était à présent à la hauteur du mannequin soutint le regard devenu intense. Nanashi ne semblait pas comprendre le revirement de situation, scrutait le visage du jeune homme.

 

« Je suis tellement amoureux que je n’ai rien vu… pourtant, mon ex m’aurait traité de la même manière que toi… j’aurai claqué la porte depuis longtemps. » Débuta Masao.

—     Que veux-tu dire ? » Coupa le mannequin d’une voix légèrement frémissante.

—     Ce que je veux dire ? Nanashi… Que suis-je réellement pour toi ? Un sentiment confortable qui te permet de trouver un certain équilibre ? Quelqu’un qui est là sous la main quand tu en as besoin ? Quelqu’un que tu juges malléable pour le forger comme toi tu le souhaites ?

—     Ne raconte pas n’importe quoi ! Nanashi était devenu pâle. Il ne s’attendait pas du tout à cela. Je t’aime et…

—     Comme ta femme ? » Interrogea Masao inquiet en songeant aux photos qu’il avait vu dans la chambre.

 

Nanashi plissa les yeux. La colère commençait à monter en lui. Qu’est ce que c’était que cette conversation ? Où était le Masao qu’il connaissait ? Ce dernier repris plus froidement tentant de se donner une contenance.

 

« Tu comptes aussi afficher des poster de nous dans ta chambre quand je serai mort ? Tu te rends compte que tu as des photos de vous faisant l’amour ? » La voix de Masao écœurée raisonna dans la pièce. « Était-elle au courant ? Et moi ? Y a-t-il un appareil photo ici aussi ? Dans cet appartement où tu peux prendre des phot… »

 

Un formidable coup de poing s’abattit sur la mâchoire de Masao. Un silence glacial prit place, seulement interrompu par la respiration saccadé de Nanashi. La colère déformait les traits du mannequin. Il attrapa Masao par le revers et l’étrangla presque. L’homme sentait monter en lui des pulsions dont il ne comprenait pas le sens. C’était presque comme s’il devenait quelqu’un d’autre.  Comment ce salaud était-il entré dans sa chambre sans sa permission ? Personne n’y mettait les pieds ! Surtout s’il n’avait pas pris la précaution de retirer les clichés compromettants !

 

« Qui t’as permis de rentrer dans ma chambre ? Qui ? » Cracha Nanashi presque haineusement. « Je t’ai dit que cette pièce m’était exclusivement réservée et… »

 

Nanashi hurla de douleur. Masao avait utilisé ses connaissances en self-défense pour lui infliger un coup lui vrillant les nerfs aux poignets. Le jeune homme toussa lorsque la poigne de Nanashi se relâcha. Il se recula à quatre pattes et observait entre ses paupières le mannequin. Ses longs cheveux tombaient en partie sur son visage, laissant entrevoir un regard opaque.

 

« Es-t…u f…ou ? » Demanda Masao essoufflé et entrecoupée.

—     Tu n’as aucun droit… » Gronda le mannequin méconnaissable.

—     Quel droit ai-je avec toi Nanashi ? » Coupa Masao en chuchotant. « Ce n’est pas parce que tu me payes pour garder ta fille que tu as tous les droits sur moi en tant que petit ami…

—     Tu n’es rien sans moi… » Jeta méchamment le mannequin.

—     Tu te trompes lourdement. »

 

Nanashi se redressa et Masao reprit froidement, alors qu’il reprenait lui-même une position stable sur ses deux jambes. Le jeune homme qui n’encaissait pas les paroles de Nanashi, il était presque en état second et il voulu aussi le blessé verbalement, ne voulant pas laisser de « privilège » à Rei-san.

 

« Est-ce que lorsque je te faisais l’amour, tu retournais dans ta chambre et tu te masturbais devant la photo de ta femme ? »

 

La lueur folle qui s’alluma dans le regard de Nanashi, prévint Masao que quelque chose clochait. Sans prévenir, le mannequin bondit sur lui et voulu le frapper. Le jeune homme qui avait pratiqué le kendo durant plusieurs années, ne se laissa pas impressionner et esquiva l’attaque de Nanashi. Mais, ce dernier le prit par surprise. Masao garda son calme et se défendit autant qu’il le pouvait, alors qu’il perdait l’équilibre à nouveau. La poigne du mannequin était écrasante.

 

Les deux hommes tombèrent au sol emporté par l’élan. Le bruit sourd de la chute raisonna dans la pièce. Masao perdit le contrôle de la situation, dépassé par la rage, la force et la folie du mannequin. Les doigts de Nanashi se resserraient autour de la gorge de Masao qui n’avait plus d’air pour respirer. Ses mains s’accrochaient faiblement au tissu et le jeune homme cru sa dernière heure arrivé. Masao changeait de couleur progressivement pour devenir couleur brique…

 

Nanashi ne se contrôlait plus. Les paroles de Masao étaient si justes qu’il avait l’impression d’avoir été violé par son employé. Où était l’homme docile qu’il avait adopté ? Masao lui devait tout… Il ne pouvait pas partir ! Pas maintenant qu’il retrouvait un équilibre… pas quand il était de retour pour le prendre en main… Pas maintenant, pas maintenant… ces paroles tournaient en boucle dans son esprit. Il ne s’apercevait même pas de la lente modification qui intervenait dans le physique de son amant. Blêmissant au fil des secondes à présent, le jeune homme tentait d’avalée de goulée d’air.

 

Masao était sur le point de s’évanouir par manque d’air et de douleur. Nanashi fit un petit mouvement qui le décala et dans un éclair de lucidité qu’il ne croyait plus avoir, il porta un coup avec son genou dans le bas ventre de Nanashi avec toutes les forces qui lui restaient. L’homme lâcha sa prise et Masao toussa et roula sur le côté. Son corps tremblait encore sous le choc, son regard glissa sur le côté pour voir Nanashi se tordre de douleur.

 

Masao souffla la voix éraillée

 

« T… é f..ou ! J… ai fai…li mourir… »

 

Le jeune homme se redressa. Il devait prendre une décision et rapidement. Pouvait-il rester ici ? Masao se dirigea vers son placard où un sac l’attendait déjà. Il ajouta ses papiers. Un bruit derrière lui attira son attention et Masao se retourna pour contrer à temps Nanashi qui voulait à nouveau l’empoigner. L’expression folle de son amant, donna un frisson d’angoisse à Masao qui ne reconnaissait plus l’homme qu’il avait aimé et encore moins le père de famille attentionné. Il se demanda s’il avait plus mal physiquement ou moralement.

 

« Arr..t…

—     Tu ne sortiras pas d’ici ! Tu m’appartiens Masao… Tu n’appartiens qu’à moi… » Gronda Nanashi hors de lui.

—     Je n’appartiens qu’à moi-même Rei-san… »

 

Masao voyant que Nanashi n’avait pas abandonné le combat, porta pour la première fois un coup à la mâchoire du mannequin qui rebondit sur la table basse qui l’assomma presque. Apparemment Nanashi ne comprenait pas qu’il ne voulait pas le blesser. Il ne comprenait pas qu’il pouvait lui-même le tuer… mais, que le jeune homme ne le pouvait pas. Cette simple idée rempli d’horreur Masao. Jamais, même si sa vie en dépendait, il ne pourrait intenter à la vie de qui que ce soit. Se n’était pas dans sa nature…

 

Masao était gagné par la peur que les choses s’enveniment plus encore et des conséquences que tout cela pouvait avoir. Et s’il tuait justement Nanashi sans le vouloir ? Que se passerait-il ? Et si c’était lui qui mourrait ? Nanashi semblait incontrôlable. Il entassa pêle-mêle ses affaires sans réfléchir et s’empara de ses papiers. Il passa devant Nanashi qui se redressait avec difficulté et qui reprenait ses esprits. Le jeune homme déclara crisper…

 

« Je voulais te dire que je quittais l’appartement et que je prenais un nouveau travail. On m’a offert une place, une opportunité que je ne pouvais pas refuser et puis… je voulais grandir. Mais, ce qui m’a décidé définitivement, c’est de voir toutes ses photos… je comprends que tu aimes encore ta femme mais… cette manière est trop morbide pour moi !

—     Tu ne peux pas comprendre… Souffla Nanashi.

—     Non, je ne comprends pas ! Je ne te comprends pas ! Inutile de te dire que je ne reviendrai plus ici… »

 

Masao quitta la pièce et la voix de Nanashi le poursuivit avec un ricanement.

 

« Alors sort ! Je ne te veux plus ici… nous verrons bien si tu ne reviendras pas en pleurant d’ici demain…

—     Pour qui… te prends-tu ? Souffla Masao d’une voix éraillée en tournant son visage à demi.

 

Nanashi restait assis sur le sol comme vidé. Son regard était sombre et la folie qui s’y était logée semblait avoir disparu. Pourtant, l’expression ironique et suffisante du mannequin ne poussa pas Masao à changer d’opinion. Une douleur fugace traversa sa poitrine lorsqu’il entendit la réponse de son ex-amant.

 

« Pour celui qui t’as sortit du ruisseau ! Répondit méprisant Masao.

—     Je ne suis pas ton chien ! » Cracha Masao furieux lui-aussi à présent.  « Je crois que tu confonds les rôles…

—     C’est toi qui n’as pas compris mes règles ! »

 

Masao se détourna et ouvrit la porte. Le jeune homme s’arrêta net. De l’autre côté du couloir se tenait Fuyuki, serrant très fort une de ses peluches lapins. La petite fille était blême. Masao l’avait complètement oublié dans le feu de l’action. Qu’avait-elle entendu exactement ? Et depuis quand ? Elle était tétanisée par ce qu’elle entendait. Paralysée par la tension qui se dégageait de la pièce.

 

Le jeune homme s’arrêta devant la petite, essayant d’être rassurant

 

« A bientôt peut-être princesse… 

—     Tu pars ? Demanda-t-elle d’une voix éteinte.

—     Oui… Tu seras sage ?

—     Mais… mais pourquoi ? Demanda la petite effondrée.

—     Se n’est plus possible avec ton papa…

—     Fuyuki… vient avec moi ! Laisse Masao partir. Il n’a plus rien à faire ici ! »

 

Fuyuki resta indécise. Masao ébouriffa les cheveux blonds et quitta la pièce. Il sortit en fermant la porte d’entrée silencieusement derrière lui. Le jeune homme descendit les mains fourrées dans les poches de son pantalon. Elles tremblaient tellement qu’il ne voulait pas exposer sa douleur intérieure. Sa respiration déjà difficile depuis l’étranglement de Nanashi était saccadée… Elle devint erratique sous le coup de son émotion. Les larmes se mirent à couler et d’un geste presque rageur Masao les essuya.

 

Son discours, ses explications s’étaient envolées. Il exsudait quelque chose de dangereux chez Nanashi. Il avait cru mourir étouffé sous la poigne du mannequin. Il avait peur pour Fuyuki… il était malheureux pour elle mais, il ne pouvait pas rester à cause d’elle. Que deviendrait-il entre les mains de Rei-san ?

 

Où irait-il se réfugier en attendant ? Le petit F1 qu’il avait réussit à avoir ne serait pas disponible avant la semaine suivante. Tant pis, il irait à l’hôtel. Des jours sombres allaient l’attendre. Mais qu’importait… Le dégoût que lui avaient inspiré les photos nues du couple faisant l’amour, les pauses indécentes et ce mausolée dans la chambre, lui avait fait penser à l’antre d’un tueur en série. D’un fétichiste fou. Ce n’était pas l’idée que Masao se faisait de l’amour…

 

°°OoO°°

 

Fuyuki

 

J’ai mal ? J’ai mal… et j’ai du mal à respirer. Mon couvre lit, pourquoi… il devient tout flou ? Quelque chose de mouiller tombe sur ma main. Je baisse les yeux et… je pleure ? J’ouvre la bouche pour respirer mais, ma gorge est tellement serrée que l’air passe plus. Je veux pleurer… non, HURLER ! Maman… Maman… revient ! Je veux que tu reviennes… Masao est partit… Je l’aimais et…

 

Il a fait du mal à papa ! Masao a frappé papa. Le sang que papa avait sur le coin de la bouche… c’est Masao qu’il l’a fait à papa… Je revois encore papa assis par terre, les vêtements tout défaits… Papa est si beau d’habitude et là… il… il… était tout déshabillé ! Et son regard… il était tout… bizarre…

 

Papa est tout seul à nouveau… Masao… Je ne peux pas m’empêcher de pleurer et je me déteste. Je me laisse tomber et je me replie sur moi-même et ma tête bascule sur le couvre-lit. J’ai envie de chaleur. De quelque chose…

 

Il… Masao… Papa m’a dit qu’il avait volé qu’il avait quelqu’un d’autre à présent dans sa vie. Qu’il ne m’a jamais aimé… qu’il s’est servit de moi pour l’atteindre lui. Qu’il a toujours su que j’étais sa fille et qu’il ne m’aurait jamais aidé… si je ne m’appelais pas REI FUYUKI. Ça fait mal… j’ai si mal… Ma main tremblante remonte ma poitrine pour se serrer sur l’emplacement où se situe mon cœur. Je voudrai l’arracher pour ne plus sentir la douleur.

 

Mes sanglots s’étouffent parce que je ne peux pas respirer. Pourquoi tout est si noir autour de moi ? Maman… Maman… pourquoi t’es partie ? Je laisserai plus personne s’approcher de papa ! Je ne veux plus qu’il souffre et moi… moi non plus. Masao… Masao m’a menti… a menti à papa ! Il s’est servit de moi pour se servir de mon père ! Pour prendre la place de maman… Pour que papa n’aime plus ma maman… Masao aime quelqu’un d’autre… il aime… un autre homme… Masao a frappé papa…

 

°°0o0°°

 

Nanashi avait passé sa journée à calmer Fuyuki. Il avait expliqué à la petite qu’il s’était trouvé un nouvel amour… et qu’il s’était servit d’eux et d’elle. Qu’il ne pouvait pas garder un employé tel que lui. Fuyuki semblait avoir compris et la colère avait remplacé la tristesse. Nanashi fut rassuré, ainsi sa fille passerait moins de temps à pleurer sur le sort de son ex-amant.

 

Quand il regagna sa chambre en cours de soirée, son regard tomba sur les photos de lui et sa femme. Ses longs doigts fins caressèrent le papier glacé. Jamais il n’avait pu faire l’amour à Masao… cela aurait été trahir les sentiments qu’il éprouvait pour elle. Nanashi se laissa tomber sur son lit. Les larmes coulèrent sans qu’il ne s’en aperçoive vraiment. Il se retrouvait seul à nouveau. Masao avait déserté sa vie. Il était revenu impatient de retrouver le jeune homme et… il n’était plus là.

 

Que s’était-il passé ? Son regard traina sur les murs… Une rage sourde le traversa à nouveau en songeant que Masao avait violé son sanctuaire. Et… il avait sondé son esprit… Il avait posé son regard sur lui et sa femme… Il n’aurait pas du. Jamais personne ne devait savoir ! C’était son secret entre Anku et lui.

 

°°0o0°°

 

Les jours se succédaient désespérément lentement. Fuyuki n’arrivait pas à capter l’attention de son père. De rage, elle en fit voir de toutes les couleurs à sa nouvelle nounou qui tentait de la « redresser ». La vie avec des artistes était la pire des infamies selon ses dires. Une chose était sûre, c’est que celle-ci n’était absolument pas attirée par son père. Fuyuki en fut soulagée. Mais, son inquiétude devenait grandissante en voyant son père se renfermer peu à peu sur lui-même. Tout ça… s’était la faute de Masao.

 

°°0o0°°

 

L’appartement était vide. Seul l’écho lointain de la circulation filtrait entre l’entrebâillement d’une fenêtre. Le craquement des pas sur le planché ciré se répercuta dans les pièces traversées. Les chaussures italiennes impeccablement lustrées, reflétaient la lumière du jour. Les vêtements noirs donnaient à la silhouette longue de Nanashi quelque chose de mystérieux. Le mannequin repoussa quelques mèches de jais qui s’étaient faufilées au-dessus de son épaule. Son regard mercure était brillant en même temps qu’absent, comme perdu dans les limbes de ses pensées. Il paraissait en cet instant comme l’incarnation de la grande faucheuse.

 

Sa respiration courte contredisait cette perception de l’homme. Ses poings se serraient convulsivement. Son approche était inexorable et lente. L’écho de ses pas était régulier. Lorsque sa main se posa sur la clinche de son « sanctuaire », l’homme resta quelques secondes, immobile. Conscient de ce qu’il allait faire dans les prochaines minutes. Pourtant, il voulait s’imprégner encore un peu de l’atmosphère de sa chambre. S’enivrer une dernière fois dans sa contemplation recueillie.

 

Le battant émis un léger grincement et le relâchement brutal de la poignée raisonna sèchement dans l’appartement. Nanashi pénétra dans sa pièce, ses bras entouraient à présent ses épaules. Son regard caressa les clichées accrochés aux murs amoureusement. Un sentiment d’oppression le tenaillait au fil des minutes qui passaient. Le souvenir cuisant de sa dispute avec Masao lui revint en mémoire. Il ne comprenait pas ce qui lui était arrivé. Le mannequin fit un tour sur lui-même et resta plongé dans sa contemplation respectueuse pendant un long moment. Peu à peu son malaise s’estompa.

 

Son expression devint plus sombre. Masao ne s’en tirerait pas comme cela. Il l’avait abandonné… parce qu’il avait vu ses photos. Il regrettait amèrement d’avoir frappé son amant. Pourtant, Masao avait franchit le seuil de son antre… Un frisson de colère traversa Nanashi. Pourquoi avait-il fait cela ? Il ne le comparait pas à sa femme puisqu’il se laissait prendre… Nanashi rejeta la tête en arrière pour scruter son plafond. Depuis le départ du jeune homme, Nanashi avait l’impression d’être sur une brèche, ou un équilibre sur un fil. Il ne savait plus trop. Que faisait-il de mal ? Si ce n’était que les photos qui dérangeait… il les retirerait.

 

Il sortit de son sanctuaire et se dirigea vers le cellier. La malle s’y trouvait. Sa malle. Nanashi la tira derrière lui. Le grattement au sol, parfois remplacer par un crissement se fit entendre. Ni Fuyuki et ni Aya n’étaient présentes. Une fois dans sa chambre, Nanashi observa une dernière fois sa pièce telle qu’elle était. Les photos où on pouvait voir Anku et Nanashi faire l’amour.

 

Nanashi se voit soulever les jambes de sa femme pour la pénétrer alors qu’elle a les mains attachées au montant du lit. Une autre le montre Anku dans une position de soumission. Une chaine autour du cou, comme il l’aurait fait d’un vulgaire chienne.

 

Le mannequin n’avait pas toujours été ainsi. Il avait éprouvé au fil des mois l’envie progressive de dominer sa femme. Celle-ci n’y voyait qu’un jeu, alors que pour lui… au fond de lui… quelque chose de noir prenait le dessus. Jamais, il ne lui avait fait mal. Anku s’était progressivement laissé dominer. Masao aurait du être aussi malléable également. Anku était devenue l’objet de tous ses désirs et fantasmes. Masao aurait du être identique ! Il était revenu avec la ferme intention de le dominer à son tour, comme il avait dominé Anku.

 

Nanashi retira avec révérence, une photo où l’expression d’extase d’Anku provoqua chez lui une montée de désir. Le mannequin prit appui contre le mur et haleta. Ses paupières devinrent mi-clauses. Il posa les images qu’il avait entre les doigts tremblants. Ses mains glissèrent vers son bas ventre tel des reptiles. Elles caressèrent sa verge au-travers du tissu de son pantalon. Elle gonfla alors, que ses pupilles agrandies effleuraient toutes les photos où il prenait sa femme dans des positions plus ou moins de soumissions. A genoux, sur le sol à quatre pattes le cul remonté, l’image de Masao lui effleura l’esprit et une nouvelle montée de désir coulait comme de lave. Ses doigts avaient sortit son sexe qu’il branlait lentement en se léchant ses lèvres.

 

Masao l’avait définitivement remplacé dans son cœur. Nanashi voulait le reconquérir et pour cela, il devait ranger précieusement tout ce qui le retenait au passé. L’homme avait éjaculé et le sol et ses vêtements étaient maculés. Nanashi se dirigea vers sa salle de bain où il sortit le nécessaire pour nettoyer les dégâts. Puis, il reprit son travail… Il dépunaisa les photos plus sereinement.

 

Longtemps il avait hésité jugeant Masao trop jeune pour lui faire subir ses pulsions mais, à présent… Il se sentait tout à fait près. En songeant à cela, il rangea la photo de sa femme sur lequel se trouvait un autel à sa mémoire. Il rangea tous les accessoires sexuels qu’il avait utilisés sur elle et qui trônait devant sa photo. L’encens fut jeté.

 

Près de deux heures plus tard, la chambre parut vide à Nanashi. Tout était soigneusement enfermé. Il plaça un cadenas au coffre et le plaça dans un coin de la chambre. Il le rangerait beaucoup plus tard ailleurs. En regardant les murs de sa chambre, le mannequin songea qu’il serait temps aussi de retapisser la pièce. Il voulait mettre à neuf dans sa vie et pas que dans sa pièce. Mais, il avait si souvent punaisé et dépunaisé les photos qu’il savait à quel endroit chacune d’entre elles se trouvaient sur les murs. Où chaque objet avait été rangé sur l’autel…

 

°°0o0°°

 

Masao entra dans son nouvel appartement. Il y posa son sac et ses quelques maigres affaires. Nanashi lui avait annoncé qu’il avait mis aux ordures tout ce qui lui appartenait et qui trainait dans l’appartement, alors qu’une nouvelle nounou emménageait et comme Masao n’ayant laissé aucune adresse. L’apprenti songea qu’il serait fou lui-même s’il laissait son adresse à ce type. Le jeune homme avait répondit d’une voix rauque, qu’il aurait eu du mal à lui donner une adresse puisqu’il n’avait pas d’appartement. Apparemment, cela n’avait pas ému Nanashi.

 

Pour comble de tout, Nanashi avait retenu l’ensemble de sa dernière paye, se remboursant d’un bloc le permis de conduire dont il avait avancé la somme à Masao. Ce dernier lui répliqua qu’il voulait au moins avoir le décompte puisqu’il avait déjà remboursé une bonne partie. Masao comprenait que Nanashi cherche à le voir ramper devant lui mais, il tiendrait bon.

 

Masao rangea ses vêtements dans le placard de sa chambre. Le jeune homme s’arrêta devant la glace de sa chambre et observa son cou. Les traces des doigts de Nanashi étaient encore visibles. Il remit avec soin le col de son pull. Personne ne devait voir les traces de leur altercation.

 

Masao retourna dans la cuisine et vit qu’il avait au moins l’électroménager. Il jeta un bref coup d’œil à sa montre, il avait le temps de faire quelques courses. Il ne prendrait que le strict nécessaire pour survivre. Masao avait placé le montant de la plupart de toutes ses payes. Il était à l’abri pour le mois mais, à présent il devrait faire attention à la moindre de ses dépenses n’étant pas sûr de ses lendemains. Masao descendit rapidement les étages l’ascenseur étant en panne. Mais qu’importe, il n’avait que trois étages à parcourir.

 

Le jeune homme remonta le col de sa veste. Depuis une semaine, il vivait à côté de ses pompes. Le visage de Nanashi le hantait. Le souvenir de ses nuits à admirer le papier glacé pour tenir ensuite cet homme dans ses bras… et à présent, il avait été jeté dehors ! Mais, ce n’était pas cela qui perturbait Masao. C’était le regard fou du mannequin. Ce côté qu’il sombre qu’il n’avait jamais vu. Un frisson le traversa en pensant qu’il aurait pu mourir entre ses mains. La poigne de Nanashi avait été implacable.

 

Peut-être n’aurait-il du pas regardé ? Le dégoût le repris… A quoi songeait Nanashi quand il regagnait sa chambre après qu’il lui ait fait l’amour ? De plus, devait-il se laisser faire pour être heureux ? L’avait-il seulement été avec Nanashi ? Toujours à marcher sur des œufs. Masao gardait pour l’instant le numéro de Nanashi uniquement pour un côté pratique… Mais, d’ici quelques jours, il se ferait un plaisir d’effacer même ses souvenirs virtuels.

 

Dans le combini pas très loin de chez lui, le jeune homme acheta un peu de vaisselles et de la nourriture pour deux jours. Même s’il n’avait pas très faim, il ne se laisserait pas dépérir. Et puis, un nouvel avenir s’offrait à lui. Il n’était pas à plaindre autant que cela. Masao ne faisait pas attention aux regards qui s’attardaient sur sa silhouette, trop occupé à compulser des magasines spécialisés en cuisine. Les cheveux sombres cachaient une partie de son visage, son long manteau ouvert laissait voir un jean’s qui moulait sa morphologie, ainsi qu’un pull épais en laine noir qui rehaussait sa peau couleur miel. Son regard vert en devenait plus intense par extension.

 

Masao quitta le combini chargé. Pourtant, quand il entendit derrière lui, une voix qu’il reconnaissait à leur inflexion moqueuse, il se tourna pour rencontrer le regard chocolat d’Itami. Ce dernier avait mis des lunettes de soleil sur le nez mais, malgré cela, Masao reconnaissait cette silhouette et cette attitude nonchalante.

 

« Qu’est-ce que vous faites ici ?

—     Je me baladais dans le quartier. » Ironisa Itami.

 

Masao secoua la tête et quitta le trottoir pour s’éloigner de ce type complètement givré. Il entendit derrière lui la voix moqueuse qui reprenait.

 

« Hé ! Merde attend-moi Masao-kun ! Ne me dit pas que j’ai fait des recherches pour rien !

—     Des recherches ? » S’étonna Masao en jetant un regard en biais à l’acteur.

 

Le jeune homme remarqua que le timbre de sa voix était beaucoup trop rauque. Il se racla le fond de gorge et se promit de faire attention pour ne pas soulever de soupçon.

 

Un frisson d’angoisse traversa Masao qui se rappela sa dernière entrevue avec Nanashi. Voulait-il lui faire la même chose ? Inconsciemment, il remonta le col de son pull. Le jeune homme surpris par son geste, fit en sorte qu’il paraisse naturel. Itami ne devait pas voir les marques violacées.

 

« Hai ! » Souriais toujours Itami apparemment inébranlable question optimisme. « J’ai su par la même occasion que tu avais quitté Rei-san… ». L’acteur secoua la tête, apparemment réprobateur « Tss… Tss… Ne dit pas que c’est un mauvais c… »

 

Masao se tourna brusquement et se saisit du revers de veste d’Itami qui ouvrit les yeux stupéfaits, par la réaction violente du jeune homme. Masao qui ne s’était toujours pas remis de sa dispute avec Nanashi avait du mal à supporter que cet homme puisse prendre les choses si légèrement.

 

« De quoi vous mêlez-vous ?

—     Chatouilleux ? »

 

Masao relâcha Yuya quand il vit la lueur amusée dans son regard aux reflets dorés. Itami replaça son vêtement et rattrapa l’employé de son cœur qui s’était déjà remis en route. Il marcha à sa hauteur.

 

« Pourquoi me fuis-tu ? C’est plutôt un honneur qu’un type dans mon genre te recherc… »

 

Masao s’arrêta net et se tourna lentement pour lancer un regard brûlant en direction de Yuya dont les paroles moururent sur ses lèvres. L’acteur déglutit. C’était un véritable regard de haine que posait sur lui, le jeune homme.

 

Masao reprit difficilement sa respiration et se détourna pour reprendre sa route. Pour qui se prenaient tous ses hommes faisant partie du show-business ? Lui, il voulait une vie tranquille et sans problème. Seulement quelqu’un qui aimer et qui l’aimerait en retour… sans complications… et pour l’instant, c’était franchement très compliqué pour parvenir à ce but.

 

« Ishihara-kun… »

 

Surpris par la politesse et le sérieux de la formule, Masao tourna son regard vers Itami soupçonneux. Ce dernier se tenait droit et le visage grave, ce qui était inhabituel chez le comédien. Cela attira l’attention de Masao qui ne s’attendait pas à se changement d’attitude.

 

« Écoute… Nous pourrions être des amis ? » Commença Yuya toujours sérieusement. « Reprendre des le début ? Je… j’ai l’habitude d’obtenir tout ce que je veux et… de voir que tu es si réticent à mon sujet est quelque chose d’assez nouveau pour moi. Je t’invite seulement à boire un café ? »

 

Masao posa ses colis sur le sol un instant. Ces derniers commençaient à devenir lourds. Il observa son interlocuteur froidement. Il ne se laisserait pas embobiner par la bonne volonté illusoire de l’acteur.

 

« Je n’ai aucune envie d’être votre ami Itami-san… Je crois pour l’instant préférer être seul… et puis, j’ai des tas de problèmes à gérer dans ma vie, sans avoir une star en mal de sensations qui traine dans mes jambes. Voyez-vous… j’ai eu ma dose ! »

 

Masao se pencha pour attraper ses sacs et une main enleva un des paquets. Le jeune homme rencontra le regard chaleureux d’Itami qui suggéra pour une fois, d’une voix dénuée de moquerie.

 

« Et si… je commençais par vous aider ? Ma proposition est sincère et si je vous cause réellement des problèmes… dite-le moi et je disparaitrai…. »

 

Masao fut surpris par l’emploi du vouvoiement. Il resta un instant indécis sur le trottoir avant de hausser les épaules. De toute façon, ce type savait où il habitait et s’il voulait le revoir, rien ne serait plus simple. Comme disait le proverbe, il valait toujours avoir un œil sur ses ennemis et encore plus sur ses amis… où il ne savait plus trop. Il se sentait fatigué.

 

Le duo avança en silence... ou presque. Le comédien ne semblait pas savoir tenir sa langue plus d’une minute.

 

« Qu’avez-vous acheté qui pèse une tonne ? » Se plaignit Itami.

 

Masao lança un regard de travers à Yuya qui lui adressa un sourire séducteur en réponse. Le jeune homme secoua la tête exaspéré.

 

« Vous êtes plutôt bizarre Itami-san…

—     Non… je sais ce que je veux. »

 

Leurs regards se rencontrèrent brièvement aux travers des lunettes d’Itami. Masao s’aperçut comme s’il le voyait pour la première fois que l’homme s’était habillé différemment. Il pourrait passer inaperçu dans son jean’s et sa veste en cuir, s’il était ordinaire. Le problème d’Itami, c’est qu’il ne l’était pas. De nombreux visages se tournaient pour les observer et cela rendait le jeune homme très nerveux.

 

Masao

 

Que me veut-il ? J’ai beau le repousser et être distant… il revient toujours et cette façon de me répondre. Je ne sais pas sur quel pied danser avec lui. Après les silences de Nanashi me voilà coincé avec un type qui me soule… Pourquoi moi ? Enfin quoiqu’il arrive, je le vire des que possible. J’ai déjà eu affaire à un barge, il hors de question que je récidive. Ce monde n’est pas pour moi… Et il est… Je repoussais mes pensées promptement.

 

Je suis quand même soulagé qu’il m’aide à porter mes paquets. J’aurai beaucoup plus galéré tout seul. N’importe quoi !

 

« Hey… Ishihara-san… ça vous direz de sortir après ?

—     Non ! » Répliquai-je fermement.

 

Je n’ai aucune envie de m’afficher avec un type comme lui. Pas qu’il ne soit pas à mon goût… Bien au contraire… J’n’dirai pas non. Il est super bien foutu et il a se charisme… Il est plus beau que n’importe quel mec que j’ai pu rencontrer. Je ne peux pas m’empêcher de l’admirer… Mais l’admiration n’est pas de l’amour ou même un prétexte pour succomber.

 

Pourtant même dans cette tenue presque « négligé pour lui ». Je n’vais pas me le cacher, je le désire. Je l’ai admiré tout autant que Nanashi pas pour les même raisons, peut-être parce qu’il est son antipode ? Mon regard glisse légèrement sur le côté, il est plus que beau. J’en ai un frisson d’excitation.

 

Déjà, je suis très surpris qu’une horde de fans, ne lui sautent pas dessus. Il me plaisait bien à l’écran et à l’affiche mais là… j’ai comme un arrière goût dans la bouche. Si toutes les stars sont aussi détraquées que Nanashi… Non merci ! Il a beau être le genre de type qu’on met dans son lit sans se poser de question, je prendrai plus le risque. Quoiqu’il en soit, il m’énerve et je ne sais pas pourquoi ? Son sourire ? Certainement ! Ou bien… le fait que je sois capable de vouloir le prendre ?

 

« Vous n’êtes pas vraiment sympa… Déjà aigri à votre âge ? Ironisa Itami.

—     Aigri ? » Je m’étonne de sa question. « Non… je ne pense pas. J’ai seulement envie d’être tranquille…

—     Pour pouvoir pleurer sur la fin de votre relation avec Rei-san ?

—     Veuillez ne pas citer ce nom en ma présence, s’il vous plaît… et mêlez-vous de vos affaires !

—     Ok… C’est encore loin ? Interrogea l’acteur.

—     Posez-le paquet, je vais me charger de mes affaires après tout… je vous fatigue…

—     Vous prenez facilement la mouche. » Remarque Itami en faisant la moue.

 

Cela m’exaspère un peu plus et j’ai des envies de meurtres. Il ne m’écoute pas, dit ce qu’il pense et agit comme il lui plaît. Je surveille du coin de l’œil  ce comédien qui respire la joie de vivre, et une aisance que je n’aurai certainement jamais. Sans conteste, il est plus beau que sur les affiches. L’image de Nanashi se rappelle à moi, cuisante. Le salaud ! Son regard mercure me poursuit. Son corps félin et sensuel, ses attitudes et son magnétisme me manque. Les larmes sont à deux minutes de franchir le seuil de mes paupières. Je reporte mon attention sur l’acteur qui finalement me le fait oublier par ses discours creux.

 

« … parie que vous n’avez rien écouté à ce que je viens de vous dire ? 

—     Non ! »

 

Ma réponse est claire et sans ambigüité. Je n’ai pas envie de prendre de gant. Plus jamais !

 

« Je viens de vous proposer de coucher avec moi et vous avez dit oui… » Sourit Itami en tirant légèrement la langue.

 

Je tourne un visage stupéfait sur l’acteur qui éclate de rire devant mon air effaré.

 

« Je plaisante ! Mais ça vous apprendra à faire attention aux réponses que vous fournissez aux gens que vous côtoyer.

—     Je suis désolé… je ferai plus attention. Surtout si c’est vous… »

 

Je sens le soulagement me traverser. Je lui sors des mensonges… comme on dit bonjour mais, il est pas loin de la vérité. Merde, j’aurai pu me trahir ! Que m’arrive-t-il ?

 

« Ne soyez pas si sérieux… » Puis, Itami m’adressa un immense sourire innocent et demanda. « Aurais-je une chance de vous rencontrer prochainement ?

—     Nous sommes arrivés Itami-san… et non…

—     Vous ne m’invitez pas à boire un thé pour me récompenser de vous avoir aider ? » Coupa Itami.

—     Non… pas cette fois-ci, Itami-san. »

 

Je fais la moue. Comment faire entrer un type chez moi, même pour prendre un verre alors que je n’ai rien pour recevoir ? Montrer ma misère à un homme qui a tout ? Et puis, je n’ai pas envie de creuser. Fatigué de ma vie.

 

« Peut-être qu’une prochaine fois… » Le silence s’installa.

 

Je ne voulais pas répondre à cette perche tendue. Je rencontre le regard d’Itami qui glisse ses lunettes pour rencontrer directement mon regard. Le trouble me saisit. Pour la première fois, je réalise avec qui je suis. Le sérieux et le calme qu’affichent pour la première fois Itami, me saisit. Me fait comprendre qu’il n’est pas un adolescent mais, un homme mur. Plus que ne l’était ou ne le serait certainement jamais Nanashi. Je déglutis.

 

« Je n’ai jamais mangé personne… Ishihara-san… Vous me plaisez et je ne m’en cache pas. Dite-vous simplement que votre attitude m’incitera un peu plus à vouloir vous faire tomber.

—     Je ne suis pas un trophée Itami-san… » Ai-je le courage ou l’inconscience de lui répondre.

—     Peut-être pas… mais, je suis persévérant…

—     Je n’ai pas envie de…

—     Ne me comparez pas avec Rei-san. Je n’ai rien à voir avec lui ou avec qui que ce soit d’autres que vous ayez rencontré dans votre vie.

—     Je ne vous compare pas ! Et vous êtes un peu… beaucoup prétentieux Itami-san…

 

Pour toute réponse, Itami me sourit et se trouble perturbant me reprend.

 

—     Bien… c’est déjà cela. Et oui… j’ai une certaine estime de moi-même. A bientôt, Ishihara-san. »

 

Avant que je ne comprenne, l’homme héla un taxi et monta à l’intérieur sans se retourner. Je me rends compte brutalement que ma cage thoracique me fait souffrir. J’ai retenu ma respiration ! Merde… Je ne voulais pas de ça. Cette admiration stérile et qui ne mène à rien. J’espère seulement qu’il ne s’en est pas aperçut. Je soulève à nouveau tous mes paquets et je monte « chez moi ». Cette expression me fait du bien à formuler. Ce n’est plus la chambre de bonne mais, un petit appartement. Et cette progression était appréciable.

 

°°0o0°°

 

Installé devant la glace du coiffeur, Masao laissa faire l’homme qui avait du mal à croire qu’il puisse couper sa magnifique chevelure. Masao soupira, il se souvint du coup de fil reçut la veille par le Chef pâtissier de l’Hoshi International. Il finissait de déplier son futon lorsque son portable sonna. Il avait décroché  et reconnu la voix de Naito-san.

 

« Bonjour Ishihara-san… C’est Naito-san à l’appareil.

—     Bonjour… Commença Masao en s’apercevant brutalement que sa voix était éraillée.

—     Etes-vous malade ? S’inquiéta Naito-san.

—     Non… non, j’ai étais voir un concert et je crois que j’y suis allé un peu fort…

—     Oh… Faites plus attention à vous Ishihara-kun… Ah oui…excusez-moi de vous déranger. Je voulais être sur que vous vous rappeliez de votre arrivé dans notre entreprise ce lundi.

—     Non… je n’ai rien oublié.

—     Bien… bien… » murmura le Chef. « Motivé ?

—     Très !

—     Je… Je voudrai vous informez d’un point avant que vous n’arriviez lundi.

—     Lequel ?

—     Je vous demanderai de couper vos cheveux, ils sont trop longs. Vous comprenez, c’est une question d’hygiène et tout le personnel masculin doit avoir une coiffure nette et irréprochable.

—     Je comprends… J’irai chez le coiffeur avant de me présenter lundi.

—     Merci, merci Ishihara-san.  Je n’étais pas sûr qu’on vous en ait fait la remarque. Je ne pense pas que le patron vous l’ait faite, pour lui c’est aussi évident que de respirer. Mais, il vous fera la réflexion… enfin, je préfère vous prévenir.

—     Ne vous inquiétez pas, Naito-san. Je serai irréprochable.

—     Bien. Je vous attends à deux heures du matin. Venez un peu plus tôt. Comme, je vais vous expliquez le fonctionnement de notre activité et où se situent les ustensiles… Je préfère que vous veniez un peu avant.

—     Je serai à l’heure.

—     Ah… vous avez reçut votre tablier et votre toque aux effigies de notre établissement. Et j’aimerai que vous me réserviez votre mardi après-midi. J’aimerai vous faire visiter quelques fournisseurs. Je reçois également notre importateur de fèves de chocolat. Je vous en reparlerai lundi. Mais, je préfère prendre les devants pour que vous n’ayez pas à décommander d’autres rendez-vous.

—     Je suis disponible.

—     A lundi… »

 

Masao fixa son téléphone quelques secondes et jura entre ses dents. Jamais, il n’avait eu les cheveux courts… enfin, si. Quand il était gamin. Cela ne lui plaisait pas plus que cela de devoir ressembler à tous les salaryman. Masao jeta un œil à son col de pull et fut rassuré. Le coiffeur n’y avait pas trop touché.

 

Masao

 

J’observais mon visage. Familier et si étranger en somme à présent. Je parais plus âgé. Plus sérieux. Adulte ? J’ai envie de ricaner. Mais, quelque chose en moi remua. Je me sentais comme en accord avec cette nouvelle image après tout. Je pourrai enfin oublier ses mains qui caressaient mes mèches. Cette bouche qui effleurait mes mèches. Une nouvelle fois ma gorge se serre. Je ne dois pas regretter d’être partie ou plutôt… à force de culpabiliser, je finis par me persuader tout seul que tout est de ma faute. Ou bien à me déculpabiliser ? Nanashi me manque. Où est son parfum.

 

Je ne me rends même pas compte que je marche dans la rue. Mes pas m’emmènent par mécanisme vers le métro. J’ai beau réfléchir, ou faire ce que je peux… Mon chez moi n’est toujours pas à ma nouvelle adresse. C’est complètement idiot. Je l’ai vu hier à la télé et je n’ai pas pu m’empêcher de l’admirer. Nanashi. Et immanquablement, je repense aux photos sur le mur. Que faisait-il après m’avoir quitté ? Seul dans cette chambre qui ressemblait à un mausolée dédier au sexe et à sa femme ? Le même frisson d’effroi me saisit, comme à chaque fois. Son expression distante et froide s’est muée par celle de la colère.

 

Je revois soudain, Itami assis à côté de Nanashi. Son attitude décontractée et légèrement provocante comme marque fabrique. Contrairement à la dernière fois ou nous nous sommes rencontrés, il portait un costume sombre qui lui allait à merveille. Qu’est ce qu’il est sexy ! Nanashi faisait presque commun à côté. Enfin, je dis cela car maintenant je connais la nature de ce type ! Et peut-être que le dégoût que Rei m’inspire même si je n’arrive pas encore totalement à couper les ponts dans mon cœur, m’attire vers Itami ? Merde ! J’ai l’impression d’être en manque !

 

Les journalistes avaient beaucoup insisté auprès de l’acteur rappelant qu’il ne cachait pas ses relations masculines lorsqu’il en avait.  Lui demandant quelle sensation il avait de pouvoir jouer un rôle homosexuel etc… Jamais, Itami ne s’était départit de son sourire et c’est avec une maitrise que ne possédait pas Nanashi, qu’il avait su tourner les questions à son avantage.

 

J’ai coupé. Je me rappelle avoir coupé pour ne plus entendre sa voix. Je suis certain que certaines réponses m’étaient adressées personnellement. Et j’ai vu le raidissement de la mâchoire de Nanashi. Je suis persuadé de ne pas avoir rêvé. Même à distance, sans que nous nous rencontrions… sans qu’il soit certain que je puisse regarder l’émission… il m’envoie des messages aux travers les lignes. J’ai cru que tout le Japon venait d’apprendre que nous avions une liaison qui ne se déroulait que dans sa tête. Qu’il avait prononcé mon nom… Mon cœur avait battu la chamade. Et à côté, Nanashi qui ne bronchait pas.  

 

Je ne devrai penser qu’à mon travail… Je dois tourner une page où je vais devenir fou. Je voudrai être loin dans le temps pour ne plus avoir à souffrir. Ne plus me poser de questions…

 

°°0o0°°

 

Itami observait la petite soirée organisée pour fêter la fin du film. L’acteur détestait les fêtes faites le week-end. Ça lui gâchait d’autres fêtes peut-être beaucoup plus intéressantes. Il se déplaça vers un serveur chargé d’un plateau, pour attraper un whisky et se mélangea à divers groupes. Entre les techniciens et les acteurs, il connaissait beaucoup de monde à force. La seule personne dont il prenait soin d’éviter, c’était Rei ! A chaque fois que son regard se posait sur lui, il songeait que ce glaçon avait obtenu ce qu’il ne parvenait pas à avoir, autrement dit « Masao » !

 

Il n’était pas vraiment « amoureux ». C’était plutôt un jeu… comme tous les autres. Enfin, il le croyait. C’était rafraichissant qu’un type lui résiste ! Comme ce soir, s’il voulait… il pourrait ramener chez lui toutes les femmes qu’il voulait et certains types aussi. Même Rei-san ! Mais, se ne serait pas drôle ! Ishihara avait ce petit goût d’exotisme qui vous donne le frisson de la nouveauté. Cet attrait parce qu’il vous dit « non » et que son regard enflammé vous transperce.

 

Ce qui était sûr, c’est qu’il mettrait ce gamin dans son lit ! Et qu’une fois qu’il y aurait goûté, il le jetterait comme tous ceux qui s’y sont aventurés. Pas de relation sérieuse. Pas de problèmes… Itami trouva un siège et se laissa choir. Personne n’attraperait son cœur. De toute façon, il était usé.

 

« Tss… me fuyez-vous Itami-san ? »

 

Yuya ouvrit ses paupières et observa Rei. Il avait été rapide. Ce mannequin avait du le surveiller depuis un petit moment…

 

« Une scène ? » Ironisa Itami qui aurait préféré être ailleurs.

—     Non… seulement de la curiosité.

—     Je suis surpris. » Commença Yuya. « J’aurai pensé que vous seriez effondré après votre rupture. Mais, vous semblez si serein et si… vous-même que je me demande si vous avez été amoureux. »

 

Nanashi encaissa et rétorqua

 

« J’estime que ceci est du domaine privé. Je n’ai pas à parler de ceci avec vous…

—     C’est vrai… Donc, cela ne vous fait rien si je me fais votre ex ?

—     Je ne comprends pas votre intérêt pour lui.

—     C’est vous qui me dites ça ? S’étonna Itami en haussant un sourcil.

—     Je connais Masao… vous n’êtes pas son type.

—     Quel est-il ? »

 

Rei eut un petit sourire qui agaça Itami. Cette attitude de tout savoir… quoiqu’il le connaisse beaucoup plus que lui, c’était certain. Nanashi répondit calmement, ce qui irrita Yuya intérieurement.

 

« Je ne vous donne aucune chance, Itami-san… Puisque j’ai bien l’intention de reconquérir le cœur d’Ishihara Masao. Et puis… qu’est ce qu’un homme qui approche la quarantaine peut offrir à un homme qui vient juste d’en avoir la vingtaine ? Ne croyez pas que votre pouvoir de séduction même s’il est incontestable sur une certaine tranche d’âge, le soit pour la jeune génération… Si on regarde bien… Itami-san… c’est moi qui est plus de succès que vous sur les 18-25 ans… Et vous… Quelle est la tranche d’âge de vos fans ? 35-50 ans ? » Ironisa encore le mannequin. « Sur ce… bercez-vous d’illusions ! Et bonne chance… il vous en faudra beaucoup. »

 

Itami crispa sa main sur son verre. Cette pourriture l’avait taclé et en beauté. Lui qui se voyait toujours comme un jeune premier dans sa tête… L’image de Masao flotta dans un coin de sa tête. Non, il ne se laisserait pas faire ! Ishihara… lui appartiendrait !


 

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