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Masao frappa discrètement à la porte. Il avait été convoqué par Ogawa Shige, et être convoqué par la patronne n’était pas toujours du meilleur augure. La voix sèche de la femme du Chef se fit entendre. Avait-il fait quelque chose d’irréparable ? Quoi qu'il en soit, maintenant il franchissait la porte de son antre et lorsqu’il croisa le regard chocolat d’Ogawa-san, sa gorge se noua. Elle était plutôt grande et le tailleur ajusté et long qu’elle portait augmentait cette impression. Du premier regard, Masao su en la voyant ce qu’était une maîtresse femme. Quelque part, il plaignit Naomi Ogawa. Quoique le Chef ne semblât pas traumatisé et pouvait lui-même se montrer effrayant.

 

« Masao-kun… je peux vous appeler Masao-kun ? Il faut dire que j’ai l’impression de vous connaître. Mon mari ne se tarit pas d’éloges à votre sujet.

—     Euh… oui…

—     Bien… » Sourit brutalement la directrice du Palace. « Vous vous doutez de la raison pour laquelle je vous ai convoqué ?

—     Non… pas vraiment… » répondit hésitant Masao.

 

Shige haussa un sourcil et scruta son jeune interlocuteur.

 

« Vous n’avez pas été invité par l’ambassade américaine ?

—     Ah… » Grimaça Masao « ça…

—     Oui… ça. Vous ne semblez pas enchanté de cette invitation…

—     Je pensais la décliner. Avoua Masao mal à l’aise.

—     La décliner ? S’écria brutalement Shige. Mais, il n’en est pas question !

—     Pourquoi ? S’étonna Masao.

—     Pourquoi ?

 

Shige se retint de sauter à la gorge de Masao. Comment pouvait-on décliner ce genre d’invitation? Elle mourrait pour avoir la même. Pourtant, elle reprit calmement sa respiration et se dirigea vers Masao qu’elle regardait presque droit dans les yeux et lui tapota l’épaule comme elle le ferait d’une brave bête.

 

« Écoutez, jeune homme… Il est important que vous alliez à ce genre de rencontre, car cela ne se reproduira certainement pas avant un petit moment. Et puis, c’est l’opportunité pour nous d’introduire un de nos employés dans ce monde où vous côtoierez un nombre important de personnalité.

—     Faire de la publicité ?

—     Notre palace est très réputé mais, si nos employés sont invités par l’ambassadeur lui-même… » Déclara songeuse la patronne.

 

Masao maudit le jour où il s’était confié à Hayato. Il avait dû en parler aux cuisines et cela avait dû parvenir aux oreilles du Chef et maintenant à sa femme. Un gros soupir passa les lèvres de Masao. Pourquoi se retrouvait-il encore dans cette galère ? Certainement parce que Jase Ruane avait de la suite dans les idées et parce qu’il avait refusé toutes les compensations financières et les cadeaux de l’Américain ?

 

Soren l’avait prévenu… son père ne se laisserait pas si facilement détourner de son objectif, autrement dit, rembourser sa dette envers Masao. Et sa patronne qui le fixait intensément, semblait vouloir faire aboutir ce remboursement. Le pâtissier eut une idée et rétorqua sur de son fait.

 

« Je n’ai pas de costume pour ce genre de cérémonie et puis… je n’ai pas les moyens de m’en payer un ! »

 

Shige qui s’était perdue dans ses propres pensées, se recula d’un pas et détailla la silhouette élancée du jeune homme. Masao se sentit rougir. Jamais aucune femme ne l’avait observé comme un insecte accroché sur un mur.

 

« Hum… je pense que nous pourrons vous dépanner sans problème. Je vais faire chercher par Naomi dans les placards pour nous trouver ce qui vous conviendra le mieux ! »

 

Shige se détourna et sortit son portable de sa poche. Masao devint livide. Son Chef allait devoir chercher ? C’était impossible. Le pâtissier ouvrit la bouche pour protester, mais, la directrice s’exclamait déjà au téléphone.

 

« Naomi… C’est moi !

 

Masao déglutit. Le ton était encore plus sec que lorsqu’il s’adressait à lui.

 

« Masao-kun n’a pas de costume pour aller à la soirée organisée par l’ambassade… tu peux me trouver quelque chose ? Il doit avoir la même carrure que, lorsque nous nous sommes rencontrés la première fois…  

—     J’avais dix-huit ans…

—     Débrouille-toi !

—     Je vais être obligé d’en acheter un…

—     Il y a une gallerie pas très loin de notre hôtel, … tu devrais pouvoir trouver cela là-bas…ro

—     Il serait préférable que Masao-kun vienne…

 

Shige jeta un coup d’œil sur le lapin effrayé derrière elle, et se détourna pour ne pas rencontrer le regard suppliant du jeune homme.

 

« Écoute, … il n’a pas l’air coopératif, alors je suggère que nous l’accompagnions pour ses achats…

—     J’ai l’impression que tu veux le marier… Maugréa Naomi. Et s’il ne veut pas… il n’est pas obligé d’y aller !

—     Je ne veux pas entendre ce genre de réflexion ! Toi, tu es bien tranquille derrière tes fourneaux mais moi, je sais ce que je dois faire pour faire tourner notre hôtel !

—     Tss… Il ne pourra pas venir travailler le lendemain, tu t’en rends compte ?

—     Et le Chef Naito, il sert à quoi ? Tien… il viendra aussi. Demain après-midi après le service, nous allons tous aux galeries !

—     Shige…

—     Nous ne serons pas assez de trois pour le faire plier… » Chuchota Shige.

—     C’est du harcèlement…

—     Bien sûr… De toute façon, nous ne lui donnerons pas le choix ! Et toi non plus !»

 

Shige raccrocha sans vouloir entendre la réponse de son mari. Elle se tourna brutalement vers son employé et déclara.

 

« Demain après votre service, vous allez m’accompagner avec Naito-san et mon mari… nous allons vous choisir votre tenue de bal ! »

 

Masao ouvrit de grands yeux et resta la bouche ouverte. La directrice remonta ses lunettes et un sourire satisfait éclaira ses traits.

 

« Je vois que vous avez compris qu’il est inutile de me résister. »

 

Masao soupira et songea qu’il devait effectivement se résigner.

 

Shige tout à coup changea de sujet et déclara songeuse.

 

« J’ai embauché votre sœur à l’accueil… 

—     Rin ? Demanda abasourdit Masao.

—     Oui… en fait… elle est là pour l’instant en tant que stagiaire, elle finit ses études. Elle m’a dit que vous ne vous parliez plus…

—     Euh… non… Je suis surpris.

—     Qu'elle travaille pour nous ? Interrogea la patronne en reprenant place à son fauteuil.

—     D’avoir de ses nouvelles de cette manière.

—     Ah… » soupira Shige songeuse. « La famille n’est pas forcément la chose la plus facile à icomprendre. Je ne cherche pas à savoir pourquoi… mais, je voulais que vous soyez au courant.

—     Merci…

—     Je ne lui ai pas dit quel poste vous occupiez… Je vous préfère concentré sur votre travail…

—     Merci.

—     De quoi ? Allez… filez ! Nous nous rejoindrons aux galeries demain après-midi…

—     Hai… »

 

Masao quitta la pièce après une dernière courbette. Shige fixa longuement la porte, avant de se replonger activement dans son travail. Cette histoire d’étoile la troublait et l’attente la rendait fébrile. Vivement que tout soit terminé et ce, une bonne fois pour toute.

 

°°0o0°°

 

Soren entra dans le dojo en marchant sans ses béquilles. Il était heureux de retrouver tous ses amis, même si pour l’instant, il ne pouvait pas encore pratiquer le kendo. L’adolescent salua Pauline et Alexander qui pratiquaient ensemble quelques échanges. Son visage balaya la salle et il vit Masao sortir en tenue de ville à sa grande surprise. Immédiatement son cœur se mit à battre très fort et ses mains devinrent moites, dès l’instant où leurs regards se croisèrent.

 

L’asiatique parut surpris, mais un sourire chaleureux vint rapidement remplacer son étonnement.

 

« Soren-kun… Comment te portes-tu ?

 

Le jeune homme aurait répondu, « dès que je vous vois, … je me porte mieux… » Mais, il répliqua à la place.

 

« Ça va…

—     Tu n’as plus tes béquilles ?

—     Non, … mais, je ne peux pas reprendre le shinai…

—     Je me doute…

—     Vous partez déjà Senpai ?

—     Hai… Je suis venu simplement présenter mes respects au maître puisque j’ai rendez-vous pour aller aux galeries à côté du dojo.

—     Aux galeries ? S’étonna Soren.

—     Je vais m’acheter un costume pour la soirée organisée par ton père…

—     Vous venez ? S’étonna l’adolescent fou de joie brutalement.

—     Oui… »

 

L’expression heureuse et l’éclat du regard de Soren n’échappèrent pas à Masao qui eut un petit sourire en coin. Le pâtissier éprouva une certaine chaleur au fond de lui.

 

« Je suis si heureux Sempai…

—     Moi aussi… Soren-kun… »

 

L’adolescent rougit de plaisir. Il avait beau faire, il était incapable de se maîtriser lorsque le Japonais se tenait à côté de lui. La chaleur de Masao l’enveloppait dès qu’il se trouvait proche de lui, ou s’il le regardait même au loin. Soren réagissait à la présence du pâtissier.

 

« Je… je peux vous accompagner… Sempai ?

—     Jusqu’aux galeries mais ensuite, je suis attendu par mes employeurs… Grimaça Masao.

—     Vos employeurs ? S’étonna Soren.

—     Oui, … ils ont décidé que je devais bien présenter pour cette soirée… à croire que ce sont eux qui y sont invités.

 

Soren éclata de rire et les deux hommes quittèrent les lieux. Masao semblait porter le poids du monde sur ses épaules. Pauline retira son Men et observa les deux silhouettes qui quittaient les lieux. Alexander retira le sien agacé et déclara méchamment.

 

« Qu’est-ce que tu fous encore ?

—     Je trouve que le courant passe plutôt bien entre Masao et Soren…

—     Et alors ? S’énerva Alexander.

—     Tu crois qu’ils sortent ensemble ?

 

L’allemand en aurait craché par terre. Il n’en avait rien à foutre des problèmes de cœur des autres. Voyant l’air peu coopératif de son partenaire, Pauline soupira et enfila à nouveau son nem.

 

« Et si on jouait à d’Artagnan ?

—     T’es vraiment conne… »

 

°°0o0°°

 

Masao grogna. Naito-san, Ogawa-san et  son épouse observaient le jeune homme qui défilait devant leurs yeux.

 

« Tu vas faire un malheur Ishihra-kun ! S’exclama Shige heureuse de sa trouvaille.

—     Je ne veux pas y aller ! Rétorqua mécontent le pâtissier qui se maudit de s’être confié à Hayato. Ce dernier avait tout répété au Chef qui du coup avait vu un moyen de promotion et maintenant le voilà coincé.

 

Pourquoi le père de Soren le voulait absolument à cette soirée de gala organisée par l’ambassade américaine ? Il avait l’impression d’être entré dans un guêpier sans nom. Certes, il connaissait déjà Soren et ce dernier lui avait certifié que Pauline et Alexander seraient aussi présents. La française et l’allemand eux semblaient véritablement ravis. Masao avait l’impression de ressembler à un pingouin.

 

Le jeune homme ne voyait pas les lueurs admiratives dans les yeux de ses interlocuteurs. Shige avait le cœur qui battait très fort. Le pâtissier était d’une beauté éblouissante. Ses gestes gracieux retenaient l’attention. Pourtant, il n’avait rien d’efféminé chez lui. Sa démarche souple lui donnait envie de marcher à côté de ce bébé félin. Shige en était persuadé… Ishihara deviendrait un véritable prédateur lorsqu’il serait plus âgé. Bon nombre de cœurs allaient saigner sur son passage. Mais, le jeune homme ne semblait absolument pas s’en apercevoir ou cachait admirablement son jeu.

 

Elle soupira rêveuse. Son regard glissa vers Naomi et un regret étreignit son cœur. Ils n’avaient pas d’enfants… pourtant, l'un comme l’autre n’avait pas de problème. Shige avait beau être marié à Naomi, ils n’étaient pas proches. Il était vrai que leur mariage était arrangé par leurs deux familles. Pourtant, elle aurait tout donné pour que Naomi l’aime ne serait-ce qu’un peu. Ses tentatives de séductions se transformaient immanquablement en bataille rangée, car elle ne connaissait que la violence des paroles et des gestes.

 

« Vous savez, … je ne connais presque personne là-bas… » » Voulu encore protester Masao.

—     C’est l’occasion de se faire de nouveaux amis, Masao-kun ! Répliqua catégorique sa patronne en remontant ses lunettes.

—     Mais…

—     Écoutez… voyez cela comme l’expérience de votre vie. À quel autre moment aurez-vous l’opportunité de rencontrer à nouveau des gens de la haute société ? Bon, nous avons notre palace, mais les conditions ne seront pas identiques !

—     Hai… Souffla Masao au bout du rouleau avant même d’assister au gala.

—     Vous êtes très à votre avantage Masao-kun… » Déclara gentiment Naito-san. « Cela me fait plaisir de vous voir aussi fringuant !

—     Fringuant ? Le mot n’est plus très utilisé… Naito-san… Si je puis me permettre. Remarqua Shige après un dernier tour autour du pâtissier. Mais, je dois admettre qu’il dégage une classe folle !

 

Masao aurait voulu s’enfoncer dans un trou de souris. Le jeune homme avait la désagréable impression que son souhait le plus cher n’était qu’un vœu pieux. La plupart des gens voulaient la gloire, la célébrité, côtoyer des gens faisant partie d’un milieu privilégié et lui n’aspirait qu’à une vie tranquille. Quand, il se retrouva quelques minutes plus tard sur le trottoir en compagnie de ses patrons et de son Chef, Masao eut la brève impression de faire partie d’une famille. En fait, un sourire éclairait les traits du jeune homme. Il avait l’impression que cette opportunité plaisait beaucoup à sa patronne et qu’il s’agissait pour elle d’un excellent moyen de se défouler ou de combler quelque chose.

 

Masao ne se posa pas plus de question et monta à bord de la voiture du Naito-san qui avoua être fatigué par tout le manège d’Ogawa-san. Mais, d’un autre côté, il était plus que ravi, car il ne l’avait jamais vu aussi animée.

 

En entrant chez lui, Masao prit soin de poser son costume à plat sur son futon. Il vit qu’il avait un message sur son téléphone fixe et écouta l’enregistrement. La voix posée de Nanashi le tétanisa.

 

« Masao… j’ai des places pour assister au quart de final de football universitaire qui aura lieu au Tokyo Dome. Voudrais-tu te joindre à moi ? Les places sont pour le 24. Tu as toujours mon numéro, alors contacte-moi… Tu me manques. »

 

Un frisson d’effroi traversa Masao et sa respiration s’était faite malgré lui plus courte. Pour se détendre, Masao sortit de son placard un shinai et entreprit de faire quelques exercices pour calmer sa nervosité. Masao s’aperçut qu’il serait incapable de reprendre une quelconque relation avec l’ancien mannequin. Un dégoût mélangé à la peur le prenait aux tripes dès qu’il s’agissait de son ancien amant. Quelque chose dans le regard de Nanashi avait changé. Quelque chose, ce jour-là avait été brisé.

 

Masao arrêta de fendre l’air avec son épée en bambou et ses yeux scrutèrent le vide. Il devait être clair avec Rei-san et cela très rapidement. Sinon, sa vie allait devenir un enfer. Nanashi ne le lâcherait pas tant qu’il n’aurait pas cédé. Masao lâcha son shinai et se dirigea vers sa salle de bain… il devait arrêter de réfléchir. Tout était terminé après tout.

 

°°0o0°°

 

La voiture qui était venue chercher Masao s’arrêta devant une volée de quatre marches, donnant sur un large perron en pierre grise. La porte s’ouvrit avant que Masao n’ait pu toucher la poignée. Il sortit du véhicule, la gorge serrée. Il s’avança pour dégager le passage. Masao vit quelques hôtesses qui prenaient les effets personnels et l’une d’entre elles se dirigea vers lui.

 

« Votre manteau, Monsieur ? »

 

Masao le tendit, soulagé. Il mourrait de chaud. Ogawa-san avait insisté pour le voir avant qu’il ne parte à la réception. Elle l’avait scruté dans les moindres recoins, le rendant terriblement mal à l’aise. Mais, il était certain qu’il n’aurait pas à rougir au cours de la soirée. Son œil de lynx, et sa langue de vipère ne lui aurait rien pardonné s’il n’avait pas été au top.

 

Il passa devant le personnel, son carton à la main et se plaça derrière la file d’invités. Les trois couples devant lui étaient très connu. Le ministre des affaires étrangères du Japon, discutait à voix basse avec Adashi Hirotaka acteur reconnu pour ses rôles dramatique aux théâtres. Masao se sentit un peu mal à l’aise et lorsqu’enfin il se présenta devant le héraut, Masao n’avait qu’une envie s’était de s’échapper. Le domestique l’annonça après avoir jeté un coup d’œil au carton que Masao lui avait tendu.

 

« Ishihara Masao, invité personnel de l’ambassadeur. »

 

Pourtant lorsqu’il rencontra le visage de l’ambassadeur, ce dernier lui adressa un sourire vraiment chaleureux. Masao eut un coup au cœur en imaginant Soren quelques années plus tard.

 

« Ishihara-kun… je suis vraiment heureux que vous ayez accepté mon invitation. »

 

Masao se saisit de la main tendue vers lui. La poigne de l’homme était ferme et douce à la fois.

 

« Soren est partit auprès de quelques invités étrangers, normalement, il doit être près de la grande baie vitrée du fond. Vous avez aussi un buffet n’hésitez pas à vous servir… et sachez que vous aurez la possibilité de rencontrer Edouard Gognaire grand Chef trois étoiles français, ainsi que Matthew Kanyon grand chef pâtissier américain qui vient passer quelques jours en voyages d’affaire à Tokyo et qui nous fait le plaisir de venir nous rendre visite.

—     Merci… euh… par là ?

 

Indiqua Masao noyé sous le flot de parole et surtout impressionné par les manières impeccables de son hôte.

 

« Oui… passez une bonne soirée… nous nous reverrons plus tard.

—     Oui… »

 

Masao s’avança dans la foule des invités. Nombres de figures connues des médias, du monde politique, artistiques et certainement d’autres personnes issues d’autres milieux moins médiatisés, mais faisant partie du monde influent des affaires, donna le tournis au jeune homme. Comment ce genre de soirée pouvait exister.

 

Itami discutait plaisamment avec Katsumi Hotono, acteur avec qui il avait partagé l’affiche deux ans plus tôt. Ils ne s’étaient pas vu depuis ce moment là et faisait un peu le point sur les rôles qu’ils avaient eu depuis, leur dernier long métrage. Niwa Taniko vint se joindre à eux et Itami ne pu s’empêcher de courtiser la jeune femme en lui faisant un baise main. Lorsqu’il se redressa, il cru avoir eu une vision en voyant Ishihara. Que faisait-il là ? Un frisson d’excitation le traversa, Yuya avait oublié combien ce type était beau et surtout combien son côté réfractaire avait attiré son attention.

 

Masao arborait un visage inexpressif. Il se déplaçait avec assurance, enfin il tentait de se donner de l’assurance, mais aurait bien aimé se trouver à des kilomètres de ce lieu. Son regard balayait la pièce de réception où s’entassaient au moins deux cents personnes. Lorsqu’il cru apercevoir la silhouette d’Itami. Il fronça les sourcils et lorsqu’il croisa son regard, aucun doute ne lui était possible. Ce dernier leva son verre dans sa direction. Troublé Masao se détourna et se cogna presque avec un caucasien qui s’excusa.

 

« Non, non… c’est à moi de m’excuser. Souffla Masao contrit.

 

L’homme éclata de rire et déclara avec un accent français

 

« Je ne faisais pas attention où je posais mes pieds. Je suis Edouard Gognaire.

—     Ishihara Masao. Vous êtes le Chef étoilé français ?

—     Oui… je ne me savais pas si connu. Sourit l’homme d’une cinquantaine d’année.

—     En fait, pour tout vous avouez…. C’est Ruane-san qui m’a parlé de vous à mon arrivé.

—     Oh… ne seriez-vous pas le pâtissier du  Hoshi Hôtel International ?

—     Oui… S’étonna » Masao.

 

Le Chef français eut un petit sourire

 

« C’est une chance de vous rencontrer dite-moi. Je voulais rencontrer Ogawa-san… apparemment, il serait bien placé pour décrocher sa deuxième étoile au Michelin.

—     J’en ai entendu parler par le Chef Naito…

—     Un grand pâtissier. Il doit partir en retraite n’est-ce pas ?

—     Il a prévu son départ l’année prochaine.

 

Masao était stupéfait qu’un étranger en sache autant. Le Chef continua imperturbable.

 

« Oh… et vous êtes donc son futur remplaçant ?

—     Oui… mais, je n’aurai pas la fonction de Chef comme il peu l’avoir. Ogawa-san, va certainement prendre son cousin pour le remplacer.

 

Gognaire tendit la main pour attraper un verre de champagne et le tendre à Masao. Ce dernier s’inclina légèrement pour le remercier et le Chef lui adressa un sourire chaleureux.

 

« Je suis ravi de discuter avec vous… Je dois dire que même après cinq ans passés dans ce merveilleux pays, j’ai encore quelques difficultés avec certaines subtilités du comportement.

—     Vous semblez plutôt bien vous débrouiller. Sourit Masao.

—     Oh… que vois-je ? S’exclama une voix forte à l’accent américain. Vieille canaille… je ne savais pas que tu étais aussi invité !

—     Matthew… je ne pensais pas te retrouver ici à Tokyo !

—     Ah… Je vais ouvrir une chaine de pâtisserie, comme je l’ai ouverte à New-York, L-A et Miami… ça marche plutôt bien. Et puis, j’ai envie d’apporter de l’exotisme… alors, je suis venu faire un petit stage auprès de Chef japonais.

—     Tiens… je te présente Ishihara Masao. Il travaille au Palace Hoshi…

—     C’est le Chef Naito qui est derrière les fourneaux ? Demanda tout sourire l’homme plutôt petit pour un caucasien.

 

Masao aurait juré qu’il ne dépassait pas le mètre soixante-dix ! Il était plutôt jeune et ses yeux sable étaient rieurs. Plutôt mince, il se dégageait de la jovialité chez cet homme.

 

« Oui… Je ne savais pas le Chef si connu… Souffla Masao admiratif malgré lui.

—     Naito-san est un grand pâtissier. Affirma Kanyon. J’ai eu l’occasion d’aller au restaurant cette semaine et j’ai pu apprécier le repas… franchement, Ogawa-san mérite largement de passer sa deuxième étoile, soit dit en passant. Pour la pâtisserie… c’est très classique de présentation, mais elles ont un goût inimitable et surtout très digeste. Vous travaillez donc avec lui ?

—     Oui… depuis un peu plus de six mois…

—     Bien… si vous voulez du travail, changer d’ambiance… je recrute du personnel dans les deux, trois ans à venir.

 

Kanyon se mit à chercher dans sa poche intérieure de veste pour sortir un portefeuille. Son visage s’éclaira un peu plus en trouvant l’objet recherché. Il tendit une carte à Masao et déclara

 

« Voici ma carte… N’hésitez pas à m’appeler.

—     Euh… je ne sais pas…

—     Ah… ne jurez pas trop vite de votre avenir Ishihara-san. Gardez ma carte précieusement… D’ailleurs, si vous en avez une…

—     Je serai moi-même très intéressé… Remarqua le français.

 

Masao chercha dans sa poche intérieure de veste et sortit lui-même deux cartes de visites que ses interlocuteurs lurent et rangèrent soigneusement dans leur portefeuille. Par la même occasion Gognaire tendit sa propre carte.

 

« Sachez que je suis moi-même intéressé par de nouveaux talents. Il n’est pas facile de trouver au Japon des pâtissiers de haut niveau formés aux pratiques occidentales.

 

Masao rougit et balbutia

 

« Euh… je suis formé sur le tas et je ne suis pas d’un haut niveau…

—     Si Ogawa-san et Naito-san vous ont recruté… c’est parce que vous aviez déjà un très bon niveau. J’imagine mal le propriétaire d’un palace embaucher un homme sans talent. Ne vous dévalorisez pas… et ne soyez pas timide. »

 

Masao ne sut que répondre. Les deux hommes continuèrent à échanger avec lui durant une bonne demi-heure à bâton rompu. Ruane-san vint se joindre à eux et la discussion roula sur les desserts et quelques techniques que Masao ignorait encore. Masao en eut le tournis… les deux Chefs rivalisaient en ingéniosité et essayait de se  mettre en valeur au mieux auprès du jeune homme.

 

°°0o0°°

 

Soren avait aperçut Masao de loin déambuler dans la salle. Il venait dans sa direction. Il était évident que son père avait du parler pour lui, pour son plus grand plaisir. L’adolescent avait été étonné de voir, Masao s’arrêter brutalement et changer de comportement. Il avait essayé de sonder la salle afin de découvrir qu’est ce qui avait pu perturber son senpai, mais ne découvrit rien qui attira son attention.

 

Lorsqu’il reporta son attention sur lui, près à lâcher les invités américains de son père pour rejoindre Masao… il avait vu le pâtissier en compagnie du Chef français et quelques minutes plus tard, ils avaient été rejoint par le Chef Kanyon. Leur conversation semblait mener bon train et il se voyait mal intervenir dans ce genre de relation professionnelle. A sa grande joie, il aperçut ses amis du dojo et planta sur place ses interlocuteurs. Peu lui importait les bonnes manières quoi qu’en dise son père… c’était ses invités pas les siens !

 

°°0o0°°

 

Nanashi sourit en voyant quelques connaissances au cours de la réception. Il était arrivé juste à temps avant que les portes ne se ferment. Il avait été retenu à la dernière minute par Fuyuki qui avait exigé un câlin avant qu’il ne parte de l’appartement. Il avait prit son temps. Sa fille comptait beaucoup à ses yeux, tant pis s’il arrivait en retard et s’il se faisait refouler à la porte de l’ambassade. Même s’il gagnait des relations professionnelles, Fuyuki avait une place bien plus importante pour lui.

 

Son regard glissa autour de lui. Il ne savait pas très bien qui était invité et il eut la désagréable surprise de voir Itami, accompagné par cette imbécile de Niwa Taniko. Il avait tout fait pour garder son calme lorsqu’il l’avait rencontré lors d’un festival organisé non loin de son dernier lieu de tournage. Il l’avait trouvé arrogante. Elle avait jugé son film avec Itami, facile. Il était toujours plus accommodant d’avoir ce raisonnement que de voir le travail que cela impliquait derrière.

 

Nanashi s’arrêta presque de respirer. Ses yeux s’étaient focalisés sur une silhouette haute et distingué. Il ne le voyait que de dos mais, il en était persuadé. Il s’agissait de Masao Ishihara. L’acteur vit le jeune homme faire un mouvement et se placer de quart et il eut la confirmation sur l’identité de l’homme qui riait de bon cœur en compagnie de deux autres interlocuteurs, auquel s’ajouta un troisième. Visiblement, ils s’entendaient comme larron en foire.

 

Ce constat entraina un froncement de sourcil chez Nanashi. Ses mains devinrent inexplicablement moites. Masao aurait du être à ses côtés. Tout en écoutant d’une oreille et en adressant des sourires polis à son interlocutrice bientôt rejoint par d’autres acteurs, l’ancien mannequin ne quittait pas du coin de l’œil son amant. Il devait trouver un moyen pour lui parler.

 

°°0o0°°

 

Masao dégusta son dessert et l’apprécia. Kanyon l’obligeait à reconnaitre les ingrédients et lui posait bon nombre de questions sur la manière dont il avait été fabriqué. Il organisa même un jeu avec l’italien qui était venu les rejoindre. Lui-même grand pâtissier dans son pays, Sergio Canavese prit un malin plaisir de créer de tête un nouveau désert obligeant Masao à lui-même s’investir dans la création. L’émulation était forte et au fil du temps, cette conversation désinhiba le jeune homme sur ses pratiques professionnelles.

 

Bien plus tard, Masao fit le tour de salle après s’être excusé. Il aurait aimé rencontré Soren pour discuter un peu. Après tout, c’était grâce à lui qu’il était à cette soirée enrichissante. Son regard ne le rencontra nulle part, mais la voix de Nanashi le fit sursauter violemment.

 

« Masao ?

—     Rei-san…

 

Le pâtissier faillit s’étouffer en voyant son ex. Que faisait-il là ? Quoiqu’il eût plus de raison que lui de venir ici. Mais, il n’y avait pas songé un seul instant.

 

« Te voilà bien respectueux…

—     Je… je ne m’attendais pas à vous rencontrer ici… » Chuchota, Masao prit complètement au dépourvu.…

 

Nanashi avait noté le vouvoiement. L’air mal à l’aise de Masao l’agaça au plus haut point. Il avait l’impression d’avoir pris un faon sous le feu de ses projecteurs. Pourtant, Masao ne lui avait jamais paru aussi désirable.

 

« C’est plutôt à moi d’être surpris. L’ambassadeur à plutôt tendance à inviter des artistes pas des employés quelconques. »

 

Masao rougit légèrement. Lui-même en convenait. Il n’avait strictement rien à faire ici. Nanashi soupira et se reprit. Un fin sourire se forma sur ses traits et lentement, il poussa Masao vers un coin de la pièce moins fréquenté. Il lui suffisait d’approcher pour que son amant recule. Même si cela lui déplaisait, quelque part… cela l’aidait aussi. Quoiqu’il n’avait pas l’intention de blesser Masao tout au moins, espérait-il calmer ses frayeurs lorsqu’il lui laisserait l’occasion de s’exprimer tout à son aise.

 

« Tu as reçu mon message ? Demanda-t-il pour changer de sujet.

—     Hai !

—     Tu n’as plus le même numéro de portable… Remarqua Nanashi en scrutant le visage ému de son ex.

—     Je l’ai perdu et j’ai dû en racheter un autre.

—     Donc, tu n’as plus mon numéro ?

—     Je suis désolé. Mentit le jeune homme.

—     Acceptes-tu ?

—     Pardon ?

—     Je t’ai demandé si tu souhaitais m’accompagner pour le quart de final de fo…

—     Non ! » Masao se mordit la lèvre inférieure. Il avait presque crié.

 

Nanashi semblait désarçonné par le ton catégorique et l’attitude de son ancien amant. Il fronça les sourcils et s’approcha un peu trop près pour le goût de Masao qui fit un pas en arrière. Leurs regards étaient cloués l’un à l’autre. L’ancien mannequin fronça les sourcils. Il avait décidé d’être patient, mais Masao par son comportement l’énervait. Masao s’aperçut du coin de l’œil qu’à force de reculer, il allait se retrouver acculé dans un coin envahit de plantes. Il tenta de résister à ses instincts.

 

« Pour quelle raison ?

—     Si tu en as besoin d’une… je dirai que nos retrouvailles de février m’ont laissé comme un arrière-goût dans la bouche…

—     Tu ne me laisses aucune chance ? Demanda mi-figue, mi-raisin Nanashi en s’approchant si près que leurs corps s’effleuraient.

—     On peut dire cela comme ça…

—     Je t’aime Masao… Ne me dis pas que tout ce que nous avons vécu est déjà oublié ? »

 

Masao déglutit. La lueur dangereuse dans le regard de Nanashi avait ressurgi. Masao jeta un bref coup d’œil autour de lui et fut soulagé d’être entouré de si nombreuses personnes.

 

« Arrête de te comporter comme si j’allais te bondir dessus ! Persifla Nanashi.

—     Tu… tu n’es plus dans ton état normal… » Souffla Masao.

 

Le pâtissier était incapable de se maîtriser. À croire que ce jour-là, Nanashi lui avait enlevé toute possibilité de se défendre contre lui. Il était hypnotisé par ses yeux argent. Il était glacé de l’intérieur étant trop proche de l’ancien mannequin.

 

« Je suis tout à fait moi-même… » Changeant de ton, Nanashi souffla presque suppliant « Reviens-moi Masao…

—     Je refuse… »

 

Nanashi se saisit du poignet de Masao et le serra entre ses doigts. Masao tenta immédiatement de faire lâcher discrètement Nanashi.

 

« Allons discuter ailleurs…

—     Pas question… lâche-moi !

—     Tu n’as personne dans ta vie ! J’ai mené mon enquête… Alors donne-moi une bonne raison pour que je te lâche ?

 

Nanashi serra la mâchoire et tira sur le bras de Masao. Ce dernier résista et foudroya du regard le mannequin.

 

« Lâchez-le ! »

 

Surpris les deux hommes tournèrent la tête et rencontrèrent le regard chocolat d’Itami. L’acteur avait vu de loin la scène qui se déroulait entre les deux hommes. Personne ne semblait l’avoir remarqué mais, lui… observait Ishihara depuis le début de soirée. Son brusque changement de  comportement qui était joyeux, avait fait place à de la peur, l’intriguait.

 

Nanashi serra un peu plus le poignet de Masao, provoquant une grimace de douleur. Yuya le remarqua, même si le jeune homme semblait vouloir cacher ses sentiments.

 

« Et je suis désolé de vous décevoir Rei-san… mais, Ishihara-san et moi-même sortons ensemble. » Yuya se tourna tout sourire vers Masao qui le fixait incrédule, « je t’ai cherché partout.  Tu m’avais promis de m’attendre dans le hall et…

—     Cessez cette comédie ! » Déclara froidement Nanashi. « Masao ne sort pas avec vous. Il suffit de le voir pour constater qu’il n’éprouve rien envers vous, il semble aussi surpris que moi-même. Il vous est aussi étranger que… »

 

Nanashi s’arrêta dans sa tirade quand il vit Masao glisser sa main autour du coude d’Itami.

 

Masao écoutait la tirade de l’ancien mannequin. La colère le gagnait au fur et à mesure que les paroles de Nanashi égrenaient. Voyant la perche que lui tendait l’acteur, il se décida sur un coup de tête à le prendre au mot… enfin, le temps de se tirer de ce mauvais pas. Profitant de la surprise de Nanashi, il tira un coup sec sur son poignet pour faire lâcher prise.

 

Rei fronça les sourcils et voulu faire un geste pour reprendre le bras de Masao, mais Itami s’interposa et poussa derrière lui le pâtissier. Le regard de l’acteur était devenu froid.

 

« Vous avez joué et perdu… sachez reconnaître votre défaite Rei-san. Masao-kun m’appartient désormais et je ne suis pas très disposé à partager.

—     Dans moins d’une heure vous en aurez fini avec lui et je ne me gênerai pas pour le récupérer. Il suffit d’être un peu patient… Ironisa Nanashi sereinement.

—     Masao n’est pas un animal de compagnie. »

 

Itami avait été surpris par le geste de Masao, mais ne se posa pas de question. Il salua d’un geste moqueur l’ancien mannequin et tira Masao dans la pièce. Naturellement, ils traversèrent un couloir pour bientôt arrivé dans une pièce moins peuplée.

 

Durant ces quelques minutes, Yuya s’interrogea sur le comportement ultra possessif de l’ancien mannequin. La peur, non, la terreur que semblait éprouver le jeune homme. Il ne savait pas pourquoi il était intervenu… Peut-être parce qu’il ne pouvait pas encadrer ce type qui ne cessait de le rabaisser ? Itami s’arrêta sur la terrasse qui bordait cette dernière.

 

« Vous allez mieux ? Demanda Yuya inquiet pour le jeune homme à ses côtés.

—     Merci… mais pourquoi ici ?

—     Vous sembliez devoir vous reprendre. »

 

Masao se tourna vers l’acteur et constata que ses mains tremblaient. Le jeune homme jura entre ses dents et les serra fortement comme pour arrêter leurs spasmes.

 

« Je ne sais pas ce qui a pu se produire entre vous… et cela ne me regarde pas, mais, vous semblez ébranlé. » »

 

Masao respira calmement et se détourna. Il n’avait aucune envie de s’expliquer sur son comportement. Le pâtissier essayait de remettre de l’ordre dans ses idées depuis l’apparition de Rei-san devant lui. Son cœur battait encore de manière désordonnée. Le jeune homme se racla un peu la gorge avant de se tourner à nouveau vers son sauveur.

 

« Je vous remercie Itami-san…

—     J’ai toujours eu l’âme d’un chevalier quand une demoiselle est en détresse. Sourit Itami.

—     Je ne suis pas une fille ! Répliqua sèchement Masao. Garder ce genre de réflexion pour vos conquêtes…

—     Peut-être… mais, vous aviez vraiment peur

—     Je… »

 

Masao s’arrêta au milieu de sa phrase et observa longuement l’acteur. La façon dont il avait insisté sur le mot, lui avait fait battre le cœur. C’était comme s’il avait vu une part de lui-même. Masao était troublé. Il ne lui connaissait pas cet air sérieux, voir presque inquiet chez Itami. Où était l’homme frivole ?

 

« Enfin, quoi qu'il en soit… faites attention à vous ! » Repris sérieusement Yuya avant de disparaitre.

 

Masao resta figé, trop troublé pour l’arrêter. Il frémissait encore de l’altercation qui avait eu lieu plus tôt. Nanashi avait eu ce regard… S’en rendait-il vraiment compte ? Et… cette manière d’être si proche n’avait rien d’amicale. Et Nanashi revenait à l’attaque ?

 

A cette idée l’angoisse l’étreignit. Il devait quitter les lieux. De toute façon, il avait vu et connu ce qu’il devait et maintenant… il pouvait rentrer chez lui sans paraitre irrespectueux.

 

Masao se dirigea encore tremblant vers Ruane-san. Ce dernier échangeait avec des occidentaux inconnus du pâtissier. Il s’inclina. L’ambassadeur l’avait vu arriver de loin.

 

« Vous n’avez pas l’air de bien vous portez… Ishihara-kun ? Quelque chose vous a semblez mauvais ?

—     Oh non… Ruane-san… je crois que je ne suis pas habitué au décalage de mes horaires.

 

Masao rit nerveusement et s’expliqua.

 

« J’ai mi beaucoup de temps pour me faire à mes horaires de nuit et maintenant, je suis incapable de tenir à une soirée aux horaires normaux. Mentit le pâtissier.

—     Je comprends… Soren m’en avait parlé.

—     Je ne l’ai pas vu… Remarqua désapointé Masao.

—     Il a dû quitter la soirée. Apparemment, il ne s’est pas encore remis totalement de ses blessures. Son estomac semble plus fragile. Murmura songeur Jase pour lui-même.

—     J’aurai souhaité lui parler.

—     Revenez nous voir ! Proposa tout sourire l’ambassadeur. Notre porte vous est grande ouverte.

—     Je vous remercie. Je… Je vais donc vous laissez.

—     J’espère que vous avez noué de bons contacts ? Fit Jasa en haussant un sourcil blond.

—     Oui… de très bon, merci. Je suis encore surpris…

—     Ne le soyez pas… et je suis vraiment ravi pour vous. Maintenant, si vous voulez bien m’excusez.

—     Je vous en prie…. »

 

Masao souffla rassuré et prit le chemin de la sortie. Il salua au passage, ses nouveaux amis qui étaient visiblement déçut de le voir partir. Mais, comprenait aussi très bien son motif. D’ailleurs Canavese bailla discrètement.

 

Itami avait récupéré sa veste et attendait qu’Ishihara se mette en route pour le rattraper. Il avait vu Rei l’observer narquois. Il savait… Le comportement de l’ancien mannequin l’énervait souverainement. Et son intuition fut confirmer lorsqu’il vit Nanashi Rei vouloir remettre la main sur son ex. Masao transpirait la peur et c’est avec un sourire mielleux qu’il se joignit au couple.

 

« … pas question ! Repoussa Masao.

—     A moins que vous vous joignez à nous… Rei-san ? Suggéra Itami railleur.

—     Pardon ? Répondit le mannequin surpris.

 

Itami avait glissé sa main autour du bras de Masao en signe de propriété.

 

« J’ai laissé le temps à Masao de dire au revoir correctement… maintenant… nous allons nous éclipser pour une soirée… des plus délicieuses.

 

Le sourire de connivence d’Itami énerva Masao qui pourtant ne répliqua rien. Tandis que le sang de Nanashi se mettait à bouillir. Il foudroya l’acteur du regard mais, Itami lui renvoya un sourire acidulé. Puis, après un dernier au revoir, il entraina Masao à l’extérieur.

 

« Je vous raccompagne… » Fit sombrement Itami en sortant de l’ambassade.

—     Je n’ai pas besoin de vous…

—     Voulez-vous que je laisse Rei-san vous importuner ? Je ne sais pas ce qui s’est passé entre vous, mais vu la terreur qui semble exsuder de chacun des pores de votre peau… je ne pense pas que vous appréciez ce plaisir.

—     Non… »

 

Masao pourtant détacha la main d’un coup sec. Il continua en avançant légèrement plus vite. Sa silhouette avançait droite et très raide. Il avançait et pourtant, il avait l’impression de se noyer intérieurement.

 

—     Je voudrais vous remercier… Itami-san… » Déclara-t-il abruptement en se tournant vers l’acteur qui le suivait nonchalamment.

—     Oh… pour cela ? » Yuya eut un sourire chaleureux.

 

Masao le trouva très séduisant sous la lueur du réverbère. L’acteur dégageait quelque chose de mystérieux et d’irrésistible à cet instant là. Contrairement à Rei, il se sentait en sécurité avec Itami. Même s’il l’énervait, l’acteur rayonnait entouré d’une espèce d’aura chaleureuse et douce. Il était naturellement beau, mais pour une fois il n’utilisait aucun artifice, c’était peut-être pour cela qu’il le trouvait différent en cet instant. Pourtant à son grand agacement, Itami reprit comme une seconde peau son rôle d’homme artificiel et son sourire charmeur à quatre sous.

 

« Je n’ai pas besoin d’argent, ni quoique ce soit…

—     Pourtant…

—     Vous savez vous défendre Ishihara-kun…

—     Oui…

—     Je n’ai rien fait de spectaculaire. » Sourit Itami.

 

Figé et pensif, Masao scruta l’acteur qui sortit de sa poche un étui à cigarettes. L’homme semblait loin dans ses pensées et son regard errait sur les façades d’immeubles aux dimensions raisonnables. Lorsqu’il eut allumé sa clope, il rencontra le regard perçant de son interlocuteur. Yuya eut un petit rire et déclara moqueur.

 

« Tu tiens tant que cela à me remercier ? Demanda narquois l’acteur.

—     Je n’aimerai pas vous devoir quelque chose… Répliqua sombrement Masao.

—     Tu ne m’aimes pas… hein ?

—     Non. »

 

Yuya observa longuement le jeune homme. Il ne mentait pas, la franchise qu’il lisait dans ses prunelles et son attitude lui démontrait combien, Ishihara pensait ses paroles. Itami trouva la situation amusante. Et… son interlocuteur était diablement séduisant. Il avait vu tous les regards envieux lorsqu’ils s’étaient déplacés. Masao lui ne s’en apercevait même pas. L’acteur eut un sourire en coin.

 

« Très bien… si tu tiens tellement à me remercier… alors embrasse-moi ! »

 

Les yeux de Masao s’arrondirent de surprise. Même Itami faillit s’étouffer sous ses propres paroles. Mais il ne fit pas marche arrière. Masao déglutit et se détourna quelques instant, semblant réfléchir sérieusement à la demande. C’était quoi cette proposition ? Il resta indécis prit entre sa conscience et son cœur. Pouvait-il embrasser un type pareil ? Il savait qu’Itami le désirait, il lui avait clairement fait comprendre. Mais ce type l’énervait !

 

Masao intercepta un mouvement sur le côté et tourna son regard vers l’acteur qui écrasait son mégot. Itami lui jeta un regard moqueur. Son mouvement de retrait affola Masao qui sans réfléchir attrapa l’avant-bras de l’acteur.

 

Itami étonné de se sentir tirer en arrière, arrondit les yeux lorsque la bouche de Masao se colla à la sienne. Les mains du jeune homme encerclèrent son visage avec douceur. Le cœur de l’acteur se mit à battre plus vite. Les lèvres qui se saisissaient des siennes lui firent tout oublier. Les mains de Yuya s’accrochèrent à la veste de son agresseur.

 

Loin d’être agressif, le baiser était tendre et en même temps, Yuya ressentait l’exigence de cette bouche qui cherchait à fouiller la sienne. Il se sentait aspiré par se baiser vertigineux. Cette langue qui à présent cherchait la sienne. Il ne résista pas, et répondit même avec ardeur. Itami ne savait pas vraiment combien de temps l’échange dura, mais, lorsqu’ils se séparèrent un mince filet de bave relayait leurs lèvres.  Masao paraissait aussi surpris que lui.

 

Les mains du jeune homme glissèrent sur la veste de l’acteur et il le repoussa légèrement.

 

« Je suis désolé… souffla Masao.

 

Itami ne su quoi répondre. Ses jambes flageolaient encore sous l’émotion. C’était la première fois que cela lui arrivait. Que lui avait fait ce jeune homme ? Masao se détourna brutalement et traversa la route.  Il ne voulait plus voir l’expression d’Itami et ne voulait pas l’analyser.

 

Yuya jura entre ses dents et prit appui contre la grille d’un immeuble à côté de lui. Sa main se posa sur ses lèvres où l’empreinte de leurs échanges persistait à se faire sentir. Il aurait voulu que se baiser ne finisse jamais.

 

Masao franchit rapidement les quelques centaines de mètres qui lui restaient à parcourir à pied avant d’entrer chez lui.

 

Masao s’engouffra dans l’entrée de son immeuble en respirant un peu mieux. Itami ne l’avait pas suivit. Les mains serrées l’une contre l’autre, il tentait vainement de calmer les tremblements qui les agitaient. C’était quoi se baiser ? À la base, il ne comptait que sur un bref échange et… au lieu de cela, il s’était jeté sur Itami comme si sa vie en dépendait. Masao ne nia pas. Quelque chose s’était produit ce soir entre lui et Itami. Mais, il était hors de question que cela se reproduise d’une façon ou d’une autre. Il grimpa les escaliers quatre à quatre, refusant de réfléchir.

 

Pas question que sa vie soit liée avec un quelconque acteur, mannequin, ou tout autre artiste ! Il avait eu sa dose. De plus, Itami était superficiel. Une fois qu’il aurait tiré son coup, il ne chercherait pas à aller plus loin. Ce genre de relation… n’avait jamais été pour lui. La voiture s’arrêta et Masao remercia le chauffeur.

 

Une fois dans son appartement, Masao regretta de ne pas avoir d’alcool fort. En désespoir de cause, il se fit un thé. Le pâtissier au bout de quelques minutes rangea l’incident dans un coin de sa tête. Après tout… cela ne prêtait pas à conséquence, puisque lui seul et Itami seraient au courant. Masao se versa l’eau chaude et prit sa tasse. Posté devant sa fenêtre, Masao laissa son regard errer sur les phares de voitures qui circulaient encore. Le calme le gagna à nouveau et finalement, il oublia l’incident.

 

°°0°0°°

 

La cuisine s’anima peu à peu. Masao et Naito-san étaient plongés depuis bien longtemps dans leur travail, lorsqu’un bruit inhabituel attira l’attention des deux pâtissiers. Surpris, les deux hommes se tournèrent vers Shige Ogawa accompagné par son mari. Ce qui alerta Masao se furent les regards inquisiteurs du couple.

 

« Pouvez-vous nous expliquer ceci… Ishihara-kun ? »

 

Masao suivit l’index manucuré de sa patronne et vit deux quotidiens où il s’affichait en première page en train d’embrasser Itami. Le gros titre fit frissonner Masao « qui est la nouvelle conquête d’Itami-san ? » l’autre titre indiquait « Le bel inconnu d’Itami-san ». Même si les journaux ne savaient pas qui il était, impossible de se tromper sur l’identité de l’homme qui embrassait l’acteur. La posture était gênante pour Masao, car, il ne pouvait même pas plaider l’agression, … car clairement, c’était lui qui enlaçait l’acteur passionnément. 

 

« Vous êtes gay ?

 

Masao leva les yeux vers ses patrons et déglutit en rencontrant leurs regards. Masao s’aperçut que toutes les brigades étaient présentées et étaient suspendues à ses lèvres. Le jeune homme devint écarlate, il ne pouvait pas nier.

 

« Hai…

—     Et vous connaissez Itami-san ? Demanda la femme du chef.

—     Hai…

—     Pourquoi ne pas me l’avoir dit ?

—     Euh… je ne savais pas que ma sexualité était un critère de sélection enfin…

—     Non pas ça ! Que vous sortiez avec Itami-san ! Coupa Shige énervée.

 

Masao rencontra le regard déterminé de sa patronne et faillit tomber par terre lorsqu’elle déclara avec fougue.

 

« Puisque vous êtes son amant, … vous pourrez m’avoir un autographe ?

—     Pardon ? Fit d’une petite voix le pâtissier.

—     Ma femme est une grande fan d’Itami-san. Répondit fatigué Ogawa Naomi.

—     Rectification ! Fit Shige en faisant un balayage avec son index d’un air docte. Je suis sa plus Grande Fan ! Donc, je veux un autographe…

 

Le regard de convoitise de sa patronne fit déglutir Masao.

 

« Mais… il n’y a rien entre moi et Itami-san…

—     Et ça !

 

Shige colla un des magazines sur le visage de Masao qui était complètement défait. Lui réalisait que sa vie était foutue.

 

« Ce n'était… rien. » Répondit Masao en repoussant le torchon de son visage.

 

Il le jeta sur le plan de travail comme s’il le brûlait. Son expression s’était fermée et inconsciemment Masao craqua ses doigts. S’il tenait Itami, il lui ferait la peau, … c’était sûr. 

 

« Ne racontez pas d’histoire ! Vous avez reconnu vous-même connaître Itami !

—     Nous nous étions rencontrés brièvement, mais je ne le connais pas plus que cela…

—     Il ne faut pas demander comment il est quand il connaît bien ses amants… Fit une voix sarcastique.

 

Masao se raidit et tourna un visage sombre vers les brigades. Certains détournèrent la tête gênée et d’autres le fixaient avec beaucoup de curiosité.

 

« Je n’ai pas à vous donner d’explications sur le sujet. Cela concerne ma vie privée… Enfin…

 

Masao se tourna vers ses patrons très mal à l’aise.

 

« Je suis renvoyé ?

—     Pardon ? S’étonna Ogawa Naomi qui sortait comme d’un songe. Renvoyé ? Absolument pas… Vous êtes un très bon élément et comme vous venez de le dire, ceci concerne votre vie privée. Je suis seulement… stupéfait que vous soyez de ce bord-là, en fait… J’ai toujours été persuadé que vous étiez hétéro…

—     Personnellement, je me moque que vous soyez homo ou hétéro mais… vous connaissez Itami-san !

 

Masao déglutit. Shige avait fait le tour du plan de travail et avait coincé le pâtissier contre le plan de travail. Le jeune homme aurait voulu encore se reculer et se demanda pourquoi sa patronne avait besoin d’être aussi grande.

 

« Que vous le connaissiez à peu près ou très bien… je m’en fous, … je veux mon autographe !  Répondit-elle avec flamme.

—     Je ne pense pas le revoir, vous savez…

—     Ah oui…

—     C’était une rencontre fortuite…

—     Et ça ?

 

Masao eut des vapeurs en voyant l’étreinte passionnée. Même lui devait reconnaître qu’il ne faisait pas crédible. Il entendit derrière lui la voix grave de Naomi qui demandait aux brigades de se remettre au travail. Ce n’est pas pour autant qu’il demanda à sa femme de le lâcher.

 

« Je… c’était un accident…

—     Trouvez autre chose…

—     C’était pour le remercier…

 

Shige haussa un sourcil et déclara narquoise.

 

« Si je vous demandais de me remercier de garder votre tête, vous m’embrasseriez de la même manière ?

 

Masao ouvrit la bouche pour répondre, mais la voix de Naito-san plutôt revêche, contrairement à son habitude, figea les deux protagonistes.

 

« Maintenant… avec tout le respect que je vous dois, nous devons travailler Ogawa-san. »

 

Shige jeta un coup d’œil autour d’elle et se redressa. Elle s’aperçut enfin qu’elle avait acculé le pâtissier dans ses derniers retranchements. Pour se donner contenance, elle se réajusta et s’éloigna.

 

« Bref… si vous avez l’opportunité de le croiser, … penser à moi. » »

 

Masao respira un peu mieux. Il croisa par la même occasion, les regards curieux de toute la brigade de cuisine et devint écarlate. Pourquoi lui ? Et maintenant ? Il tourna lentement son visage vers Naito-san en s’attendant à rencontrer du dégoût sur ses traits. Ce dernier le fixait sombrement et il déclara un peu durement.

 

« Nous avons du travail… Ishihara-san… ne vous perdez pas dans des pensées frivoles… »

 

Le ton et l’attitude de Naito-san le blessèrent. Il hocha simplement la tête et se remit à travailler en faisant abstraction à ce qui l’entourait. Il en devint maladroit et gâcha de la pâte et quelques pâtisseries. Pour couronner le tout, il brûla le pain.  La voix d’Ogawa le figea alors qu’il sortait les croûtes brûlées.

 

« Je peux savoir à quoi vous jouer Ishihara-san ? »

 

Masao se tourna coupable vers son patron qui le foudroyait du regard.

 

« Je me moque de savoir avec qui vous vous envoyez en l’air, … mais, lorsque vous êtes en cuisine, veuillez faire votre travail correctement ! 

—     Hai Chef ! Excusez-moi Chef…

—     Recommencer et soyez plus sérieux ! je n’ai pas besoin de fillette dans ce service !

—     Hai Chef ! »

 

Masao s’inclina respectueusement et décampa avec le pain brûlé. Il se retint d’essuyer le coin de ses yeux. Masao avait intercepté quelques regards moqueurs et d’autres de pitié. Il n’avait pas besoin de cela. Arrivé à son poste de travail, il avait l’impression d’avoir les bras cisaillés.

 

« Masao-kun… »

 

Surpris, Masao releva le visage et vit Naito-san proche de lui.

 

« Il y a de la pâte fraîche encore dans le réfrigérateur… va la chercher et cette fois-ci acquitte-toi correctement de ta tâche.

—     Hai ! »

 

Masao se replongea dans son travail et fit abstraction à ce qui l’entourait. Il n’allait pas se laisser perturber pour si peu après tout. Le reste de la matinée se passa rapidement et c’est anxieux qu’il se trouva installer en face du chef. Ce dernier soupira et observa son apprenti.

 

« Cela me fait un choc d’apprendre… que…

—     Je vous dégoûte ? Demanda Masao désolé.

—     Non, … c’est… enfin, je n’ai pas l’habitude. Généralement vous vous cachez et là… Je ne pensais absolument pas que tu sois comme cela.

—     Je suis désolé… Murmura Masao en penchant la tête en avant.

—     Ne le soit pas. Tu es comme tu es… Masao-kun. Je comprends mieux à présent certaines parties de ta personnalité. Tu as dû en baver à cause de cela…

—     Hai…

—     J’ai su que ta sœur et toi ne vous parliez plus…

—     C’est exact.

—     C’est à cause de cela ? Demanda Naito-san le regard empli de compassion.

—     Oui… Mon père m’a demandé de quitter sa maison.

—     Oh… quelque part, je le comprends. Cela a dû lui faire un choc, mais, d’un autre côté… tu es son fils.  Qu’il le veuille ou pas. Je me disais… que j’aurais aimé avoir un fils comme toi, Masao-kun.

 

Masao suspendit son geste avec ses baguettes et rencontra le regard chaleureux de Naito-san qui termina.

 

« Je n’ai toujours pas changé d’avis. Je t’aime beaucoup…

 

Masao sentit l’émotion le submerger et fut content d’être assis. Les larmes montèrent malgré. La fatigue nerveuse le terrassa. Il avait tellement stressé tout ce temps. Une main tapota la sienne. Naito lui sourit un peu plus.

 

« Tu ne fais rien de mal… Masao-kun. Je vais te ramener chez toi.

—     Hai…

—     Tu ne risques plus de passer inaperçu. Rit doucement Arata.

 

Masao gémit et se prit la tête entre ses mains. Qu’allait-il faire à présent ? Il murmura.

 

« Tout ce que je voulais… c’était avoir une vie tranquille et sans histoire. Un petit ami, des amis, un travail et la joie de rentrer chez moi chaque soir. Vivre une relation stable avec quelqu’un sur qui compter. À présent… j’ai l’impression que tout est fichu. 

—     Ne soit pas si pessimiste. Sourit Naito-san. Et dit toi bien que tu es très jeune. À bientôt vingt-quatre ans tu as toute la vie devant toi.

—     Oui…

—     Allons-y Masao-kun… et… si tu peux avoir aussi un autographe pour ma femme d’Itami-san, je pense que cela lui ferait très plaisir. Fit avec un clin d’œil Arata.

 

°°0o0°°

 

Itami lisait le magasine et sourit en voyant les images de Masao à la réception de l’ambassadeur. Qu’il était beau. Exaspéré par ses réflexions de midinettes en chaleur, Yuya balança le journal au travers de la pièce. Le canard atterrit aux pieds de sa sœur aînée ;

 

« Alors… c’est lui ta dernière conquête ? »

 

Yuya observa Fuji qui avait ramassé le magasine pour le reposer sur la table basse devant lui.

 

« Non…

—     Pourtant… à voir cette image…

—     Elle est trompeuse. Répondit doucement Yuya.

—     Ah… s’est… surprenant.

—     Tu es venu pour me voir pour cela ?

—     Je passais à côté de chez toi et comme je n’avais pas envie de manger toute seule au restaurant, je m’invite chez toi.

—     Tu n'es pas gêné, … j’aurai pu avoir quelqu’un…

—     Ton nouvel amant ?

—     Je n’ai pas de nouvel amant…

—     C’est la première fois que tu nies !

—     On change de sujet ? »

 

Fuji observa son frère. C’était la première fois qu’elle voyait Yuya aussi fermé. Exit l’homme aux masques. Son regard glissa vers la couverture explicite et un sourire s’afficha sur ses lèvres.

 

« Je peux savoir ce qui te fait sourire Fuji ?

—     Rien… rien du tout. Et si nous allions manger ? Je meurs de faim.

—     Pas moi… » Marmonna Itami de mauvaise grâce.

 

Fuji se retint de rire et hocha la tête faussement compréhensive. Elle allait découvrir une partie de son frère qu’elle ne connaissait pas. Quelque part, cela allait être très amusant.

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