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Le lendemain, Masao prit le métro comme il l'avait fait quelques mois auparavent lorsqu'il avait raccompagné Fuyuki chez elle. Mais cette fois-ci, c'était pour un entretien d'embauche... Et comment la petite allait prendre son retour. Il n'avait pas donné de nouvelles. Pas qu'il ne le veuille pas... mais emporter par sa vie compliquée, il avait tout oublié. Non, il ne voulait pas se souvenir. L'évocation même du passé où il s'était sentit heureux, lui faisant comprendre dans la douleur que sa vie était ratée... Qu'il était un raté !

 

La gorge du jeune homme se noua lorsqu'il vit les boutiques luxueuses à nouveau encadrant la porte tout aussi imposante. Cette dernière paraissait si discrète à côté de la débauche de luxe des vitrines... qu'elle semblait toujours aussi pathétique de loin. Il appuya sur le bouton de l'interphone et il entendit la voix de Fuyuki

 

- C'est toi Masao ?

- Haï...

- Tu es là ? C'est vraiment toi ?

- Haï...

- Papa... Masao est là...

 

Le cri de la voix enfantine grilla les tympans du jeune homme. Le déclic de la lourde porte se fit entendre et l'étudiant poussa le vantail. Arrivée devant la porte de l'appartement, il n'eut pas le temps de reprendre sa respiration que Fuyuki apparaissait furieuse.

 

- Tu m'as menti... tu as dit que tu me téléphonerais !

- Je m'excuse Fuyuki... Je n'ai pas pu...

- C'est pas grave... Tu es venu aujourd'hui...

 

Et la gamine bondit dans les bras du jeune homme qui ne comprenait pas l'attachement de cette enfant à son sujet. Lui qui se trouvait toujours médiocre et quelconque... La voix mielleuse de Nanashi se fit entendre.

 

- Entrez et ne restez pas dans le couloir tous les deux !

 

Masao voulu reposer Fuyuki qui s'accrocha à son cou.

 

- Non ! Je reste dans tes bras...

 

Le jeune homme était surpris par le ton vindicatif de l'enfant. Masao rencontra les yeux argent de son hôte qui le fit entrer. Ce dernier restait impassible et lui demanda de le suivre. Le jeune homme se rendit compte qu'ils ne se dirigeaient pas vers la cuisine mais devant une autre partit de l'appartement. Rei-san ouvrant une porte donnant sur un bureau modeste mais bourré de livres diverses et où un ordinateur trônait sur un bureau impeccablement rangé.

 

- Masao-kun... Je peux vous appeler ainsi ?

- Oui...

- Bien... Vous m'avez demandé hier de travailler pour moi et surtout pour vous occuper de Fuyuki.

 

Le jeune homme hocha simplement la tête. Il avait prit place dans un fauteuil confortable et la petite blonde s'était lovée contre lui, tel un chat.

 

- Hum... Fuyuki s'est attachée à vous, je ne sais pour qu'elle raison...

- Je ne me l'explique pas moi-même... Souffla le jeune homme qui ne pu s'empêcher de caresser doucement les cheveux fins.

 

Nanashi observait le jeune homme qui jusqu'à présent semblait mal à l'aise. Pour la première fois, il avait un geste de tendresse et spontanée vis à vis de sa fille. La lueur d'incrédulité mélangée à de l'émerveillement subjugua le mannequin. Puis, se reprenant il lui donna son fond de pensée avant de continuer.

 

- J'avoue que cela m'a plu moyennement que vous puissiez ne pas prendre de nouvelles de ma fille, en sachant qu'elle voulait avoir de vos nouvelles. Non...

 

Nanashi avait fait un geste de la main pour étouffer les explications plus ou moins clairs du jeune homme.

 

- Je ne veux pas savoir pourquoi... je comprends que nous ayions tous des problèmes. C'est simplement pour vous faire comprendre qu'un enfant n'est pas un animal domestique et encore moins un objet ! Enfin, je suis heureux que vous ayiez accepté ma proposition. Enfin, voici mes conditions... Je vous les laisse lire et vous me poserez des questions ensuite. Je trouve cela plus facile que de parler dans le vide !

 

Masao se pencha et attrapa les feuilles que lui tendait son futur employeur. De l'autre, il tenait Fuyuki qui s'était endormi contre lui. Il se rassit avec précaution et lu les termes du contrat. Grosso modo, Nanashi lui demandait de rester dans l'appartement. Il était logé, nourrit et avait de l'argent de poche. Une somme qui parut tout à fait raisonnable à Masao qui ne s'attendait pas à autant. Il devait respecter la vie de l'enfant, la conduire à l'école, lui faire ses repas. De plus, la discrétion lui était demandée sur la vie de Nanashi et de sa fille et toute entorse à la règle lui vaudrait son renvoie immédiat et définitif.

 

- Avez-vous compris les termes du contrat ?

- Oui... En fait, je dois rester 24h/24...

- Oui... mais vous aurez aussi des jours de congés. Toutefois, ils seront flottant. Comprenez que je ne suis pas toujours là, et que si vous n'êtes pas présenta alors que je suis absent... c'est plutôt gênant. Hum... si vous avez des amis, vous les rencontrerez à l'extérieur. Je ne veux pas que mon appartement deviennent une sorte d'attraction. C'est avant tout ma maison.

- Oui...

- C'est différent pour votre famille...

- Je n'ai plus de famille...

 

Nanashi ouvrit les yeux surpris et haussa les sourcils de confusion. Il porta la main à son buste et s'excusa confus.

 

- Je suis désolé... je ne savais pas... je...

- Non... ils sont vivants... mais... autant que je sois honnête avec vous. Je suis gay et mes parents refusent mon homosexualité. Enfin, surtout mon père qui m'a viré de la maison...

- Oh... J'en suis sincèrement désolé...

 

Se fut au tour de Masao de montrer de la surprise.

 

- Pourquoi ? Ceci n'a rien d'extraordinaire...

- Je trouve cela malheureux de repousser son propre enfant pour ses préférences sexuelles.

 

Nanashi se renversa sur son siège et posa un regard différent sur son interlocuteur.

 

- Avez-vous des amis ?

- Non...

- Petit ami ?

- Non...

 

Le mannequin posa ses mains en triangle devant sa bouche et fronça les sourcils. Masao se sentit mal à l'aise sous la pression du regard argent.

 

- Est-ce que cela pose problème ?

 

L'étudiant voyait déjà la fuite de son futur contrat... Toutefois, il ne baissa pas son visage et continua d'observer l'homme brun en face de lui. L'attention dont il faisait l'objet à cet instant furent parmi les pires instants de sa vie. Il avait l'impression d'être un vulgaire insecte sous le regard d'un humain. Mais les yeux argent prirent un aspect plus chaleureux par l'expression adoucit du mannequin.

 

- Non... cela ne me pose aucun problème. Pouvez-vous commencer aujourd'hui ?

- Euh... oui...

- Bien... bien... vous savez faire la cuisine ?

- Un peu mais... il me faudra quelques livres, car... je suis limitée en préparation tout de même. Et si vous voulez que Fuyuki mange équilibrée...

- Se n'est pas un problème.

 

Un léger hochement de tête accompagna ses paroles et Nanashi se leva. Il se mit à genoux devant le jeune homme. La proximité soudaine du mannequin devant troubla Masao. Pourtant il ne bougea pas envoûté par la tendresse dont faisait preuve maintenant l'homme devant lui. Il déglutit péniblement mais fit en sorte de rester de marbre.

 

- Fuyuki... viens avec moi... on va montrer sa chambre à Masao-kun...

 

La petite se frotta les yeux et tendis les bras vers son père par pur automatisme que par réelle conviction. Nanashi se leva et souleva sa fille sans difficulté. Masao se sentit déchargé et suivit l'homme qui lui fit visiter sa maison. Il lui indiqua simplement la porte de sa chambre et précisa :

 

- Je vous interdis d'y entrer...

- Haï...

 

Ils passèrent devant la chambre de Fuyuki, qui restait accroché endormis au cou de son père comme un koala. Ensuite, le grand salon, une salle de réception, la cuisine que Masao connaissait déjà. La salle de bain de la petite... Une chambre d'ami. Et enfin arrivée à l'entrée, Nanashi poussa une porte et invita Masao à le suivre. Une grande pièce vide s'y trouvait.

 

- Voici votre chambre. Vous pouvez la meubler comme vous le voulez... Si le lit ne vous convient pas... changez-le ! Hum... ici en fait, c'est votre "salon" ou la pièce que vous voudrez...

 

Le mannequin poussa une porte des portes du fond et montra une chambre meublée.

 

- Donc, comme je vous le disais... vous pouvez changer mais vous le faites à vos frais. Vous avez une ligne téléphonique personnel ici... bien sur vous pairez pour vos communications. Vous pouvez avoir un accès internet ect... Je vous en prie visitez...

 

Masao fit le tour de la chambre et admira la sobriété du lieu. Le parquet ciré et lustré, les meubles en bois traditionnel, eux-même luisant sous la patine du temps et la baie vitrée qui donnait sur l'extérieur. Nanashi toussa discrètement :

 

- Je suis désolé d'aller vite maintenant, mais je dois bientôt partir.

 

Le jeune homme observa son patron et le suivit sans ouvrir la bouche. Nanashi tira la deuxième porte et une salle de bain aux dimensions plus que correct s'y trouvait. Une baignoire et une douche s'y trouvaient, ainsi qu'un lavabo. Tout était blanc et propre.

 

- A vous d'aménager votre espace pour le rendre personnel...

- C'est plus que je ne l'espérais...

 

Nanashi offrit alors son premier vrai sourire. Il n'aurait pas cru cela possible et pourtant, son visage prenait une toute autre ampleur. Le cœur de Masao en fut réchauffer et une douce chaleur se répandit en lui comme si un rayon de soleil était passé pour lui procurer une douceur auquel, il ne s'attendait plus depuis longtemps. Masao pourtant, ne laissa rien paraître de son trouble. Il faut dire qu'une certaine habitude du à une longue pratique de self-contrôle lui permettait d'enfouir la moindre émotion chez lui.

 

- Et si nous allions dîner ?

- Je fais le repas ?

- Non, ce midi j'ai commandé et

 

Nanashi regarda sa montre

 

- Le traiteur ne devrait plus tarder à arriver...

 

Ils quittèrent l'appartement particulier du jeune homme et ils arrivèrent dans la cuisine où le mannequin déposa sa fille sur le banc contre le mur. Il expliqua à Masao :

 

- Fuyuki était tellement contente que vous veniez aujourd'hui qu'elle n'a pas dormi cette nuit. Et ce matin, elle n' a pas voulu aller à l'école. Elle voulait vous voir de ses yeux.

- Je... je me sens terriblement coupable.

 

L'interphone sonna et Nanashi s'excusa :

 

- Je vous ouvre...

 

Il disparu pour laisser le jeune homme seul avec Fuyuki qui se réveillait enfin.

 

- Masao-chan... Tu restes avec moi pour de vrai ?

- Pour de vrai...

- Tu vas pas t'enfuir ?

- Non... j'ai quand même quelques affaires à récupérer mais, je resterai ici...

- Super...

 

La petite se leva et fit un signe à Masao pour se pencher. La blonde l'embrassa sur la joue au même instant son père entra. Le jeune homme se sentit mal à l'aise en voyant son patron chargé mais ce dernier demanda à sa fille :

 

- Se n'est pas non plus la peine de faire tourner ta nouvelle "nounou" en bourrique !

- Je le promets...

 

La petite fit un signe sur son cœur en signe de promesse jurée, crachée.

 

- Alors ? Etes vous satisfait de votre "appartement" ?

- Je m'attendais à une simple chambre.

- Non... j'ai fait aménager mon appartement en ayant ce coin indépendant du reste de la maison. C'est votre propre domaine. Je n'y rentrerai pas et Fuyuki a aussi interdiction d'y rentrer. Elle frappera à la porte comme si vous habitiez à l'extérieur de la maison. N'est ce pas Fuyuki !

 

Nanashi reprit en insistant :

 

- Et c'est un ordre. Ma fille n'a pas à aller et venir chez vous comme dans un moulin ! Vous pouvez l'inviter une fois de temps en temps mais je refuse qu'elle se considére chez elle, chez vous ! Compris ?

- Haï... Rei-san...

 

Masao voyait difficilement la chose mais l'air rembrunit de son interlocuteur lui fit comprendre que c'était un principe qu'il ne remettrait pas en cause.

 

Ils déjeunèrent dans une bonne entente mais, Masao voyait les fréquents coup d'œil que jetait Nanashi à sa montre. Il finit par se lever précipitamment et embrassa sa fille sur le front. Puis se tournant vers Masao :

 

- Je serai rentré pour dix huit, dix neuf heures... Vous pourrez rentrer chez vous ensuite. Vous tâcherez de vous organiser pour la semaine prochaine. S'il vous faut quoique se soit, n'hésitez pas à me le dire...

- Je vous ferai part de mes éventuelles difficultés...

- Il ne suffit pas de me le dire Masao-kun ! Vous n'êtes plus tout seul à présent...

 

Le sourire amical qu'il adressa au jeune homme et son attitude chaleureuse le déconcerta. Puis, le mannequin disparu. Masao se retrouva seul avec Fuyuki et se demanda maintenant ce qu'il devait faire. Il pensa à sa mère et il déclara à la petite qui voulait jouer :

 

- Nous allons débarrasser... Tu me donnes un coup de main ?

- Je ne fais pas le ménage...

- Dans une maison... il faut un minimum de rangement ! Allez hop !

 

La petite observa le jeune homme qui débarrassait les couverts et finalement haussa les épaules et se mit à la tâche. Masao en profita pour demander plus d'explication sur le fonctionnement de la maison et Fuyuki était trop heureuse de lui fournir le moindre indice. Le jeune homme observa la petite qui montrait à nouveau des signes de fatigues.

 

- Fuyuki... Au lit !

- Mais il n'est pas le soir...

- Tu n'as pas dormi et ce soir tu vas être énervée... Tu fais une petite sieste et quand tu te lèveras on fera un gâteau...

- C'est vrai ? Tous les deux ?

- Haï...

 

Et Masao prit une attitude menaçante :

 

- Va te coucher... sinon...

- Ok... j'y vais !

 

La petite se retrouva dans sa chambre suivit du jeune homme qui veilla à ce que les vêtements soit bien pliés et referma la couverture sur la petite blonde qui baillait maintenant à s'en décrocher la mâchoire.

 

- Je suis bien contente que tu sois... et ce pour toujours...

 

Masao eut un sourcil levé... et son cœur battit un peu plus vite... Pour toujours ? Ça, il en doutait fortement... Mais, il prendrait tout ce qui se présenterait à lui. Le jeune homme n'avait plus envie de gâcher sa vie à présent... S'il devait rester prêt de Fuyuki pour être heureux, il resterait auprès d'elle le temps qu'elle jugera nécessaire. En attendant ce jour, il ferait tout pour s'assurer un avenir meilleur.





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