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Masao avait installé Soren aussi confortablement qu’il le pouvait sur son futon. Il se dirigea vers sa salle de bain et retira une trousse de secours. Masao nettoya les plaies au visage et sur le haut du corps du jeune homme. Son expression était fermée. S’était plutôt rare chez le pâtissier. Il s’en voulait de ne pas avoir pu arriver plus tôt.

 

Soren lui semblait terriblement vulnérable. Une fois qu’il eut finit de le soigner, Masao rechercha dans les poches de l’adolescent ses papiers. Peut-être découvrirait-il quelque chose pour appeler des proches ? Le portefeuille ne contenait rien d’important et Masao découvrit le portable de Soren. Sans hésiter, il l’ouvrit et inspecta le carnet d’adresse plutôt bien remplis du jeune homme.

 

Il mettait du temps à déchiffrer les caractères romanji. Masao n’était plus habitué à eu depuis pas mal de temps. Il finit par trouver le mot « Daddy » et le composa immédiatement. Au bout de quelques sonneries, une voix masculine ensommeillée avec un terrible accent vint les écorcher les tympans. Masao ne comprit rien mais, répliqua en japonais

 

« Ruane-san ? Je m’appelle Ishihara Masao et je suis le sempai de kendo de votre fils. Je l’ai découvert blessé dans une ruelle… Pouvez-vous envoyé quelqu’un pour le récupérer ?

 

Un léger bruit se fit entendre et une voix féminine se fit entendre à l’arrière. Masao ne comprenait rien à l’échange qui eut lieu et se demanda s’il avait fait le bon numéro quand la voix lui répondit en un japonais parfait.

 

« Soren est avec vous ?

—     Hai ! Votre fils est tombé dans une embuscade et je l’ai ramené chez moi pour le soigner. Pouvez-vous envoyer quelqu’un s’il vous plaît ?

—     Qu’a-t-il ?

—     Quelques blessures superficielles mais, je ne suis pas médecin.

—     Où habitez-vous… Ishihara-san ? »

 

Masao donna son adresse complète avec quelques autres informations utiles. L’homme l’informa qu’il venait lui-même chercher son fils. Le pâtissier raccrocha. Ruane-san semblait un homme très calme. Peut-être trop… Masao secoua la tête et se leva pour s’installer dans la cuisine. Il prépara un thé et retourna près de l’américain.

 

Les traits réguliers de Soren étaient enflés. Masao se sentait prit au dépourvu. Il aimait bien l’adolescent. Il avait de la suite dans les idées certes, mais, il était joyeux, toujours prêt à rendre service. Son admiration pour lui ne lui avait pas échappé non plus. Mais, Masao même s’il trouvait Soren à son goût ne voulait pas entreprendre une quelconque relation avec l’américain.

 

Masao s’aperçut qu’il avait peur. Depuis Nanashi, il repoussait systématiquement toute tentative d’approche. L’investissement amoureux qu’il avait eu avec le mannequin et les conséquences de leur altercation ne s’effaçait pas.

 

Une voix timide l’interpella, et lui fit baisser le regard ;

 

« Masao-san… Souffla Soren comme émerveillé par ce qu’il voyait.

 

Le pâtissier eut la gorge qui se serra. Masao effleura du bout des doigts les contours de la mâchoire de l’adolescent.

 

« Je suis désolé Soren… je ne suis pas arrivé à temps…

—     Ne… racontez pas n’importe quoi senpai… Vous ressembliez à un samourai…

 

Masao eut un rire triste et secoua la tête.

 

« Tu as eu le temps de me voir intervenir ?

—     Oh pas très longtemps… je crois… je crois que j’étais si content de vous voir arriver que… que…

—     Chut… J’ai appelé ton père pour qu’il vienne te chercher. Tu seras bientôt en sécurité et…

—     Je voulais rester avec vous senpai… Souffla Soren.

 

L’adolescent voyait le visage de Masao penché sur lui. Il enregistra l’affliction sur son visage et cela le toucha. C’était la première fois qu’il tombait vraiment amoureux. Malgré la douleur, il avait pu voir juste à temps l’arrivé d’Ishihara et la facilité déconcertante qu’il avait de combattre. Soren n’avait pas vu l’ensemble du combat s’étant évanoui avant, rassuré de voir un ami dans la tourmente. Son cœur se gonfla en voyant avec quel délicatesse le pâtissier le traitait.

 

Un coup porté à la porte, coupa l’échange silencieux de leurs regards. Masao se leva et abandonna Soren pour sa plus grande déception. Masao ouvrit la porte et arrondit un peu les yeux. Il voyait Soren à l’état adulte. Masao déglutit  difficilement devant la silhouette. L’homme devant lui respirait l’argent et le pouvoir. Son costume devait être signé par un grand couturier. Masao ne pu s’empêcher de le noter, tellement Ruane-san semblait irradier devant la porte de son appartement. Les deux hommes s’observèrent et Ruane Jase déclara presque abruptement

 

« Mon fils est bien hébergé chez vous ?

—     Hai ! Entrez Ruane-san…

 

Masao s’effaça et s’aperçut que l’ambassadeur était accompagné d’un autre homme, habillé d’un costume sombre. Visiblement un garde du corps. Masao désigna de la main, sa chambre et Ruane se dirigea vers la petite pièce. Soren trembla en rencontra le regard métallique de son père.

 

« Soren ! Je t’avais dit que tu trempais avec des types louches…

—     Il ne connaissait pas ses agresseurs. » Répondit calmement Masao.

 

L’ambassadeur se tourna vers lui et lui jeta un regard d’aigle. Masao ne quitta pas son masque d’impassibilité et continua.

 

« J’ai vu Soren-kun sortir de la boite de nuit et ses trois agresseurs l’ont suivit sans qu’il ne s’en aperçoive.

—     Vous êtiez avec mon fils ? Je ne savais pas qu’il fréquentait des hommes plus vieux.

—     Non, je sortais avec mes propres amis. J’ai reconnu Soren-kun au loin et je me suis inquiété en voyant des inconnus le suivre alors qu’il sortait du café dans lequel je me trouvais. Je les ai suivit… je voulais être sûr qu’il n’arriverait rien à mon kouhai…

—     Kouhai ? Reprit Ruane-san.

—     Hai… je suis son senpai au dojo.

—     Ah… oui. Ishihara Masao ? Maintenant, je me souviens… Soren m’a parlé de vous et de quelques uns de ses amis au dojo.

 

A la surprise de Masao, l’homme s’inclina et le remercia. Le regard bleu très froid, était devenu brutalement très chaleureux rendant cet homme de glace, très séduisant.

 

« Je vous remercie infiniment d’avoir pris soin de mon fils… »

 

Ruane Jase reporta son attention sur son fils et s’agenouilla. Sa main passa rapidement dans les boucles blondes identiques aux siennes. Le visage tuméfié de Soren l’inquiéta mais, l’inquiétude dans le fond de son regard le désarma. Il remarqua dans sa langue d’origine.

 

« Tss… j’ai beau te prévenir mais, tu n’en fais qu’à ta tête… Tu as très mal ou cela reste supportable ?

—     Ça devrait aller… Souffla le jeune homme.

—     Tu pourrais te lever ?

—     J’aurai besoin d’aide… »

 

Jase se pencha et souleva son fils avec précaution. Soren enroula ses bras autour du cou de son père. L’adolescent protesta en remarquant que son père ne semblait pas disposer à le reposer sur le tatami.

 

« Tu peux me poser sur le sol maintenant… 

—     Non ! Je te ramène à l’hôpital pour être sûr que tu n’as rien mon fils… »

 

La voix était tendre. Ce qui exaspéra Soren. Il n’était plus un gosse ! L’ambassadeur se tourna vers Masao qui restait immobile, ne comprenant pas les paroles des étrangers chez lui.

 

« Je vous remercie infiniment… Ishihara-san. Je voudrai vous remercier également par quelque chose…

—     Rien… s’il vous plaît. Je n’ai besoin de rien. Je serai soulagé s’il n’a rien de grave. »

 

Jase observa le jeune homme devant lui. Il était surpris par les yeux verts du métis. Il le remercia encore chaleureusement et décida qu’il dédommagerait Ishihara qu’il le veuille ou pas. Soren était la prunelle de ses yeux. Le garde du corps tint la porte pour laisser passer son patron. Masao croisa un bref instant, le regard bleu azur de l’adolescent. Ce qu’il y lu le troubla mais, Masao le cacha au fond de lui. Ils n’étaient pas du même monde.

 

°°0o0°°

 

Comme à son habitude Masao entra en premier dans la cuisine. Le Chef pâtissier s’arrêtant maintenant pour discuter avec les employés de nuit. Naito voulait que Masao devienne autonome et sache organiser leur travail avant qu’il n’arrive. Ce dernier alluma toutes les lumières de son espace de travail et démarra le four à pain, les fours à viennoiseries. Ensuite, Masao se déshabilla pour enfiler sa tenue de travail et prépara son café et une tasse de thé à celui qu’il vénérait comme son maitre.

 

Lorsque Naito-san le rejoignit, Masao avait déjà commencé à pétrir les ingrédients pour faire sa pâte à pain. Le jeune homme sourit en voyant Naito s’approcher et lui tendit sa tasse de thé. Le vieil homme apprécia le geste et admira Masao travailler. Ce dernier commençait déjà la pâte à viennoiserie. Arata se plaça à côté du pétrin et observa la paâe qui tournait. Il devenait beaucoup plus un observateur qu’un acteur.

 

Si on lui avait dit qu’Ishihara apprendrait si durement pour parvenir à ses fins et devenir un boulanger et un pâtissier accompli en si peu de temps, il ne l’aurait pas cru. Masao avait avoué à Naito qu’il voyait toujours Ogawa Eisen qui lui donnait des cours particuliers ses jours de congés. D’ailleurs, ce dernier lui avait confirmé la chose quelques jours plus tard, alors qu’il était venu déjeuner au restaurant de son cousin.

 

Masao était entièrement à son travail. Il commençait la détrempe[i] de sa pate feuilleté, pour passer au tourage[ii]plutôt simple. Cela lui donnera assurément un feuilletage croustillant, approuva Naito en scrutant ses gestes. Masao jeta un œil à sa montre et constata qu’il était dans les temps. Il partit déposer sa pâte dans le local réfrigéré et retourna à son plan de travail pour commencer à préparer ses pates sablées, brisées, pates de riz et pate à biscuits.

 

Le regard de Masao glissait constamment entre son plan de travail et l’horloge. Le jeune homme, malgré les mois qui passaient, était toujours inquiet. Il n’arrivait pas à avoir le détachement de Naito qui lui s’occupait de préparer des mousses de fruits, et les glaces.

 

Le jeune pâtissier ne voyait jamais les heures s’écouler et il était toujours surpris lorsque les cuisiniers venaient le saluer. Masao appréciait particulièrement Murasaki et Yamamoto. Murasaki, parce que l’entremettier[iii] et lui passaient beaucoup de temps ensemble lorsqu’ils sortaient durant leurs jours de repos.

 

Yamamoto, parce que le saucier[iv] lui a été d'un grand secours à plusieurs reprises. Masao ne comptait plus le nombre de gaffes qu’il avait faites au départ. Yamamoto le rassurait très souvent lui disant que lui-même avait mal débuté.

 

Mais le regard d’Ogawa lui faisait comprendre que son second n’était pas là pour passer son temps à le nurser. Masao aimait beaucoup aussi le chef de cuisine qui était sévère, mais juste. Il venait marauder dans leur service le matin pour prendre une ou deux pâtisseries avant de démarrer sa propre journée. Ce faible pour le sucré faisait sourire Masao. C’était plutôt surprenant pour une armoire à glace comme lui.

 

Cela amenait un sourire à Masao lorsqu'il voyait le manège de son Chef qui pensait encore être discret. Naito-san lui avait demandé de ne pas briser les rêves de leur patron. Et Masao avait acquiescé, comprenant le jeu qui existait entre eux.

 

Lorsque la fin de matinée arriva, Masao était épuisé. Naito s’était largement mis à côté pour voir s’il était capable d’assumer le travail seul. Voyant les traits tirés de Masao, Naito-san lui tapota l’épaule.

 

« Masao-kun… tu devrais apprendre à te détendre. Tu t’en tires admirablement bien. Tu as les bons gestes, le bon timing et tu commences à maitriser toutes les productions….

—     Je n’arrive pas à me détendre. J’ai toujours peur d’oublier de retirer une plaque du four, ou le pain ou…

—     Aies confiance en toi ! Des erreurs, tu en commettras… et si le Chef te fait des réflexions, dit toi bien que nous y sommes tous passés. Même Ogawa-san. Mais, ça viendra avec la pratique. Je te signale que tu viens de passer ton premier examen haut la main.

—     Examen ? S’étonna Masao.

—     Oui… Nous voulions savoir si à mi-parcours tu serais capable d’assumer des responsabilités. Comme t’occuper seul de toute la partie boulangerie. Même si cette activité est minime par rapport à la pâtisserie, elle doit être faite correctement. De plus, tu as su gérer ton temps et t’occuper des différentes pâtes pour la réalisation des desserts. Je te félicite… » Sourit Naito satisfait de son élève.

—     Cela veut dire aussi que j’aurai un autre examen ?

—     Hai ! A la fin de ta première année. Ce jour là, vous serez jugé par Ogawa Eisen

—     Mon professeur de…

—     Exactement ! Hocha la tête le Chef pâtissier. Et il y aura également Ogawa Shige-san, moi-même et le Chef.

 

Masao rougit légèrement. Cela allait être un challenge.

 

« Pour l’occasion, Yamamoto-san va prendre la place du Chef et faire tourner le restaurant.

—     Je ne sais pas si je serai capable…

—     Je n’en doute pas une minute. Il n’y a que toi qui aies des doutes. Allez, viens manger avec moi…»

 

Masao suivit Naito et le jeune homme salua les serveurs qu’il croisait et les cuisiniers et commis qu’il n’avait pas vu encore. Une fois assis, Naito mangea avec entrain alors que Manabe disparaissait avec son plateau.

 

« Le patron pense embaucher un autre pâtissier…

—     Un autre ?

—     Oui… Ogawa-san voudrai avoir deux pâtissiers, mais vous n’interviendrez pas les mêmes jours. Il serait aussi question d’avoir un service le soir. »

 

Masao sentit son cœur battre. Mais, Naito qui devait sentir les interrogations de son élève déclara d’une voix apaisante

 

« Le nouveau pâtissier est tout trouvé. Il s’agit du neveu du patron. Ogawa Jiro. Il travaille avec son père Eisen…

—     Mon premier professeur ?

—     Exact… il recherche un mi-temps. L’activité de son père ne le tien occupé que deux jours dans la semaine. Et le Chef ne veut pas prendre un temps complet pour l’instant. Peut-être que tes jours de congés vont bouger. Quoique je préférerai qu’ils restent tel que… pour coïncider avec les miens. » Naito avala quelques bouchées de riz avant de reprendre. « Pour le service du soir… je ne sais pas encore comment il va s’organiser. 

—     C’est certain ?

—     Non… pas vraiment. Ogawa-san attend encore un peu. Pour tout te dire, le Chef attend une nouvelle étoile. Déjà, les clients viennent de plus en plus nombreux, ce qui est plutôt de bonnes augures.

—     Je n’étais pas au courant…

—     Ah, il est plutôt modeste Ogawa-san. Tu as fini ?

—     Hai…

—     Alors rentrons ! »

 

Masao suivit le Chef pâtissier. Ils saluèrent la brigade en plein coup de feu. Et ils quittèrent le restaurant pour regagner le sous-sol. Naito avait pris pour habitude de conduire et ramener Masao, puisque son appartement était sur sa route. Le Chef était plutôt fier de sa recrue et le considérait comme son fils. Sur le trajet de retour, Naito lui parla d’ailleurs de ses petits-enfants.

 

« Je suis très fiers d’eux. L’un a commencé le saut en hauteur et l’autre vient de démarrer le base-ball. Tu as repris aussi le sport depuis peu également Masao-kun ?

—     Le kendo…

—     Oh… noble art… Tu as quel niveau ?

—     Ceinture noire, troisième dan.

—     Tu vas faire de la compétition ?

—     Impossible… pas avec les horaires que j’ai en cuisine. Généralement, les championnats ont lieu le samedi.

—     Dommage… je suis sûr que tu es un bon kenshi[v]

—     Ne me vantez pas trop… Marmonna Masao.

—     Et cesse de toujours te dévaloriser !

—     Je ne suis pas aussi irréprochable que vous pensez le croire… »

 

Masao se demanda quel serait la réaction de cet homme, s’il connaissait son orientation sexuelle. Le rejetterait-il comme son père ? Cette idée le transperça. Ignorant ses états d’âmes, le vieil homme éclata de rire en garant son véhicule et répondit malicieux

 

« Il n’y a que toi pour croire que tout le monde est parfait, sauf toi-même ! Nous avons tous notre part d’ombre, Masao-kun. Tout n’est pas tout blanc mais, tout n’est pas tout noir. Et puis, la valeur des choses dépend d’un individu à un autre…

—     Merci Naito-sensei…

—     Je t’en prie… à demain.

—     Hai ! »

 

Masao claqua la portière et salua encore brièvement le chauffeur. Le jeune homme traversa le couloir et monta les escaliers pour arriver jusque chez lui. Masao en franchissant la porte de secours s’arrêta net ! Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Sa gorge se dessécha brutalement. Rei Nanashi se trouvait à quelques pas de lui. Le mannequin se redressa en voyant Masao franchir le seuil de la descente d’escaliers.

 

« Masao… »

 

La voix était caressante et douce. Ce dernier respira calmement et se dirigea vers sa porte. Masao entendit de discrets grincements de porte, lui signalant l’écoute indiscrète de ses voisins de palier. Apparemment, Nanashi n’était pas passé inaperçu.

 

« Je peux savoir comment tu as fait pour rentrer ?

—     Une de tes voisines est une de mes fans…

—     Ah… Tu ne franchiras pas le seuil de mon appartement…

 

Masao fixait intensément le mannequin. Le jeune homme était troublé. Nanashi ne semblait pas se souvenir de leurs dernières rencontres, et se comportait… L’idée le mis mal à l’aise.

 

—     Je veux simplement discuter avec toi…

—     Personnellement, je n’en ai pas envie… » Rétorqua Masao sur la défensive.

—     Non, tu préfères mettre les gens devant le fait accomplis ? »

 

Masao qui avait enfoncé sa clef dans la porte, tourna son visage vers Nanashi. Ce dernier avait appuyé son bras contre le chambranle de la porte dans une attitude décontractée. L’odeur de son parfum enveloppa Masao qui nota malgré lui, qu’il en avait changé. Nanashi était plus beau que dans son souvenir. Le jeune homme poussa la porte et entra. L’acteur resta sur le seuil et demanda ironique.

 

« Tu me permets de rentrer ?

—     Si je laisse la porte ouverte…. » Répliqua narquois le pâtissier.

 

Masao avait vu l’entrebâillement de porte de sa voisine… entrebâillement ? Une façon de parler. Elle avait la tête sortit par l’ouverture. Il estima qu’il n’avait pas besoin de publicité et de ragots erronés. Au point où il en était…

 

« Merci… Masao… »

 

Nanashi ferma la porte doucement derrière lui et son regard ne cessait de détailler la silhouette du jeune homme qui paraissait méfiant. Masao n’était plus aussi chaleureux qu’autrefois et son comportement dérangea l’acteur. Nanashi ne voulait pas braquer le jeune homme, donc il se comporta courtoisement en cachant son agacement.

 

« Que tiens-tu à me dire ? Demanda sèchement Masao.

—     Aurais-tu quelque chose à boire ? Cela fait une heure que j’attends devant ta porte ! »

 

Masao eut un regain d’intérêt pour Nanashi. Il aurait parié que le mannequin venait de le rejoindre. Son cœur se mit à battre sourdement. Il se sentait pris au dépourvu et… désarmé.

 

« Je… Que veux-tu boire? » Demanda Masao qui ne chercha pas à creuser. Que savait Nanashi sur lui ?

—     Une bière…

—     Je n’en ai pas… j’ai seulement du café, du thé ou… de l’eau.

—     Un thé… »

 

Masao franchit le seuil de la cuisine et sentit derrière lui la présence de Nanashi. Tous ses sens étaient en alerte maximum. Leur altercation était cuisante à sa mémoire. Il avait réussit à l’effacer ,mais de sentir derrière la présence de Nanashi, le mettait mal à l’aise et instantanément sur ses gardes.

 

Le jeune homme sortit des tasses et commença à préparer rapidement le thé. Sans se retourner, Masao lança d’une voix parfaitement maitrisée

 

« Donc, tu es passé dans le voisinage et tu t’es dit… « Tiens et si j’allais voir Masao ? » Déclara narquois le jeune homme. « Comment as-tu eu mon adresse ? » Demanda-t-il d’une voix un peu plus sèche, presque agressive.

—     Quelques recherches, ce n’était pas compliqué. Contrairement à ce que tu peux penser, je suis passé spécialement pour te voir. »

 

Le pâtissier fit face à Nanashi qui pouvait embrasser d’un coup d’œil tout l’appartement aménagé avec des espaces ouverts.

 

« Tu es plutôt bien installé… Je n’aurai pas cru que tu t’en sortes aussi bien.

—     Tu t’attendais à quoi exactement ? Que je revienne te voir ? Que je te supplie de me reprendre ?

—     Tu fais quoi comme métier maintenant ? Gogo danseur ? » Ironisa méchamment Nanashi.

 

Masao rougit légèrement. Nanashi observait du coin de l’œil les réactions du jeune homme. Il ne savait pas pourquoi mais, il avait besoin d’être blessant. L’acteur ne parvenait pas à se maitriser et pourtant, il ne souhaitait qu’une seule chose… c’était le prendre dans ses bras, retrouver son sourire et ce regard enveloppant chaleureux où il se noyait auparavant.

 

« Si c’est pour cela que tu souhait…

—     Non ! » Coupa vivement Nanashi paraissant désemparé. « Je suis… désolé. Je ne sais pas pourquoi, je te dis cela… peut-être parce que je t’en veux de t’en sortir sans moi ? » La voix de l’acteur avait des accents de sincérité. « Je suis venu te présenter toutes mes excuses… c’est pour cela que je suis venu aujourd’hui. Je ne sais pas si tu as reçu mon courrier et…

—     Oui… Je l’ai reçut » Répondit Masao touché malgré lui par l’attitude humble et sincère de Nanashi. « J’ai été surpris… mais, je ne pensais pas te voir arriver dans ma vie.

—     Tout ce que je t’ai écrit était vrai.

—     Nanashi… tu as failli me tuer ! » Répliqua Masao vivement. « Tu sembles l’avoir oublié ! »

—     Je ne sais pas ce qui m’a prit. Comme je te l’ai expliqué… Ma chambre était devenue un sanctuaire et je ne m’étais pas rendu compte combien tout cela était devenu morbide et combien mon amour était devenu obsessionnel. Mais, j’ai réalisé avec ton départ combien tu étais plus important qu’un souvenir, une photo ou… » Nanashi parut à bout de force et terriblement vulnérable. « Je t’aime Masao… Tu me manques… »

 

Masao était figé et lorsque la bouilloire siffla, elle le sortit de sa transe. Nanashi fit un geste dans sa direction, mais le jeune homme se détourna pour attraper l’eau chaude et la verser dans les tasses. Nanashi paraissait si sincère et si direct… L’acteur cacha un sourire victorieux derrière sa façade de circonstance. Il voulait Masao, le désirait et l’aimait… c’était vrai… Mais, à ses conditions !

 

Son ancien employé était plus beau que dans son souvenir et… plus désirable. Etait-ce parce qu’il le voyait tressaillir malgré lui ? Même s’il essayait de cacher son malaise, il ne lui échappait pas. Nanashi se sentait comme un prédateur reniflant sa proie et il constata brutalement, qu’il s’était glissé derrière Masao et ses mains encerclaient sa taille, sensuellement. Comme mues par une vie propre, elles avaient précédé sa pensée.

 

« Lâchez-moi Rei-san ! »

 

Nanashi nota l’utilisation de son nom et de la formule de politesse. Il se détacha et se recula d’un pas. Masao se retourna avec les tasses et lui en tendit une.

 

« Je n’ai pas pu m’en empêcher… Masao… je voudrai,s comme je te l’ai écrit que nous formions comme une famille à nouveau. Je te laisserai exercer le métier que tu souhaites. Faire ce que tu veux mais… revient vivre avec moi.

 

Masao avalait ses gorgées presque à s’en brûler. Il était hypnotisé par le regard argent, mais il eut la force de murmurer

 

« Non… j’ai démarré quelque chose qui me tenait à cœur. Mon appartement est plus proche que le tien et je n’ai pas envie de passer mes journées dans les transports.

 

C’était complètement faux mais, il n’avait pas d’autres excuses à servir pour le moment.

 

« Nanashi… tu veux redémarrer quelque chose mais… même si toi tu l’as oublié… je me souviens de toutes tes paroles et de tes gestes. Si tu crois qu’une simple lettre et une visite te suffiront à me faire oublier cette altercation tu te trompes lourdement.

—     Donc, tu ne veux plus de moi définitivement ? Demanda l’ancien mannequin.

—     Je n’en sais rien ! Pour l’instant, je préfère que l’on garde nos distances quelques temps…

—     Accepterais-tu de sortir avec moi ? Suggéra Nanashi.

—     Ensemble ? Interrogea stupéfait Masao qui n’avait jamais vu les choses sous cet angle avec Rei.

—     Oui…. Toi et moi, nous pourrions aller en boite, au cinéma, au restaurant… dans un lieu public où tu te sentirais plus à l’aise.

—     Je pensais que tu ne voulais pas t’afficher avec un homme… »

 

Masao observait le mannequin entre ses cils. Nanashi était des plus… normal. Le pâtissier en était déconcerté. Avait-il rêvé leur altercation quelques mois auparavant ? Le souvenir des photos sur les murs s’imposa encore à lui. Nanashi avait-il pris des clichés à son insu ? Tapissait-il les murs de sa chambre ? Un frisson d’angoisse le traversa. Il était impossible pour lui de reprendre une quelconque relation avec ce type.

 

« Vivre une vie sans toi est tout bonnement impossible. Je préfère que tous sachent que je suis gay plutôt que de continuer comme je le fais actuellement. Tu as toujours mes coordonnées ? Demanda Nanashi.

—     Oui…

—     Alors… nous pourrions avoir un rendez-vous. Je t’appelle et…

—     Non ! Coupa Masao. Je te demande de sortir Nanashi. Pour l’instant… j’ai besoin de réfléchir.

 

Un silence s’établit entre eux et finalement, Nanashi posa calmement sa tasse sur la table. La défiance du jeune homme était flagrante. Il ne voulait pas l’apeurer d’avantage et Nanashi estima qu’il pourrait le conquérir à l’usure.

 

« Très bien, si c’est ce que tu souhaites… Je te laisse. »

 

Nanashi se dirigea vers la porte voulant montrer sa bonne volonté. Masao le suivait méfiant. Lorsqu’il franchit le seuil, Masao plissait les yeux et attendit une réaction violente de la part de Nanashi, mais ce dernier lui envoya un sourire chaleureux et déclara sereinement

 

« A bientôt… Masao… prend soin de toi… »

 

Masao ferma la porte derrière le mannequin, une fois qu’il eu disparut. Son dos prit appui contre le battant. Il se sentait terriblement mal à l’aise et il ne savait pas pourquoi. Nanashi avait été courtois et paraissait terriblement sincère. Contrairement à ses réactions disproportionnées de la dernière fois, il avait vu le Nanashi qu’il connaissait… non ! Ce Nanashi là n’existait plus que dans la tête du jeune homme. Il était mort ce jour là en février…

 

°°0o0°°

 

Allongé sur son lit, Itami grogna alors qu’une voix féminine l’exhortait à sortir de son lit. Le grincement des œillets métalliques sur la tringle à rideaux en laiton lui fit grincer des dents.

 

« Debout Yuya ! Tu m’avais promis que tu garderais Hatsu et Sotaru aujourd’hui !

—     Hai… hai… » Marmonna l’acteur qui couvrit sa tête de sa couette.

 

A peine s’était-il camouflé qu’il gémit de douleur. Deux gamins lui avaient sauté dessus sans retenir leurs coups.

 

« Allez tonton, sort de là !

 

Yuya se promit qu’il ne ferait plus de promesse à aucune de ses sœurs ! Puis, renvoyant sa mauvaise humeur au placard, il bondit hors des couvertures pour attraper son neveu et sa nièce en hurlant comme un ogre.

 

Des cris hystériques se firent entendre et Shina qui observait son petit frère soupira.

 

« Je me demande si j’ai bien fait de te les confier… A toi aussi, il faudrait une nourrice !

—     De préférence avec un bonnet D et dans les vingts-vingt-cinq ans… répliqua Yuya tout sourire.

—     Fou toi de moi ! Mais franchement, il serait temps de te caser ! Répliqua sa sœur froidement.

—     C’est quoi un bonnet D tonton ? Demanda curieux Sotaru.

—     C’est la profond…

—     Si tu continues l’explication… » Coupa Shina le poing en avant menaçante, « je te jure que tu ne feras pas de vieux os, Yuya ! Je te confie mes enfants et ce n’est pas pour leur faire leur éducation sexuelle !

—     Regarde déjà comment tu parles toi-même ! »

 

Yuya gémit de douleur… sa sœur s’étant vengée en le frappant sur le sommet de son crâne. La mère de famille se tourna vers sa progéniture et déclara d’une voix autoritaire

 

« Maintenant vous descendez. Je suis sûre que Yoko a du préparer un délicieux déjeuner pour votre oncle !

—     Eh… mais, j’ai faim moi ! Lança Yuya outré. Comment peux-tu dire à tes enfants de manger mon repas ?

—     T’as besoin de maigrir !

—     Moi ? S’étonna Yuya en sortant de son lit et en soulevant la chemise de son pyjama pour voir où il avait de la graisse.

 

Sa sœur ne pu s’empêcher d’admirer les abdominaux de son petit frère. Il n’avait pas un gramme de graisse et il était à tomber par terre. Mais, jamais elle ne lui avouerait. Plutôt mourir ! Yuya pouvait se monter la tête très vite… quoique c’était beaucoup plus l’image qu’il donnait aux autres mais… deux précautions valent mieux qu’une. 

 

« Je t’attends en bas… dépêche-toi ! Mon rendez-vous est dans une heure et j’ai peur de tomber dans les bouchons…

—     Laisse-moi cinq minutes…

—     Pourquoi t’es jamais prêt avant ?

—     Parce que j’ai finit ce matin à deux heures figures toi ! Allez-sort ! »

 

Shina lui tira la langue et ferma la porte derrière elle. Yuya passa une main fatiguée devant les yeux. Hier soir, ils avaient finit de jouer la pièce et tous les acteurs avaient finit au restaurant, puis au bar… Lui était rentré de bonne heure, ce qui avait provoqué les ricanements de l’équipe. Depuis quand Itami était-il aussi raisonnable.

 

Ça… Yuya ne le dirait à personne. Il adorait les gamins et surtout ceux de ses sœurs ainées. Il se rafraichit rapidement dans la salle de bain et récupéra quelques vêtements confortables. L’acteur se faisait une joie de pouvoir les garder dès qu’elles lui en donnaient la possibilité. L’acteur se dirigea d’un pas joyeux vers le rez de chaussé où il subit une nouvelle attaque énergique de Satoru et Hatsu.

 

Il souleva les deux garnements chacun dans un de ses bras. Sa sœur apparut sur le seuil du hall et observa la scène. Comment son frère pouvait-il autant déborder d’énergie au saut du lit ? Yuya observa Shina impeccable dans son taille crème et gris. Ses longs cheveux tirés en chignon serré et sa paire de lunettes visées sur son nez, elle essayait désespérément de paraitre son âge. Mais, la nature l’avait doté de traits jeunes et les années n’avaient pas de prise sur elle. Qu’elle était belle songea Yuya admiratif. Mais, il se savait mauvais juge… il n’était pas objectif avec sa famille.

 

« Yuya… je ne sais pas quand je pourrai revenir…

—     Occupe-toi de ton boulot… Je me charge d’Hatsu et de Satoru. Les gosses ça vous dirait de manger, et ensuite on va faire un tour en ville pour dévaliser les magasins et pour terminer, on pourrait finir dans un parc d’attraction ?

—     Ouaih ! Hurlèrent les gamins ravis, courant dans l’entrée comme des fous.

—     Yuya ! S’écria Shina… Tu vas encore les gâtés ! Je ne p…

—     Tu fais ce que tu veux chez toi. Ici, ils sont avec moi et je fais ce que je veux. La seule chose que je peux te promettre, c’est que je ne mettrai pas leur vie en danger… et je prendrai soin d’eux.

—     Pourquoi tu ne cherches pas une gentille fille avec qui tu pourrais avoir tes propres enfants ?

—     Parce que je n’ai pas trouvé « la gentille fille ». Répliqua Yuya narquois. T’es pas censé ne pas vouloir être en retard sœurette ?

—     Ah ! S’écria Shina ayant oublié son rendez-vous.

 

La jeune femme attrapa ses enfants sans ménagement et les embrassa en laissant des traces de rouges à lèvres sur leurs fronts. Et se dirigea vers la sortie. Yuya geignit

 

« Et moi un câlin ?

—     Crève Yuya !

—     Je suis ton petit frère… Protesta l’acteur mécontent.

—     Et un grand crétin ! Bon je me sauve… »

 

Yuya essuya furtivement une larme qui était sur le point de poindre. Satoru et Hatsu qui l’observaient furent émus et se précipitèrent vers leur oncle préféré et déclarèrent fou d’inquiétude.

 

« Nous on t’aime tonton… maman aussi t’aime bien…

—     Oui, elle fait semblant ! Déclara Hatsu.

—     Comment tu peux le savoir ? Fit Yuya en reniflant toujours aussi triste.

—     Parce que maman me l’a dit… qu’elle t’aimait gros comme ça !

 

La petite fille de six ans ouvrit les mains et déclara sérieusement

 

« Elle t’aime comme ça…

—     Seulement ? Déclara boudeur Yuya.

—     Nan… comme ça ! Répondit Satoru en ouvrant large ses bras.

—     Mais moi, j’l’aime comme ça ! » Rétorqua l’acteur en ouvrant au plus grand l’espace de ses bras avant de les refermer sur son neveu et sa nièce en éclatant de rire. « Et si on allait voir Yoko pour savoir ce qu’on mange de bon ?

—     Moi, j’le sais !

 

Satoru s’échappa des bras de son oncle et énuméra

 

« Du poisson frit, du riz, de l’omelette, de la soupe miso, du toffu et des légumes…

—     Moi, je voudrai des croissants ! Déclara Hatsu.

—     Tu sais ce que c’est ? Interrogea Itami.

—     Oui… tata Fuji nous a emmené la dernière fois dans une boulangerie française avec Kikio et Toru…

—     Ah tata Fuji va bien ?

—     On sait pas… ça fait longtemps qu’on l’a pas vu. Dit tonton, c’est quand que tu refais une fête chez toi ? Demanda son neveu.

—     Bientôt… et puis, il faut que je vois quand vos parents sont libres…

—     Papa est en voyage à Okinawa en ce moment. Soupira Satoru très déçu.

 

Itami salua sa domestique qui s’inclina respectueusement. Elle finit de dresser la table et se recula vers ses fourneaux. Yuya s’installa en tailleur sur sa chaise et Hatsu le fixa en fronçant les sourcils.

 

« Tonton… maman te verrait, elle te disputerait encore…

—     Oui… certainement !

—     Pourquoi tu fais toujours des trucs qui l’a fâchent ? Demanda Satoru curieux.

—     Parce que si je ne faisais pas enrager mes sœurs, elles penseront que je ne l’aime plus…

—     Ah… c’est ta façon de leur montrer que tu les aimes ?

—     Hai !

—     T’as une drôle de façon de montrer ton affection, tonton… marmonna Satoru.

—     Il est bizarre, mais moi je l’aime ! Déclara Hatsu en se serrant contre son oncle de manière possessive.

—     T’es bien une fille toi ! Sourit Yuya en prenant sur ses genoux sa nièce qui l’observait admirative. Allez les gosses dépêchez-vous de manger. Comme ça nous partirons en excursion et dépenser outragement tout l’argent que je viens de gagner !

—     Ouaihhhh…

 

Yuya eut un sourire et surveilla ses deux protégés. Hatsu était adorable avec ses deux couettes. Quel plaisir il prenait à changer d’ambiance et d’atmosphère quand il finissait de jouer une pièce. Il allait pouvoir redevenir lui-même. Sans artifice. C’était une des raisons pour lequel il aimait les enfants. Pas besoin de tricher, de jouer… il n’était lui qu’en ses rares instants précieux.

 

  Quant a en avoir lui-même… il songea à toutes les fans hystériques qui se pressaient à sa porte et qui seraient prêtes à porter son enfant. C’était sûr que ça lui plairait d’être père, mais de devoir supporter la mère, ce n’était pas sûr que ce soit dans ses cordes. Pour ce qui était de l'Amour… ce mot lui était complètement étranger. A croire qu’il pouvait aimer tous ceux qu’il rencontrait sans vraiment s’attacher.

 

Cela faisait longtemps qu’il ne se posait plus de questions. Peut-être était-il un accident dans la chaine de l’humanité ? Incapable d’amour vrai ? Enfin, peut  lui importait, il considérait comme une chance de ne pas connaitre les affres et les tourments de l’amour. Il songea à ses sœurs et à ses amis qui pouvaient se mettre dans des états quasi hystériques. Non, lui n’était pas comme cela. Et c’est plutôt joyeusement qu’il quitta sa villa pour gagner le cœur de Tokyo avec son neveu et sa nièce.

 

°°0o0°°

 

Masao retira son men pour se tourner vers la porte d’entrée du dojo pour voir ce qui agitait l’habituelle discipline du dojo. Le pâtissier vit sur le seuil, Soren. Ce dernier se tenait sur des béquilles et quelques pansements ornaient son visage. Masao eut un sourire. Il était soulagé. Il avait reçu une semaine plus tôt des nouvelles par l’intermédiaire de Jase Ruane. Son fils n’avait rien de grave en soit, mais, cela était surtout dû à l’intervention de Masao.

 

Quelque part, ça le gênait d’être autant remercié. Ruane-san ne savait pas comment le dédomager et cela l’agaçait. Il ne l’avait pas fait pour recevoir une récompense. Il se dirigea lentement vers son kouhai qui leva vers lui ses yeux bleus si limpides.

 

« Senpai ! S’écria comme à son habitude le jeune homme. Je suis si heureux de vous voir…

—     Et nous ? Maugréa Alexander.

—     Vous aussi… Rit Soren gêné.

—     Oui, mais ce n’est pas nous qui avont sauvé Soren ! Répliqua Pauline tout sourire. C’est normal !

—     Ouaih ! Moi aussi, j’aurai bien voulu être sauvé  par Ishihara-senpai ! déclara Kioko presque envieuse.

—     T’aurais voulu te retrouver dans le même état que Soren ? S’étonna Dayu narquois.

—     Non ! Pas ça… mais, Ishihara-sempai est trop cool…

—     Cessez de jacasser ! Fit la voix calme de Hanata Shuusuke. Veuillez retourner à votre entrainement.

—     Hai Sensei ! Firent tous les kenshi qui retournèrent vers le centre du dojo.

—     Reste Masao-kun… Fit le Hanshi à son élève. Je pense que vous ne vous êtes pas revu depuis cette agression. Je te l’ai dit mais, je suis fier de toi Masao-kun.

—     Merci Sensei…

 

Masao s’inclina respectueusement vers son maitre qui eut un sourire bienveillant.

 

« Je suis heureux de voir que tu te portes mieux Soren-kun. Comment as-tu te retrouver en pareil posture ?

—     Ils m’ont attaqué par derrière… Souffla l’américain tout rouge brutalement.

 

Il ne pouvait pas avouer qu’il était complètement ailleurs, enfoncé dans une déprime parce que l’objet de ses pensées était en compagnie d’une femme pulpeuse. Le Hanshi haussa les sourcils surpris.

 

« Même s’ils venaient par derrière comme tu le dis… tu aurais…

—     Je… je… » Bafouilla l’américain de plus en plus gêné cherchant une échappatoire. Son regard rencontra les yeux verts chaleureux de Masao et il oublia complètement son explication tordue.

 

Masao voyait l’effet qu’il faisait sur son kouhai. Il se racla légèrement la gorge

 

« Je pense qu’il devait être dans la lune… intervint Masao.

—     La lune ? Les filles vous ferait t-elle tourner la tête à ce point Ruane-kun ? Sourit le Hanshi.

—     Euh… balbutia Soren.

 

Il rencontra le regard malicieux de Masao et perdit complètement ses moyens. Si Masao Ishihara continuait comme cela, il n’allait plus savoir où il en était. Non, c’était déjà fait ! Il était aspiré par les yeux verts.

 

« Je vais retourner à l’entrainement sensei. » Coupa Masao. « Je suis heureux de voir que tu te portes mieux Soren-kun… 

—     Hai… » souffla le jeune homme.

 

Masao s’éloigna en fronçant les sourcils. Que lui prenait-il de jouer comme cela avec un adolescent ? Il replaça son men et entendit les explications de l’américain derrière lui. Il se donna à l’entrainement et répéta sans cesse les mêmes gestes. Soren s’était incliné auprès du maitre et son regard fut attiré par les déplacements de Masao. Même parmis tous ses hommes masqué et portant le même uniforme, il le reconnaissait

 

Son cœur se mit à battre plus vite et il se demanda si, l’espace de quelques secondes, son senpai  ne l’avait pas dragué... Un espoir fou l’envahit et après un dernier regard vers le kenshi, ilsortit pour rejoindre les deux gardes du corps qui l’attendait à la sortie du dojo. Et s’il provoquait un peu Ishihara-san… Que se passerait-il entre eux ? A cette idée son cœur s’emballa et il se promit de sérieusement réfléchir à la question.

 

°°0o0°°

 

« Nous sommes bien d’accord Ishihara-san ?

—     Hai… Ogawa-san.

—     Bien, vous commencerez donc, la semaine prochaine… Vous pouvez estimer avoir de la chance que notre réceptionniste ait donné sa démission.

—     Je pense avoir beaucoup de chance Ogawa-san. Travailler pour un palace comme le votre est un véritable honneur.

 

Ogawa Shige s’enfonça dans son fauteuil et finit par déclarer après bien des hésitations.

 

« Disons que votre frère y est pour quelque chose…

—     Ujiteru ? S’étonna Rin Ishihara.

—     Non… Mais, Masao Ishihara est bien votre frère ?

 

Rin était devenue blème. Jamais, elle n’aurait cru entendre le prénom de son frère ainé prononcé à nouveau et surtout par sa nouvelle patronne.

 

« Hai… M… Masao… » Se prénom lui écorchait la bouche, pourtant Rin continua en se reprenant « il est bien mon frère… 

—     Bien… je vous avoue que la balance à pencher pour vous, grâce à l’excellente réputation qu’il a dans notre palace. Vous semblez étonnée Ishihara-san.

—     Disons… » Rin hésita à continuer mais, voyant l’intérêt suscité chez son interlocutrice, elle se racla la gorge et termina sa phrase. « Je n’ai plus de nouvelles de mon frère depuis presque quatre ans… 

—     Pour quelle raison ?

—     Hum… mon père et mon frère ont un désaccord.

—     Ah… cela arrive quelque fois dans les familles. Je suis assez surprise, je l’avoue. Masao-kun est vraiment adorable en plus d’être un employé exemplaire. Pour moi, il est impossible que quiconque puisse se fâcher avec lui.

—     Mon frère… était quelqu’un de doux… dans mon souvenir. Se souvint Rin avec un léger sourire.

—     Oui… en plus d’être sexy en diable… » Marmonna Shige dans ses pensées avant de rougir et de se reprendre. « Désolée… mais, votre frère ne passe pas inaperçu… 

—     Oui… je crois me souvenir qu’il avait brisé quelques cœurs… »

 

Rin se mordit la langue pour éviter d’aborder la sexualité de son frère. Elle n’approuvait pas. Elle ne comprenait pas. Et… une tension s’était installée dans sa famille à cause du choix de son ainé. Quelque part, elle ne lui pardonnait pas sa liberté ! En tout cas, vu la manière dont sa patronne le plaçait en haute estime, elle s’abstiendrait de tout commentaire au sujet de Masao et éviterait de le rencontrer.

 

De toute façon, dans un établissement comme celui-ci, elle ne risquait pas de le rencontrer très souvent. Rin se posa la question dans quel service, Masao exerçait. Certainement au service de cette femme. Si elle savait qu’il était gay… le conserverait-elle encore longtemps à son service ? Rin continua à sourire et lorsqu’elle quitta l’établissement se promit de ne pas compromettre son avenir à cause de Masao. Quelque part pour elle, il ne faisait plus partit de sa famille.

 


[i] Pétrissage modéré de la pate pour garder une texture ferme. Source Duretz

[ii] Pliage de la pate. Source Duretz

[iii] Cuisinier qui s’occupe des potages, des légumes, des pates, des pommes de terre et des plats aux œufs. Source Wikipédia

[iv] Cuisinier chargé des sauces, des viandes et des poissons. Il remplace le Chef de cuisine lorsque ce dernier est absent. Source Wikipédia.

[v] Pratiquant du kendo.  (kendoka n’est utilisé qu’en France)

Hanshi grade le plus haut dans la pratique du Kendo.

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