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Masao resserra son manteau contre lui. Il avait un mal fou à tenir éveillé. Il n'avait pas réussit à s'endormir la veille au soir ou plutôt, le matin même… Il s'était couché à 20 h en prenant des tisanes pour se calmer. Finalement, il s'était endormi au alentour de minuit, pour se réveillé à 1 h. Comment allait-il assurer sa journée ? Un frisson d'angoisse le traversa. Le jeune homme voulait se montrer sous son meilleur jour et non pas… avec des cernes et l'air de vouloir retourner sous la couette !

 

Lorsqu'il passa devant le groom de faction, il le salua suivi d'un immense bâillement. Le groom haussa un sourcil moqueur

 

« Je vous souhaite bonne nuit Monsieur.

 

— Euh… non, je viens travailler…

 

— Vraiment ?

 

— Je suis l'apprenti pâtissier…

 

— Oh… vous devriez passer par la porte de derrière alors. Vous longez le bâtiment ici… »

 

Le groom se déporta et montra une allée gravillonnée sur le côté de l'immeuble. Masao distingua d'ailleurs sur le même côté, l'entrée du parking souterrain.

 

« Donc, vous longez le bâtiment et au bout, vous trouverez une porte à digicode. Là, vous entrerez dans le local réservé au personnel.

 

— Euh… personne ne me l'a signalé et je n'ai pas le numéro de digicode.

 

— C'est Naito-san votre supérieur… il a du oublier. » Le groom sourit et déclara malicieux « Et il ne faut pas compter sur le patron pour vous donner ce genre de précision. Si vous dépendiez de sa femme, c'est sur qu'elle vous le ferez graver sur votre avant bras ! » Ricana l'employé d'un air entendu.

 

— Euh… Je peux passer exceptionnellement par la porte principale ? Demanda Masao.

 

— Oui ! Si nos patrons ne vous donnent pas l'information. Entrez ! Au fait… je m'appelle Honda Haru…

 

— Ishihara Masao…

 

— J'espère que tu me feras goûter un de ses quatre une de tes pâtisseries… »

 

Honda avait tutoyé Masao comme si le fait de connaitre son identité les rapprochait.

 

— Avec plaisir. » Sourit Masao qui passa la porte après un dernier salut.

 

Masao observa sa montre et accéléra le pas. Il ne voulait pas arriver en retard. Quand il pénétra dans le couloir du personnel, il vit que le dernier était éclairé de moitié. Comme s'il n'y avait que les veilleuses. Il traversa le lieu en ayant l'impression d'être seul au monde. Quand il entra en cuisine, il vit que le bout de la salle éclairée… l'endroit où se trouvait le coin pâtisserie. Sa gorge se noua. La voix de Naito-san lui parvint.

 

« Ishihara-kun ?

 

— Hai ! Répondit Masao en pressant le pas.

 

— Juste à l'heure ! » Sourit Naito-san.

 

Ce dernier l'attendait avec deux tasses de café devant lui. L'homme rit doucement et déclara en voyant l'air interrogatif du jeune homme.

 

« Je me doutais bien que vous auriez quelques difficultés pour votre premier jour ! Je nous ai préparé un café pour nous réveillez. Ensuite, je vous montrerai votre casier et je vous donnerez les clefs…

 

— Euh… En parlant de clef » commença Masao, « Honda-san m'a parlé d'un digicode…

 

— Ah, j'ai dû oublier. » Marmonna le chef en se grattant la joue. Un sourire vint éclairer son visage. « Excusez-moi… J'ai pensé aux choses les plus importantes pour nous mais, j'ai oublié ce qui vous sera utile ici. Je vous remercie pour votre coupe de cheveux. Elle vous va très bien Ishihara-kun…

 

— Merci Naito-sensei. »

 

Naito Arata eu un petit sourire et hocha la tête. Il désigna les tasses fumantes posées sur le plan de travail.

 

« Et si nous prenions une dose de caféine avant de nous plonger dans notre œuvre ?

 

— Hai… je crois que j'en ai vraiment besoin… »

 

Les deux hommes sirotèrent leurs cafés en silence. Prenant plaisir d'être seuls, dans une atmosphère confortable. Ensuite, le Chef pâtissier se dirigea à l'arrière de leur espace de travail. Ils rejoignirent leurs casiers.

 

« Le Chef, vous a mis votre casier avec le mien. Dedans vous trouverez vos tabliers, toques, pantalon et chaussures obligatoires. Pour le reste tout est de l'autre côté.

 

— Bien…

 

— Je vous laisse vous mettre en tenu ! »

 

Masao ouvrit son casier et se déshabilla pour enfiler sa nouvelle tenue. Quelques minutes plus tard, il gagnait son poste. Naito était devenu très sérieux.

 

« Bien… maintenant, je vais vous apprendre à travailler. Je vous demande de me regarder attentivement. Vous devrez reproduire les mêmes gestes. Pour l'instant, vous m'aiderez en vous occupant des fruits, des découpes. Durant cette année d'apprentissage, vous serez capable de travailler le chocolat, les glaces, les confiseries et bien sûr les pâtisseries. Je vais vous apprendre également la partie boulangerie. Pas aujourd'hui, je vous confierai des tâches autres.

 

— Le Chef n'avait pas précisé toutes spécialités…

 

— Ce n'est pas son rayon… tout ce qu'il veut voir, c'est son service tourner. » Naito-san devint un peu plus sérieux et poursuivit. « Nous avons les mêmes jours de congés Ishihara-kun. Je vous montrerez également comment conserver nos réalisations. En attendant… regarder bien aujourd'hui ma manière de travailler. »

 

Naito-san sortit le matériel. Ensuite, le chef pâtissier sortit aussi un calepin et un crayon qu'il tendit à Masao.

 

« Je crois qu'il vaut mieux que vous notez aussi pour mieux vous souvenir. »

 

Masao rougit légèrement ayant l'impression d'être prit en faute. Il n'avait pas pensé à cela, trop préoccupé par d'autres erreurs à commettre. Le temps passa à vive allure et lorsque la brigade rejoignit la cuisine, Masao retirait des plaques de biscuits du four. Les serveurs quand à eux avaient déjà ramassé plusieurs fournées de pains et de viennoiseries. L'odeur de la boulangerie mélangée à celle du chocolat étaient tenaces. Masao lui ne percevait plus rien depuis un moment.

 

De plus, la fatigue se faisait ressentir. Il avait fait plusieurs allez retour vers le four à boulangerie qui était partagé entre le pôle cuisine et pâtisserie. Naito-san ne trouvait pas cela pratique non plus mais, s'y était fait avec le temps. Masao regretta que son patron n'investisse pas dans un four à pain exclusivement réservé à la pâtisserie. Mais, comme le disait Naito-san, le four de la cuisine servirait peu…

 

Lorsque la voix d'Ogawa raisonna derrière lui, Masao crut défaillir. Il était tellement appliqué qu'il ne voyait rien autour de lui.

 

« Ishihara-kun… vous avez l'air de vous débrouiller pour votre première journée. »

 

Masao se retourna et rencontra le regard noir de son patron. Ce dernier était impressionnant dans son tablier immaculé. Il était taillé comme un sportif de haut niveau et sa veste croisée, lui allait à merveille. Il n'était pas vraiment séduisant mais, un charme authentique se dégageait de sa personne.

 

Quelque part, Masao se sentait très à l'aise avec ce genre d'homme. Son regard franc et ses manières brusques laissaient voir une personnalité vrai et sans détour. Le regard intelligent n'était pas s'en rappeler à Masao que ce type était un propriétaire d'un établissement luxueux… mais, qu'Ogawa préférait les cuisines ! Un sourire se forma sur ses lèvres et il s'inclina respectueusement.

 

« Hai !

 

— J'avoue avoir beaucoup de chance. » Déclara Naito-san. « Ishihara-kun travaille d'arrache-pied pour réussir. »

 

Masao se sentit gêné. Il n'avait rien fait d'exceptionnel, si ce n'est de noter, enlever des plaques et remettre de nouvelles viennoiseries, écouter les conseils, fait la découpe de fruits, débarrasser, fait la plonge et renoter toutes les précieuses informations que Naito lui donnait au fur et à mesure de la matinée.

 

« C'est vrai qu'il a l'air très concerné. Tant mieux… de toute façon Eisen ne se trompe jamais et il m'en avait fait l'éloge. »

 

Ensuite, Ogawa se tourna vers Naito-san pour l'entretenir de la soirée de la veille où le restaurant s'était trouvé à cours de pâtisserie. Le chef pâtissier s'excusa pour sa non prévoyance. Mais, le Chef de cuisine avoua qu'il ne s'attendait pas à pareil affluence. Masao ne fit plus attention et s'occupa des fournées dont les fours faisaient retentir leurs cloches. Naito et lui terminèrent leur travail passé treize heures. Masao était fourbu.

 

Naito Arata couva du regard son apprenti. Il aimait bien ce gamin qui lui rappelait ses petits-fils. Il n'avait eu que des filles à son grand regret et quelque part, il aurait aimé avoir un fils. Ishihara Masao rassemblait bien des qualités qu'il aurait aimé voir, s'il avait eu la chance d'en avoir un. Naito Arata prendrait soin du « petit », bien plus grand que lui.

 

Au fil des heures Naito se permettait d'être plus familier. Ce qui ne dérangeait absolument pas le jeune homme. Son professeur était plein de patience et de précieux conseils. Une certaine complicité s'était développée entre eux. Masao même s'il se sentait maladroit et un peu mal à l'aise, car il devait apprendre beaucoup de nouvelles techniques et des gestes professionnels, avait apprécié pleinement ce travail.

 

« Attention Masao-kun… »

 

Mais, trop tard le jeune homme s'était brulé avec une plaque en voulant aller trop vite. Naito secoua la tête et attrapa d'autorité la main de son apprenti pour la placer sous l'eau froide.

 

« Masao-kun… Il faut que tu comprennes que je suis là ! Tu n'as pas à stresser pour les temps de cuisson, je suis là pour ça. Tu écoutes uniquement ce que je te dis de faire ou écrire.

 

— Mais… vous avez besoin de moi pas que je vous entrave…

 

— Une chose à la fois Masao-kun ! » Le regard noisette du Chef se fit très doux. « Je ne suis pas né Chef Pâtissier… J'ai appris comme toi ! J'ai fait un tas de boulettes en voulant aller trop vite. Tu as le temps… Je préfère que tu fasses plus lentement mais bien, que de manière précipité et mal. Ce que je perds aujourd'hui, je le gagnerai au centuple plus tard ! Tu m'as compris ?

 

— Hai ! »

 

Naito Arata eu un petit sourire bienveillant. Il laissa le jeune homme et retira les plaques pour ensuite, lever la tête et déclarer calmement.

 

« Va voir Marasaki-san… il va te dire où se trouve l'armoire à pharmacie. Je te le désigne, car il est le spécialiste des accidents en tout genre ! » Marmonna le Chef.

 

Masao coupa l'eau et se dirigea vers les cuisines pour voir la brigade bouger comme un seul homme, comme un balai orchestré au millimètre. Masao n'osait pas interrompre la danse huilée. La voix de Ogawa-san le fit sursauter.

 

« Ishihara-san !

 

— Hai ! Cria le jeune homme malgré lui, surpris par la voix tranchante d'Ogawa Naomi.

 

— Hai Chef ! » Repris le Chef de cuisine.

 

— Hai Chef ! » Répéta docilement Masao en voyant la lueur dangereuse dans le regard noir.

 

— Je peux savoir pourquoi tu traines dans ma cuisine ?

 

— Euh… je me suis blessé Chef ! Le Chef m'a demandé de demander à Murasaki-san de me montrer l'armoire à pharmacie, Chef !

 

— Murasaki ! Hurla Ogawa Naomi en se tournant vers un homme plutôt jeune.

 

— Hai chef ! »

 

Le cuisinier vint se poster à côté du Chef au garde à vous. Masao en aurait sourit mais, se retint. Ogawa Naomi était plutôt du genre impressionnant et il aurait certainement été aussi blême que Murasaki à cet instant là.

 

« Montre l'armoire à pharmacie et revient ici juste après !

 

— Hai Chef !

 

— Ne traine pas ! Cria Ogawa en se tournant vers ses fourneaux.

 

— Hai Chef ! »

 

Les deux jeunes hommes se dirigèrent vers l'arrière et ils pénétrèrent dans un petit vestibule ou se trouvait les casiers des cuisiniers.

 

« C'est ici que se trouve l'armoire à pharmacie. A côté, tu as des douches, les lavabos et les toilettes. Je suis sûr que Naito-san n'a pas du t'en parler… ce n'est pas le genre à penser ce genre de truc. L'armoire, c'est ici. »

 

Murasaki désigna le mur en face d'eux. Un meuble vitré double porte, assez conséquent s'y trouvait. Les deux jeunes hommes se figèrent devant le meuble. Le cuisinier ouvrit l'armoire. Masao remercia Murasaki qui se tourna vers lui inquiet

 

« Tu t'es fait quoi ?

 

— Brûler…

 

— Montre… »

 

Murasaki se saisit de la main que Masao tendait. Il observa la blessure et rapidement sortit le matériel pour le soigner.

 

« Je peux le faire moi-même » objecta Masao mal à l'aise.

 

C'est surtout à l'idée qu'Ogawa Naomi débarque et les surprendrait à faire autre chose qu'être à leur poste. Leurs visages étaient très proches et Masao s'aperçut que Marasaki était plutôt pas mal. Il devait être un peu plus vieux que lui.

 

« Oh t'inquiète… le Chef aboie mais, ne mord pas ! Et puis… j'ai tellement l'habitude de « réparer » les autres ! Ricana le jeune homme.

 

— Tu n'as pas peur de lui ? Demanda Masao surpris.

 

— Je le respecte ! » Sourit Murasaki, qui reprit. « Je m'appelle Murasaki Hayato… Je suis entremettier.

 

— Ishirahara Masao… commis pâtissier…

 

— Je le sais… Tu es jeune… Tu sors le soir ? » Embraya avec un sourire carnassier Murasaki.

 

— Euh… je n'ai pas le… » Balbutia le jeune homme.

 

— Moi, souvent… Tu as quel jour de congé ?

 

— Mardi et mercredi…

 

— Comme moi ! » S'écria ravi le cuisinier. « Si on sortait demain ?

 

— Euh…

 

— Allez ! On pourrait se faire une partie karaoké… en plus, il y aura aussi Manabe qui est au service et Kusaka, elle est réceptionniste et c'est un canon ! Allez, plus on est de fous mieux on rit !

 

— Je ne sais pas… » Hésita Masao pas très à l'aise.

 

— Ne te fais pas prier !

 

— Ok… je viens… » Soupira Masao vaincu par l'air de chien battu de l'entremettier.

 

— Super ! T'es super beau et tu vas attirer toutes les filles ! On a trop de chance… Bon, j'y retourne où le Chef me fera la peau…»

 

Tout en discutant, Murasaki avait terminé le pansement et s'éclipsa après un clin d'œil complice. Masao retourna auprès de Naito-san qui lui prit la main et observa le bandage soigné qui entourait sa main.

 

« Il fait toujours du bon travail Murasaki ! Nous avons terminé Masao-kun… Allons manger… Les cuisines ont du nous préparer quelque chose à nous mettre sous la dent.

 

— Ils nous préparent notre repas ? S'étonna Masao.

 

— Oui… nous ne pouvons pas nous joindre aux brigades, car nos horaires sont décalés mais, le Chef souhaite que nous mangions la même chose qu'eux, même si nous le prenons en avance. Viens, je vais te montrer Masao-kun.

 

Masao suivit le Chef et jeta un bref coup d'œil à Murasaki qui détaillait des légumes. Le cœur du jeune homme se mit à bondir. Il ne sortait presque jamais et puis… apparemment, ils étaient tous hétéro et lui… n'était jamais sortit avec des hétéros ! Enfin, pas depuis des lustres. Saurait-il caché ses préférences ? Les femmes même s'il s'entendait bien avec elles, il ne pourrait pas avoir de rapport avec elles. Masao soupira… Il agirait comme un bon copain avec tous…

 

Les deux hommes se dirigèrent vers une partie se trouvant en face de la cuisine. La porte était cachée dans un renfoncement et lorsque Naito la poussa, la pièce qui s'offrait à la vue était plutôt grande. Une grande table en bois, et des bancs la cernaient. Un serveur passa devant eux et posa un plateau avec deux assiettes posées dessus. La table fut dressée et le serveur que Masao avait rencontré à son premier rendez-vous s'inclina

 

« Le Chef vous souhaite bon appétit…

 

— Merci Manabe-san. Et je ne pense pas que nous soyons déçut Masao-kun et moi-même. » Sourit le vieux chef pâtissier.

 

L'employé s'éclipsa et les deux hommes mangèrent.

 

« Tu es fatigué Masao-kun ?

 

— Hai… j'ai dormi qu'une heure cette nuit et cette première journée a été riche. » Sourit faiblement le jeune homme

 

Masao qui avait agit sous le stress toute la journée, sentait la tension le quitter brutalement et une brutale envie de dormir l'assaillit. Il n'en avait même pas faim. Tout ce qu'il voulait s'était dormir. La distance qui le séparait du palace à son appartement lui parut interminable. Arata s'en aperçut. Il eut pitié du jeune homme et il déclara avec un sourire bienveillant

 

« Je vais te raccompagner jusque devant chez toi Ishihara-san…

 

— Oh… ne vous dérangez pas sensei…

 

— Je te le propose et je tiens à ce que tu rentres entier ! Dit-toi bien que j'ai un motif derrière ma « gentillesse ».

 

Arata ne voulait pas que Masao se fasse d'illusions mais, le jeune homme lui inspirait beaucoup de sympathie et ce depuis qu'il l'avait rencontré à l'entretien d'embauche. Masao scruta entre ses paupières le Chef et eut un petit sourire et n'insista pas. Au moins, il ne serait pas chahuter dans les transports.

 

« Vous habitez quel quartier Masao-kun…

 

— Minato-ku en face du Shibapark…

 

— Oh… c'est sur ma route alors. » Sourit le Chef. « Je n'habite pas très loin de chez toi… »

 

Les deux pâtissiers finirent rapidement leur repas. Masao n'apprécia pas réellement le déjeuner qui pour lui n'avait pas de goût. Sa seule pensée était concentrée sur son futon. Lorsqu'ils quittèrent le palace, Masao salua à peine le personnel qu'il croisait. Il fit un effort surhumain pour ne pas s'endormir dans le véhicule. Lorsqu'il descendit, Masao émit un faible au revoir. Naito lui rappela leur rendez-vous du lendemain et Masao acquiesça.

 

A peine franchit-il le seuil que Masao se traina jusqu'à son futon et s'étala de tout son long sur la couette. Il avait du s'endormir entre le moment où il s'était laissé tomber et le moment où il avait atterrit sur le tissu. Les rideaux n'avaient pas été tirés et la lumière du jour entrait à flot dans la chambre. L'appartement à peine meublé raisonnait de la respiration régulière et calme de l'apprenti épuisé par sa nuit d'insomnie et son travail intense fournit durant la journée.

 

°°0o0°°

 

Le dojo raisonnait des coups lorsque les shinai[i] s'entrecroisaient. Les halètements du à un effort intense et l'odeur de la transpiration, emplissaient la salle. Masao retira son men[ii] et sourit à son adversaire. Ce dernier retira son propre masque et une épaisse chevelure blonde bouclée apparue.

 

« Sempai ! S'écria l'américain. Vous m'aviez dit que cela faisait trois ans que vous n'aviez pas pratiqué !

 

— Exact ! Sourit toujours Masao surpris de ses propres aptitudes.

 

— Je n'ose même pas imaginer le niveau que vous deviez avoir étudiant ! »

 

Masao se gratta le haut du front et rit doucement. Ils s'étaient éloignés de l'espace de combat et partait ranger leur matériel.

 

« Vous devriez reprendre la compétition… Marmonna Soren Ruane.

 

— Non, très peu pour moi… je vais me contenter de venir aux entrainements…

 

— Ne dites pas ça ! » S'exclama Oki Wakebe, une jeune femme à la langue bien pendue « Nous devrions participer en aout à une compétition nationale. Si vous vous entrainiez de manière intensive, je suis sûre que vous pourriez vous en tirer plus qu'honorablement. »

 

Masao observa la secrétaire de direction qui avait retiré son men également. La sueur coulait sur ses joues. La jeune femme était d'un niveau équivalent au sien quand il avait arrêté le kendo. Masao secoua la tête.

 

« Non… c'est impossible. Et puis, je viens à peine de commencer mon nouveau travail… Je me lève très tôt et mes jours ne congés ne correspondent pas aux compétitions. Je passe…

 

— Mais… » Commença Oki.

 

— Laisse-t-on sempai[iii] tranquille Wakebe-san. Chacun a le droit de faire comme bon lui semble.

 

— Il est dommage effectivement qu'Ishihara-san ne nous accompagne pas… et je suis d'accord avec Ichi sur le fait que nous fassions comme nous le pouvons ou voulons. Bon, je vais prendre une douche. » Hurata Dayu. « Qui est de service ? » Termina-t-il.

 

— Moi… » Maugréa Soren

 

— Je suis également de service… Sourit Masao.

 

— Comme moi ! Répliqua Kyoko Kimura, avec un immense sourire.

 

— Bon, je dois y aller… je vous dis à vendredi pour notre prochain entrainement… »

 

La salle se vida et les trois pratiquants débarrassèrent la salle et se mirent à nettoyer le plancher. Kyoko haletait sous l'effort. Masao se redressa et remarqua

 

« Tu devrais aller plus lentement Kyoko… tu vas finir épuisée… »

 

La jeune femme, à peine sortit de l'adolescence, s'immobilisa et remonta son foulard blanc qui retenait ses longs cheveux ébène. Elle posa son regard noisette espiègle sur Masao. Un sourire vint éclairer le visage de la jeune femme qui avoua.

 

« C'est parce que j'ai rendez-vous avec mon amoureux ce soir… et je voudrai avoir du temps pour me préparer. Je vais rencontrer ses parents…

 

— Oh… Si tu veux, je peux m'occuper de tes tâches dans ce cas !

 

— Euh… j'aimerai assez mais…

 

— Ne culpabilise pas… Vas-y. C'est une soirée importante… »

 

Kyoko se redressa et s'inclina respectueusement.

 

« Mille merci Sempai ! Si un jour vous aviez besoin que je vous retourne la pareille, je me ferai un plaisir de vous rendre ce service.

 

— Je te remercie. » Souriait toujours Masao.

 

Pourtant, son regard vert devint légèrement plus sombre. Cela n'échappa pas à Soren qui s'était arrêté pour écouter la conversation entre les deux japonais. L'américain ne put s'empêcher d'admirer Ishihara. Il avait rarement vu homme plus beau. Et son regard vert qui ressortait grâce à sa peau couleur miel. L'étudiant se trouvait bien fade en comparaison. Des yeux bleus et des cheveux blond filasse et bouclée. Un soupir traversa sa carcasse. Et il se remit au travail.

 

Ce qu'il aimerait faire, c'était prendre Ishihara-san en photo… qu'il soit couché sur papier. Dans son esprit de nombreux clichés qui mettrait en valeur le pâtissier lui venait à l'esprit. Il poussa le chiffon devant lui et se laissa tomber un quart d'heure plus tard. Il s'essuya le front et admira Masao qui terminait son propre espace. Son sempai releva la tête comme s'il se savait observer. Un instant, son attitude fut défensive, lui donnant cet air de fauve aux aguets… Puis, son visage se détendit et son sourire facile s'afficha sur ses traits harmonieux. Soren lui répondit à demi, fasciné par cet homme.

 

« A quoi penses-tu Soren-kun ?

 

— J'aimerai vous prendre en photo… Masao-san.

 

— En photo ?

 

— Oui, c'est mon passe-temps et je trouve que vous avez des expressions fascinantes…. Pourrais-je vous photographier ?

 

— Non ! »

 

L'homme perdit son sourire. L'expression fermée qu'il arborait à présent contrastait terriblement avec son attitude amicale habituelle. Cela surpris Soren. De plus, la réponse avait été catégorique. Ishihara n'était pas si ferme usuellement. Soren observa la physionomie du japonais qui se redressait tout en retirant la serviette qui couvrait ses cheveux noirs. L'étudiant ne pu s'empêcher d'admirer Masao. Sa démarche était féline. Il avait l'impression qu'il ne pourrait jamais cesser de le regarder.

 

Le pâtissier tourna son visage vers Soren et déclara amicalement

 

« Tu ne devrais pas trainer ainsi… va prendre ta douche… »

 

Et sans l'attendre, Masao disparut lui-même se changer. Soren bondit sur ses pieds pour aller sous la douche en même temps que le japonais. Lorsqu'il le rejoignit, l'américain ne pu s'empêcher d'admirer la musculature fine et la silhouette racée. Masao ne faisait absolument pas attention à lui. Soren se posa la question s'il avait une chance ? Puis se souvint que l'homme ne portait aucune attention sur les mineurs.

 

Les gouttelettes d'eau firent fantasmer l'étudiant qui vit l'homme quitter la douche et s'enrouler avec sa serviette. Et dire qu'il avait refusé sa proposition d'être son mannequin. Pourtant… il ferait un malheur. Soren devait trouver la corde sensible d'Ishihara pour le faire fléchir. Le jeune homme sortit à son tour de la douche et rejoignit le japonais dans les vestiaires. Ce dernier enfilait un t-shirt sombre à motif. Son pantacourt le mettait en valeur. Il dégageait beaucoup de classe pour l'adolescent qu'il était.

 

Masao se tourna vers Soren et intercepta la lueur admirative dans ses yeux bleus azur. Un fin sourire étira ses lèvres et il déclara

 

« Dépêche-toi Soren-kun où je t'enferme dans le dojo.

 

— Vous seriez incapable de faire cela ! » S'écria outré le jeune homme.

 

Masao jeta un bref coup d'œil à sa montre et grimaça

 

« Je vais devoir bientôt aller me coucher donc, je n'ai pas beaucoup de temps à perdre.

 

— Pourquoi avez-vous choisit un métier pareil ? Vos horaires sont… impossibles ! Pourquoi n'êtes vous pas mannequin ou acteur ?

 

— Parce que je n'éprouve pas le besoin de m'exposer.

 

— Vous gagneriez vraiment beaucoup comme salaire et c'est plus valorisant

 

— Tout dépend ce que l'on attend par là. J'aime me lever le matin et travailler dur… Cela fait presque quatre mois que je travaille avec Naito-san. Je trouve cela très valorisant. Et mon salaire me satisfait. Je n'ai pas de grandes ambitions.

 

— Et en amour ?

 

— Cela ne te regarde pas ! » Répondit Masao sèchement.

 

Le pâtissier se mordit la lèvre puis sortit du vestiaire. Il devenait chatouilleux depuis l'épisode Rei. Il ne voulait pas s'engager dans une quelconque relation. Il aimait sa solitude et puis, il n'avait pas vraiment le temps et l'énergie à l'heure actuelle pour côtoyer qui que ce soit. Quelques minutes plus tard, Soren sortit et Masao ferma le dojo derrière lui. Quand il se retourna pour quitter les lieux, il vit Soren qui semblait l'attendre.

 

« Tu ne retournes pas à l'ambassade ? S'étonna Masao.

 

— Non ! Pas tout de suite et puis mon père va encore me gonfler sur le fait que je devrai cesser de fréquenter des types louches…

 

— Tu fréquentes des types louches ? Fit Masao en haussant un sourcil de surprise.

 

Le regard vert se fit plus inquisiteur et Soren se mordit la lèvre inférieure de nervosité.

 

— Non ! Mais, mon père s'imagine toujours des trucs ! Tout ça parce que je me fais des soirées jeu vidéo, karaoké ou bien, je vais en boite…

 

— Tu arrives à entrer en boite ? Demanda Masao très surpris.

 

— J'ai falsifié ma carte d'identité et comme je suis de type caucasien les japonais ont du mal à déterminer mon âge.

 

— Tu parais plus âgé… c'est vrai…

 

— Je le sais… Dit Masao-san… C'est définitivement non ? »

 

Masao glissa un regard de côté pour observer l'étudiant. Soren avait de la suite dans les idées et n'abandonnait jamais facilement. Le japonais fit comme s'il ne comprenait pas.

 

« De quoi me parles-tu ?

 

— Les photos…

 

— Non. Répliqua simplement Masao.

 

— C'est pour mon club de photographie… elles ne sortiront pas de…

 

— Non.

 

— Bon ok… »

 

Masao ne le crut pas un instant. Cela faisait deux mois qu'il voyait faire l'américain. Il allait jusqu'à l'usure pour obtenir ce qu'il désirait. Masao ne laissa pas percer son amusement et salua l'étudiant qui partait dans une autre direction. Ishihara traversa l'esplanade ensoleillé et soupira intérieurement. Il aurait aimé profité encore des beaux rayons de ce début d'été mais, son horloge interne n'était pas encore réglée à son nouveau rythme de travail.

 

Presque quatre mois qu'il travaillait avec Naito-san. Il aimait les gens qu'il côtoyait et s'était fait de nombreux amis parmi les serveurs, et la brigade de cuisine. En fait, avec tout le personnel. Ses soirées de congés, il les passait avec quelques membres qui comme lui célibataire et ayant des journées décalées en profitaient pour se défouler dans les bars, les soirées karaokés, les boites de nuits ou dans les arcades. Ses inquiétudes du début, s'était muée en confiance en soit. Il aimait sa nouvelle vie.

 

Son existence avait changé du tout au tout. Masao qui passait devant un kiosque à journaux fut attiré par quelque chose et son regard se détourna pour croiser le regard de Nanashi Rei et Yuya Itami. Son cœur se mit à battre de manière désordonnée en rencontrant le regard argent. Plus le temps s'écoulait et plus, Masao se rendit compte qu'il avait failli mourir ce jour là. Inconsciemment, le pâtissier porta une main autour de son cou.

 

Masao sortit de sa transe quand un groupe de jeune fille qui le regardait avec envie, attira son attention. Il était au milieu du passage et gênait la circulation. Masao s'excusa et repris sa route. Il respira calmement alors que son cerveau lui repassait la dispute qui avait éclaté entre eux.

 

Le jeune homme avait eu le temps de réfléchir depuis le temps. Oui… après avoir retourné la scène dans tous les sens, certes… il n'aurait pas du attaquer par « je pars » mais, plutôt par « j'ai besoin de te parler » mais, finalement le résultat aurait été le même… Nanashi n'aurait pas accepté qu'il s'éloigne. Pas avec la façon dont il s'exprimait. Et puis, vivre avec un type qui possédait deux personnalités, dont une malsaine… Masao s'estimait maintenant heureux d'avoir quitté l'appartement et de vivre une vie plus animée, plus entourée et beaucoup plus gratifiante.

 

Son seul regret était pour Fuyuki. Masao savait que Nanashi ne ferait rien à sa fille. Bien au contraire, il était un père merveilleux. Le jeune homme quitta la rame de métro et remonta les escaliers qui le ramèneraient à la surface. Un sourire éclaira ses traits. La vie était merveilleuse depuis qu'il vivait seul et contrairement à ses années passées à l'université, sa condition lui convenait telle qu'elle était.

 

Pourtant quand il ouvrit sa boite aux lettres, il trouva une lettre et l'écriture lui semblait vaguement familière. Masao l'ouvrit tout en montant les escaliers qui le ramenaient jusque chez lui. Quand il vit le nom de Rei Nanashi, son cœur s'arrêta. Masao était blême lorsqu'il rentra dans son appartement.

 

°°0°0°°

 

Tora-san attendait patiemment que ses deux acteurs principaux se joignent à lui pour la conférence de presse. Dans moins d'une semaine, le film serait lancé dans de nombreuses salles. Les journalistes se déchainaient sur l'éventualité d'une relation amoureuse entre Itami et Rei. Comme chacun connaissait la sexualité sulfureuse du premier, les esprits s'échauffaient quand à la possibilité que le flamboyant acteur ait pu courtiser le ténébreux mannequin.

 

Le metteur en scène et réalisateur qu'était Tora se frottait les mains en silence. Il ne pouvait avoir meilleur publicité. Lui savait pertinemment qu'Itami semblait de moins en moins apprécié Rei et il espérait que ce dernier n'aurait pas la bonne idée de démentir les rumeurs. Itami était impossible à canaliser. Quand il vit les deux hommes entrés, il vit le froid qui planait entre les deux hommes. Plus présent encore qu'à leurs dernières rencontres. Lee soupira et croisa les doigts pour qu'Itami sache se tenir pour une fois. Rei, lui semblait beaucoup plus mesuré et manipulable.

 

« Messieurs, je suis ravi de vous revoir. Je vous demanderai seulement de vous abstenir de vous étrangler pendant l'interview.

 

— Je ne vois pas de quoi vous vous voulez parler. » Déclara calmement l'ancien mannequin.

 

Tora soupira. Décidément, ce Rei était imperturbable. Sa beauté redoutable était mise en avant dans son costume sombre. Il travaillait déjà sur un autre film et s'était libéré pour le temps de la conférence de presse. Itami lui avait opté pour le théâtre et paraissait nerveux et fatigué.

 

Yuya rejoignit la production. Il était vidé. Ses derniers jour pour lui, le perturbait par le changement de rôle brutal qu'il avait du adopter. Il avait accepté pour dépanner un ami de remplacer au pied levé son acteur principal pour sa pièce mais, de passer du rôle romantique et léger à celui d'homme mur tourmenté et grave, lui pompait toute son énergie. D'autant qu'il se produisait sur scène presque tous les soirs. L'investissement personnel que lui prenait chaque rôle… de passer d'une personnalité à une autre et ce de manière presque instantané, lui demandait une adaptation et un travail qui le laissait quelque fois sans force.

 

Bien sur, il le cachait… Yuya aimait donner l'impression de facilité. Son métier s'était toute sa vie. Il se plongeait dedans à corps perdu et s'investissait beaucoup. Et ce pour chaque rôle qu'on lui donnait la chance d'interpréter. Il n'hésitait pas à se produire parfois dans les petits films d'auteurs, quelque fois il demandait à avoir le second rôle, ou celui d'un rôle secondaire ayant un attrait particulier pour lui. Quelque chose qui représentait un challenge. Peu lui importait d'être la vedette à longueur de temps… le rôle pour lui, était plus important que le reste. Qu'importe si on le traitait de frivole, de tombeur, qu'importe tout ce qu'on pouvait interpréter de sa vie publique. Jouer était toute sa vie et il le ferait bien.

 

Toutefois, de revoir toute l'équipe pour son dernier film le déroutait. Il avait presque oublié l'homme qu'il interprétait quelques mois plus tôt. Le fait de revoir Rei, le surprenait presque. Par contre, c'était avec un certain plaisir qu'il serra la main de Tora-san. Yuya s'enferma sur lui-même pour retrouver un minimum son ancien personnage. Il voulait se concentrer, pour oublier ensuite… Quelques heures plus tard, il brulerait les planches du théâtre pour reprendre le rôle qui lui tenait à cœur.

 

Le fait qu'Itami resta silencieux fit ressentir un malaise au réalisateur qui poussa ses acteurs en avant et se cacher derrière ses deux grands gabarits à la beauté lunaire pour l'un et solaire pour l'autre.

 

Chacun prit place et le crépitement des flashs débuta. Chacun se soumis avec bonne grâce au jeu et les questions des journalistes fusèrent. Le film avait été visionné en avant première pour quelques privilégiés et l'accueil était plutôt bon. Pour Lee s'était un bon point. Mais, il attendait surtout le public. Tout se déroulait normalement jusqu'à ce qu'un journaliste demande moqueur

 

« Donc, personne ici n'a encore évoqué le sujet mais, existe-t-il une quelconque relation entre Itami-san et Rei-san ?

 

— Il n'y en a jamais eu, et n'en aura jamais ! » Rétorqua sèchement Itami agacé par la question qui lui semblait superflue.

 

Tora secoua la tête, s'attendant au pire. Un autre journaliste rebondit.

 

« Y-aurait-il conflit entre vous ?

 

— Il n'y a aucun conflit… Répondit calmement Rei. Mais, je n'ai pas les tendances et les préférences sexuelles d'Itami-san !

 

— Bien sur…. » Ricana Itami.

 

Rei tourna un visage impassible vers son partenaire à l'écran et répliqua froidement

 

« Ce n'est pas parce que vous fantasmez sur les hommes que nous avons tous les même…

 

— Evidemment, ça s'applique aussi à l'employé que vous avez caché dans votre armoire ? » Répliqua narquois Itami. Un sourire ironique relevait le coin de sa bouche.

 

— Je ne vois pas de quoi vous voulez parler…

 

— Bien sur… coupa Itami.

 

— Hum… hum… » toussa Tora-san qui voulait revenir à son film. « Donc, comme vous pouvez le constater, il n'y a aucune aventure entre les deux acteurs principaux.

 

— Pourtant, cela aurai plu à un large public féminin… Remarqua un journaliste.

 

— Nous ne faisons pas dans le marketing de bas étage.

 

— Itami-san… interpella un journaliste qui profitait de la nouvelle prise de parole de l'acteur, que vouliez-vous dire à propos de l'employé de Rei-san ?

 

— Rien qu'il ne comprenne…

 

— Le tournage a-t-il était sous tension ? Vous ne semblez pas beaucoup vous appréciez…

 

— Pour jouer, il faut savoir mettre nos différents de côtés. Nous sommes là pour un travail…

 

— Pourtant, vous sembliez terriblement complice à l'écran. Un incident aurait brouillé les choses entre vous ? Insista une journaliste.

 

— Une histoire de placard… Ironisa Itami.

 

— Donc, vous avez un objet de discorde entre vous ?

 

— Je n'en dirais pas plus…

 

— Vous êtes très discret Itami-san actuellement. Je veux dire par là que nous avons été habitué à vous voir plus souvent dans les boites de night-club, les fêtes et en charmante compagnie. Avez-vous décidé de vous ranger ? Quelqu'un d'important est-il apparu dans votre vie ?

 

Itami se redressa sur sa chaise et posa ses mains à plat sur la table. Un léger sourire éclairait ses traits et il répondit sereinement.

 

« Actuellement, je me produits six jour sur sept au New National Theatre. Lorsque j'arrive à mon jour de repos, je n'ai pas spécialement envie de me trémousser sur une piste. Et il m'arrive d'être sage. »

 

Les journalistes éclatèrent de rire, car c'était bien le dernier qualificatif qui venait à l'esprit pour désigner l'acteur. D'ailleurs ses derniers reportèrent leur attention sur Rei et sa nouvelle carrière cinématographique qui commençait à décoller. De nombreuses critiques lui étaient favorables et on le voyait déjà comme nouveau remplaçant d'Itami.

 

Ce dernier se crispa sur sa chaise en entendant la réflexion. Ce n'était pas tellement la comparaison en elle-même qui le dérangeait mais, la façon dont Rei abordait les personnages qui agaçait Itami. Rei pour lui était un « mannequin » et ne serait jamais réellement un « acteur ». Quoique peut-être ce type prendrait peut-être son nouveau métier plus au sérieux au fil des rôles ?

 

Lorsqu'une heure plus tard, ils regagnèrent les coulisses, Itami se dirigea vers sa loge pour récupérer ses affaires. Il était plutôt pressé puisqu'il passait sur scène deux heures plus tard. Il avait à nouveau endossé le rôle qu'il jouerait dans la soirée. Ses lèvres murmuraient ses répliques et l'émotion le gagnait à nouveau. Il avait hâte d'être plus tard. La fermeture d'une porte derrière lui le mit en alerte. Surpris, il dévisagea Rei en le reconnaissant.

 

« J'aurai pensé que vous m'auriez ignoré Rei-san… » Railla Itami.

 

— Qu'est ce qui vous a pris d'évoquer Ishihara devant les journalistes ? »

 

Itami haussa un sourcil et reconnecta quelques neuronnes avec la réalité de Rei. Quand il saisit la réflexion du mannequin, il rétorqua

 

« Je n'ai pas donné son nom… j'ai juste évoqué un « employé ». De plus, je trouve cela amusant de vouloir vous faire craquer… » Sourit l'acteur de toutes ses dents. La lueur espiègle dans son regard chocolat énerva Nanashi qui serra les poings. Ses phalanges blanchirent.

 

— Vous êtes futile… » Fustigea Nanashi méprisant.

 

— C'est vrai… » hocha la tête Yuya tout à fait d'accord.

 

Nanashi crispa la mâchoire. Rien ne semblait bouleverser Itami. Cet homme l'énervait et en même temps… Quoiqu'il fasse, il était attiré par lui. Ce mélange de bonhomie et ce magnétisme presque animal qui s'exprimait rarement mais, qui le figeaient et l'hypnotisaient, étaient là sous-jacentes.

 

« Pour vous tout est un jeu…

 

— Non pas tout… » Rétorqua plus sérieusement Itami. « Je m'inquiète toujours pour mes proches. Bon… cette conversation est intéressante mais, on m'attend au…

 

— Avez-vous toujours le projet de séduire Masao ? » Questionna brusquement Nanashi en se tenant toujours bien droit, le regard semblant transpercé son interlocuteur.

 

— Masao ? » S'étonna Itami qui était retourné dans son monde. « Ah… votre employé ? Non… Je vous le laisse. J'ai d'autres préoccupations et puis… nous ne sommes pas du même monde. Maintenant… »

 

Itami passa devant Nanashi avec un petit sourire et ouvrit la porte pour quitter les lieux.

 

« J'espère ne plus à avoir à vous croiser… mais, si c'était le cas, je serai heureux de travailler avec un homme ayant autant de conscience professionnelle que vous… Rei-san. »

 

Itami faisait clairement allusion à leurs étreintes qui auraient du être plus factices et que Rei avait rendu plus passionnelle. L'acteur quitta les lieux et oublia Rei et son employé. Son public l'attendait et il était déjà tout à son rôle.

 

Nanashi respira plus librement. Finalement, Itami ne serait pas un obstacle. Puis, il fronça à nouveau les sourcils. Il n'avait pas apprécié l'allusion de l'acteur. Certes, Itami l'avait intéressé à une vague période mais, maintenant, il avait d'autres chats à fouetter.

 

°°0o0°°

 

Soren était cloué sur place. Il avait suivit à contre cœur ses amis à une sortie collective. Le groupe d'étudiants avait décidé de s'octroyer une sortie en milieu de semaine pour décompresser du dernier gros contrôle qu'ils avaient eut avant les vacances scolaires. Soren avait trainé les pieds et maintenant, il était incapable de bouger. Trop stupéfait de voir Ishihara Masao. Son sempai se déplaçait avec grâce sur la piste, le bras entourant la taille d'une jeune femme très belle. Ils avaient un regard complice et pour Soren, c'était la fin d'un rêve.

 

Masao Ishihara n'était pas gay ! Enfin, il avait peut-être une chance pour qu'il soit bi… mais, en voyant l'expression du visage du couple, Soren ne s'imaginait pas entre eux. Qui était cette mystérieuse femme ? La musique changea et le couple se dirigea vers une table où plusieurs hommes et femmes se tenaient dans une joyeuse ambiance. Le cœur se Soren se serra. Sa soirée venait d'être gâchée.

 

Il savait que Masao n'aimait pas les adolescentes… il avait intercepté la demande de Pauline qui avait avoué à leur sempai ses sentiments. Le japonais avait repoussé gentiment la française en lui expliquant que jamais, il ne s'intéresserait à quelqu'un qui n'était pas majeur. La brune avait protesté en répliquant que dans son pays, elle l'était. Et Masao avait répondu catégorique qu'ils étaient au Japon et de ce fait, qu'elle était mineur dans son pays !

 

Qui pouvait résister à Pauline ? Personne. Pauline était féminine et elle ressemblait à une poupée, sauf les jours d'entrainements au dojo. Ses cheveux coupés court mettaient en valeur un visage aux traits fins. Cela rehaussait l'éclat presque jaune de son regard qui mangeait son visage. Champagne ! Avait-elle déclaré en riant, car elle venait de cette région. Soren avait pensé que Masao était gay et aurait bien tenté sa chance… mais, vu la main qui trainait toujours sur la taille de la jolie asiatique, tous ses espoirs se mouraient.

 

Ishihara-san avait quelqu'un dans sa vie ! Dégouté par la scène, Soren quitta les lieux. Le jeune homme préférait rentrer.

 

Masao se sentit observé et se retourna. Il vit Ruane Soren quitter les lieux, comme si le poids du monde s'était abattu sur ses épaules. Masao fronça les sourcils en voyant trois types plutôt grands suivre le jeune américain. Sans se départir de son calme, Masao se leva et se tourna vers ses collègues avec un léger sourire.

 

« Je reviens dans quelques minutes…

 

— N'oublie pas que tu me dois une danse encore ! » Lança Kaede avec un grand sourire.

 

Masao répondit d'un signe de main, et sortit de la boite de nuit. Il ne trouva pas la moindre trace de l'américain. Il fit un petit tour et son regard ne rencontra que deux ou trois passants pressés de rentrer chez eux. Le jeune homme allait retourner s'amuser mais, il était inquiet pour Soren. Le jeune homme était plutôt mignon et sa blondeur exotique pouvait attirer l'attention sur lui.

 

Après un dernier soupir exaspéré, Masao se lança à la recherche du jeune homme qui ne devait pas être très loin. Il fit le détour par quelques ruelles pour entendre brutalement au détour de l'une d'elle, des bruits étouffés. Masao se dirigea sur les lieux et trouva trois types s'acharner sur un homme allongé au sol. Sans réfléchir, Masao bondit en avant et retourna le premier agresseur pour lui coller son poing à la figure. Il attrapa au vol, la barre métallique qu'il tenait entre ses mains pour s'en servir d'arme contre les deux autres.

 

Masao se mit en garde haute et attendit qu'un des agresseurs l'attaque.

 

« Qu'est-ce que tu fous connard ?

 

— Laissez-le tranquille !

 

— C'est pas tes oignons… Répliqua hargneux un des agresseurs. Dégage !

 

— Si, ça l'est… c'est mon kouhai et en tant que tel, je dois le protéger… » Répliqua doucement Masao qui sentit un danger venir sur le côté.

 

Sans réfléchir, Masao porta un coup lattéral et se déplaça silencieusement dans la ruelle. Les trois hommes qui lui faisaient fasse savaient utiliser les armes et savaient se battre mais, le pâtissier en avait vu d'autres et ne se laissa pas impressionner. Il entendait les gémissements de Soren toujours au sol. Le petit n'avait rien demandé ! Il défit deux de ses agresseurs qui gisaient au sol en se tenant les côtes de douleurs.

 

« Pourquoi vous en êtes-vous pris à un adolescent ? Demanda Masao calmement alors qu'il renvoyait l'arme de son adversaire au loin. Sa barre métallique s'arrêta à quelques millimètres du visage de son adversaire devenu livide sous la lumière blafarde de la lune.

 

« C'est un américain et il a du fric !

 

— Dégage, toi et tes amis… et que je te revois attaquer un étranger…

 

— Connard ! C'est parce que t'es la moitié d'un que tu la ramènes !

 

— Peut-être… Dégage… et je ne le répéterai plus. »

 

Tsukasa observa son adversaire. L'attitude calme presque sereine de l'homme, l'envoutait. La posture parfaite qu'il tenait avec sa barre métallique entre ses doigts, laissait imaginer le nombre d'heures qu'il devait passer à s'entrainer. Il avait l'impression de voir un samourai sortit du passé. Il n'était pas menaçant mais, l'éclat de son regard froid, presque aussi métallique que l'objet entre ses mains, le fit déglutir. Sa présence l'enveloppait. Tsukasa avait l'impression d'être aspiré par le regard profond de l'homme devant lui.

 

Ses mains étaient devenues moites. Son agresseur fit un pas à reculons et adopta une attitude plus détendu. La grâce des mouvements de ce type, le fit frissonner. Il tenait la barre comme un shinai et le plaça de telle manière qu'il pouvait attaquer ou riposter en fonction de son attitude. Le regard clair ne le quittait pas. Aucun trait du visage ne bougeait. Les muscles de son corps semblaient au repos… semblait… songea Tsukasa. Il était sûr que se type lui bondirait dessus tel un félin pour l'égorger à la moindre occasion.

 

Il déglutit une nouvelle fois et secoua ses amis au sol…

 

« Allez… Sena, Mamoru… levez-vous ! On rentre…

 

— Putain… j'ai mal Tsukasa… Grogna Mamoru en se redressant difficilement.

 

— Arrête de te plaindre et vient… »

 

Le groupe se releva plus ou moins bien. Masao ne quittait absolument pas les trois hommes des yeux. Il s'était placé de telle sorte qu'il était devenu un rempart pour Soren. Quand, les agresseurs furent partit, Masao se tourna vers l'adolescent qui était toujours inconscient. Masao avec beaucoup de douceurs repoussa les boucles blondes, un peu trop longues. Il murmura

 

« Ruane-kun… Où habites-tu ? »

 

Aucune réponse ne lui parvint. Sans attendre plus, Masao ausculta rapidement le corps de Soren et s'aperçut qu'il n'avait rien de casser. Il était seulement abimé. Il le souleva et traversa les ruelles pour retrouver l'artère centrale. Comment avait-il fait pour retrouver le jeune homme ? Masao n'en savait rien mais, remercia la chance… Quoique là… il allait plutôt le ramener chez lui, le temps de le soigner. Il trouverait bien les papiers du jeune homme lorsqu'ils seraient arrivés à l'appartement.

 


 

[i] Shinai = sabre en bambou du kendo

 

[ii] Men = masque recouvert d'une grille métallique qui protège le visage.

 

[iii] Sempai = personne d'un rang supérieur dans les études, dans un sport etc… (Kouhai étant le contraire)


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