
Masao venait de coucher Fuyuki. Cela faisait deux jours que la petite lui avait fait sa déclaration fracassante. Il avait eu Nanashi au téléphone brièvement et il n'avait pas eu de temps à lui accorder. Il ne s'était entretenu que brièvement avec sa fille. Apparemment, Nanashi allait être submerger les prochains jours. Masao ne pris pas la peine de vouloir expliquer quoi que ce soit à la petite, car il ne savait pas lui-même où il en était avec son père.
Fuyuki se montra adorable à partir du moment où elle avait avoué ce qu'elle avait vu et confiée ses craintes. Masao fit comme si de rien n'était. Pour lui s'était la meilleure stratégie à adopter. Ses journées se déroulaient soit en cuisine, au parc de la ville, au parc d'attraction et au cinéma. Il organisait quelques activités manuelles et avait rangé leur conversation dans un coin de sa tête.
Le jeune homme quitta la chambre de Fuyuki et le jeune homme se rendit compte que la petite s'était endormie après la rude journée qu'ils avaient traversé. Masao avait organisé une sortie aux jardins botaniques et ils s'étaient retrouvés coincés dans le métro, ils avaient usé leurs semelles dans les allées interminables et ils avaient finis épuisé dans un salon de thé.
Il restait encore le chemin du retour qui fut tout aussi compliqué. Comme si toute la ville avait décidé de bouger en même temps qu'eux. Donc après avoir été piétiné, Fuyuki avait finie dans un bain, Masao avait préparé le souper et avait bavardé un long moment sur les rêves de la petite... qui en avait beaucoup !
Le téléphone sonna et le jeune homme bondit pour décrocher. Inutile de réveiller Fuyuki qui avait eu son cotât d'émotions pour la journée.
- Masao ?
La voix chaleureuse de Nanashi lui porta un coup au cœur.
- Oui...
Le jeune homme n'avait pas pu s'empêcher de répondre d'une voix blanche. Le mannequin le remarqua immédiatement et demanda inquiet :
- Fuyuki a des problèmes ?
- Non... elle va bien...
- Elle est encore debout ?
- Elle vient juste de s'endormir. Nous avons marché toute la journée...
- C'est dommage. Je ne me suis pas rendu compte de l'heure... Quelque chose ne va pas Masao ?
Un léger silence s'installa d'à peine quelques secondes et le jeune homme répondit :
- Si... tout va très bien.
Le ton était clair et déterminé, mais cela ne trompa pas le mannequin qui reprit septique :
- S'il s'est passé quelque chose d'important chez moi, j'aimerais le savoir...
Masao posa son dos contre le mur et finit par avouer d'une voix à peu près calme :
- Fuyuki... nous a vus dans la cuisine...
Se fut au tour de Nanashi de rester silencieux, pour finalement demander :
- Comment l'a t-elle pris ?
- Plutôt... mal...
- Vraiment ? Qu'à t-elle dit exactement ? N'essaye pas de me cacher la vérité, car je finirai par la connaître...
- Elle refuse la relation... enfin... elle m'a fait comprendre que je lui appartenais et que j'étais là pour elle. Ce en quoi elle a raison ! Elle fera tout ce qui est en son pouvoir apparemment pour qu'il n'y ait rien entre nous...
- Je vois...
Le cœur de Masao se sera devant le calme avec lequel Nanashi le prenait. Maintenant, il était sûr que rien n'existerait entre eux.
- Masao... Fit doucement Nanashi. Je voudrais savoir, dit-moi honnêtement s'il peut y avoir un nous. Et ne tient pas compte de l'avis de Fuyuki. Je veux seulement savoir si c'est possible... si, tu as pensé à la possibili...
- Oui, j'y ai pensé...
- Et ?
La voix grave semblait impatiente.
- Moi... j'aurai aimé qu'il y ait un nous...
- Bien... c'est tout ce que je voulais savoir. Je parlerais à Fuyuki à mon retour. Enfin, après que nous ayons discuté ensemble tous les deux.
- Elle ne semble pas vouloir voir son père avec un homme...
- Se n'est pas à elle de décider avec qui je dois vivre. Quoique je tiens compte de son avis... mais, ici elle t'aime et elle ne peut se passer de toi. Alors, je ne vois pas où est le problème. Masao, nous en reparlerons à mon retour... Mais, je suis soulagé que tu ai songé sérieusement à ma proposition...
Masao ne sut quoi répondre. Il n'était pas doué pour avouer ses sentiments et surtout pas au téléphone.
- Masao... je risque de rester un ou deux jours supplémentaires. Mais, j'en parlerai moi-même à Fuyuki. Je tâcherai de téléphoner plus tôt. Je suis impatient de rentrer quoi qu'il en soit à présent.
- Je...
Le jeune homme ferma les yeux et les mots eurent quelques mal à traverser ses lèvres. Non pas qu'il ne veuille pas avouer ou dire quoique se soit. Mais, justement parce qu'il ressentait un sentiment trop fort, il en était incapable de rétorquer quoique se soit.
- Moi aussi Masao... et c'est d'autant plus fort que nous sommes loin.
Surpris de l'interprétation qu'avait fait Nanashi, Masao gémit faiblement. La voix du mannequin revint plus lente et sensuelle :
- Je n'ai pas besoin de tes mots pour savoir ce à quoi tu penses, tes silences crient plus fort que n'importe quelle parole. Je pensais être silencieux et secret, mais avec toi... tout est si différent. Je lis en toi comme dans un livre ouvert... je me reconnais en toi... alors patiente encore un peu.
- Je... t'attendrai...
Un silence pris place chargé du désir de se revoir, d'attente quant à leur nouvelle situation et du trouble commun.
- Je suis impatient de rentrée... à demain Masao...
- A demain...
Le jeune homme raccrocha comme assommé. Il ne bougea que quelques minutes plus tard se rendant compte brutalement qu'il était toujours figé dans la même position, incapable d'aligner deux idées cohérentes. Masao finit sous la douche et quelques minutes plus tard allongé dans son lit. À sa grande surprise Morphée vint à lui dès qu'il posa la tête sur l'oreiller.
°°0°0°°
Pov Nanashi :
J'observe mon reflet sans le voir dans la glace. La maquilleuse s'active autour de moi, mais je ne la vois pas ou à peine. Image floue qui me parle sans avoir besoin de lui répondre quoi que ce soit. Je suis encore saisie à l'idée que Masao est enfin accepté d'envisager une liaison entre nous. Ses silences étaient plus évocateurs pour moi que toutes les paroles qu'il aurait pues me déclarer... il faut dire que je me suis habitué à cet être blessé. Malgré les sourires qu'il peut accorder, Masao ne se laisse pas facilement approcher. Pourtant, je sais depuis le premier jour qu'il m'aime.
Le photographe m'appelle et je quitte mon peignoir pour me retrouver en pantalon de cuir noir, torse et pied nu pour prendre des photographies artistiques de mon corps.Ce dernier se meut comme s'il avait sa propre raison. Dans ma tête seul le visage de Masao me hante. Cela doit se voir dans mon regard, car Steeler fait plusieurs shoots de mon visage où il me demande de prendre des attitudes toujours plus sensuelles.
Il me suffit de penser à ce que j'aimerais te faire pour que mon regard se liquéfie encore une fois. Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas connu cette sensation d'être aimé et d'aimer. Même si nous ne nous en sommes jamais parlés... même si entre nous il va y avoir des silences... je sais qu'ils sont plein de ton amour pour moi.
Il me tarde de rentrer. Je sens l'appréhension me gagner lorsque je songe à Fuyuki. Les paroles de Masao m'ont inquiété. Mais peut-être qu'une discussion pourrait éclaircir cette situation ? Fuyuki ne laissera pas partir Masao. Et je ne laisserai pas Masao être loin de moi. Je finirai par devenir fou. Il suffit de voir comment je pense à lui pour quelques jours d'absences...
Je sursaute lorsqu'on me signale la fin de la séance. Je ne l'ai pas vu passer.
- Nanashi... Quelque chose ne va pas ? Tu m'as l'air particulièrement distrait ces derniers temps...
J'observe le visage de Chisei. Mes yeux suivent les feuilles qu'elle agite devant moi. Je quitte les lieux pour retourner dans mon antre, suivit de mon attachée de presse furibonde.
- N'oublie pas que tu passes ce soir dans un Talk-show. Alors, soit concentré... Tu ne seras pas toujours mannequin et en ces derniers temps tu es passablement à côté de tes chaussures !
- Lâche-moi...
Je soupire vaguement et je vois bien qu'elle est prête à m'étrangler.
- C'est une femme qui t'obsède ? Marie-toi avec et reprends ton travail...
- C'est un homme...
Un silence interdit pris place. Nous étions seuls dans ma loge et lorsque je lui annonce la nouvelle placidement, je fixe mon reflet dans le miroir. Mes yeux glissent légèrement vers elle et la petite brune qui n'a pas sa langue dans sa poche habituellement reste la bouche ouverte, incapable de dire quoi que ce soit.
- Je voulais te l'annoncer... que tu sois au courant !
- Mais... mais... tu aimes les femmes !
- Oui... Mais là, je suis amoureux d'un homme...
- Mais...m...mais...Comment ? Qui ? Pourquoi ? Attend ! Ce n'est pas le genre de nouvelles que tu dois proclamer Nanashi. Si cela se découvre ta carrière est foutue ! À qui d'autre l'as-tu communiqué ?
- Personne...
- Ouf...
Chisei appuya un bras contre le mur et posa une main sur le cœur, ses papiers pendant mollement devant elle.
- Nanashi... je ne te ferai pas changer d'avis, si je te demande de te séparer de lui ?
- Non !
- C'est bien ce que je pensais.
Une drôle d'impression me parcours lorsqu'elle m'énonçe le fait de quitter Masao. Je reste aussi calme et impassible que possible. J'observe le visage de Chisei une nouvelle fois et je vois qu'elle me scrute intensément. Son inspection me met mal à l'aise pourtant, je ne bronche pas.
- Qui sait ?
- Cela ne te regarde en rien...
- Si justement ! Je vais couvrir tes arrières... si ta carrière est foutue la mienne aussi. Et puis, j'ai pas envie de te voir tremper dans un scandale. Tu as travaillé âprement pour en arrivé là où tu es aujourd'hui. Dit-moi au moins comment, il s'appelle et où il travaille enfin, un minimum d'informations que je puisse faire face en cas de problème...
Je reste silencieux. Chisei s'est installée et sort un crayon de papier et nota quelques renseignements, mais bien malin qui pouvait comprendre son charabias. Nanashi s'y était cassé les dents même avec le temps, il lui était impossible de décrypter ses notes.
- Il travaille pour moi, c'est la nounou de Fuyuki. Il s'appelle Masao Ishihara.
Chisei pose son regard d'encre sur moi. Je ne sais pas définir exactement son expression contrairement à mon habitude, certainement la surprise et l'incertitude ressortent le plus. Après quelques minutes de silence durant lequel, je me suis levé et où j'enfile enfin un T.Shirt sur ma peau nue pour ensuite attacher mes longs cheveux en une queue de cheval. Je défais la boucle de ma ceinture lorsque la voix de Chisei se fit entendre
- Je ne sais pas si je dois prendre cela pour une bonne nouvelle ou pas. Tu as embauché ta « femme » ?
- S'il te plaît... Masao n'a rien d'une femme... et au départ, entre nous, il n'y avait rien. Quoiqu'au jour d'aujourd'hui... il n'y a encore rien entre nous...
- Tss ! Tombé amoureux de son employé... Qu'est ce qui t'as plu chez lui ? Il t'a baratiné, il t'a mis un couteau sous la gorge...
- Parle de lui autrement Chisei... Masao ne m'a strictement rien fait... et ce qui m'a séduit chez lui, ne te regarde en rien... Ne dépasse pas les limites de ma vie privée. Je te donne seulement les informations dont tu dois être au courant... pour le reste, Masao et Fuyuki sont trop importants pour moi pour que j'en parle à qui que ce soit. Et je ne veux pas en parler de toute façon.
J'enfile mes chaussures et après un dernier coup d'œil au miroir, je me dirige vers la porte Chisei derrière moi soucieuse.
- Alors... n'en parle vraiment à personne !
- Me prends-tu pour une pie ?
Je fus moi-même surpris par le ton cassant sur lequel je lui avais parlé. Mais toutes les inquiétudes de Chisei étaient le reflet des miennes propres.
- Non... non...
Sans un regard en arrière, je quitte les lieux et laisse Chisei se morfondre avec son tas de feuilles qu'elle serait convulsivement contre elle.
°°0°0°°
Masao et Fuyuki attendaient le coup de téléphone que devait leur passer Nanashi pour les avertir de son arrivée à l'aéroport. Finalement, il avait été absent une quinzaine de jours et Fuyuki reprenait l'école trois jours plus tard. Nanashi les avait prévenu qu'il ne serait pas souvent présent. Il avait été contacté pour jouer dans un film et le réalisateur voulait le voir pour passer un essais et discuter du rôle. Le mannequin avait refusé de dévoiler la teneur du rôle qu'il interpréterait.
En attendant donc le jeune homme, Masao et Fuyuki faisaient des crêpes pour le goûter. Perdu dans leur préparation et surtout le fait que Fuyuki ait balancé une grosse poignée de farine à la figure du jeune homme qui se retrouvait maintenant poudré de blanc, il déclara catastrophé un sourire légèrement en coin :
- Regarde ce que tu m'as fait...
- Que tu es beau... C'est dingue comme tes yeux ressortent maintenant !
- J'en ai partout... marmonna Masao qui s'abstint de se secouer pour éviter d'en étaler davantage. Attend, je reviens... j'en ai pour quelques minutes !
- D'accord...
Fuyuki riait de bon cœur de voir la tête dépitée de son ami. Une fois qu'il eut quitté les lieux, la porte s'ouvrit à nouveau à peine quelques minutes plus tard et la petite blonde se tourna pour gronder le jeune homme, mais rencontra les yeux argent de son père.
- Papa !
Fuyuki bondit vers son père dans un cri de joie. Ce dernier s'était penché pour l'accueillir dans ses bras.
- Papa... tu ne devais pas nous téléphoner ?
- Oui... mais mon programme n'a pas arrêté d'être chambouler et j'ai préféré rentrer directement à la maison. Masao n'est pas là ?
- Si... je l'ai enfariné, il est partie se changer. Il était trop drôle, on aurait dit un bonhomme de neige.
Les yeux de Nanashi traînèrent sur le sol pour s'apercevoir que ce dernier avait reçu lui aussi son lot de farine au cours de la bataille.
- C'est toi qui a fait cela ?
- Oui...
- Bien alors, tu vas ramasser tes bêtises...
- Mais...
- Pas de mais ! Tu vas ramasser tes bêtises...
La porte s'ouvrit et Nanashi tourna la tête et rencontra les yeux verts qui le regardaient stupéfait. Masao s'était arrêté à la porte tétanisé de rencontrer à nouveau son patron plus rapidement que prévu.
- Vous... vous êtes rentré ?
- Il faut croire...
Les yeux de Masao étaient attirés par le manège de Fuyuki. Le jeune homme fronça les sourcils et Nanashi répondit à sa question silencieuse.
- Je viens de punir Fuyuki. Elle ramasse ce qu'elle a semé !
- Oh... J'allais le faire...
- Pas question !
Masao tremblait intérieurement, il avait relevé la tête et il était hypnotisé par le mannequin qui se tenait maintenant devant lui, un léger sourire aux lèvres. Ils restèrent quelques secondes sans rien dire, seulement à se dévorer du regard intensément, essayant de deviner les pensées de l'autre. Si Fuyuki n'avait pas été présente, ils savaient qu'ils seraient jetés l'un sur l'autre. La voix fluette de la fillette se fit entendre :
- Papa... j'ai finis ! Dit... tu me racontes ton voyage. Tu as quelque chose pour moi dans tes bagages ?
Nanashi se pencha et attrapa sa fille et déclara tout sourire :
- En route, jeune fille... j'ai de quoi te contenter dans mes valises...
- Chouette !
Le couple disparu laissant Masao seul et terriblement mal à l'aise. Il savait que Nanashi devait s'occuper de Fuyuki. Finit le plan crêpes. Masao sortit alors les légumes pour préparer un repas typiquement japonais. Il coupait les légumes finement pourtant au fond de lui subsistait un sentiment de déception... non pas cela. C'était comme une blessure dont il n'arrivait pas à déterminer la cause, ou à calmer l'intensité. Il était jaloux de la fille de l'homme qu'il aimait. Il se maudit pour cela. Il adorait Fuyuki alors pourquoi ? Serait-il plus terrible qu'un enfant ?
Les heures passèrent et Nanashi s'occupa de sa fille, ignorant Masao. Tandis que Fuyuki adressait à Masao des regards triomphants, ce qui égratignait un peu plus le jeune homme. Pourtant, il resta parfaitement impassible ou plutôt continuait à sourire sans faiblir. La petite voulue que son père la borde et Masao s'occupa de la vaisselle en l'expédiant dans le lave-vaisselle.
Ses mains tremblaient légèrement, mais il en fit abstraction et lorsqu'il regagna sa chambre, se fut dans un état confus. Le jeune homme se déshabilla et se dirigea vers la douche. Il avait besoin de détendre ses muscles et de savoir maintenant Nanashi si proche... le troublait au plus au point, tout comme son comportement.
Lorsqu'il regagna sa chambre, Masao ne portait qu'une serviette blanche autour de la taille. De fine gouttelettes glissaient doucement sur quelques mèches et ces dernières venaient s'écraser sensuellement sur la peau bronzée et au toucher velouté. Un coup sec à sa porte le figea. Une colère sourde monta en lui, en même temps qu'un profond bouleversement. D'un pas déterminé le jeune homme ouvrit la porte de son appartement et se trouva nez à nez avec Nanashi qui allait parler, mais qui resta la bouche ouverte sans pouvoir prononcer une seule parole.
- Quelque chose ne va pas ?
Le mannequin se reprit et il murmura d'une voix rauque :
- Rien ne va plus...
Et avant que Masao puisse réagir, Nanashi le pris dans ses bras et enfoui son visage au creux de sa nuque. Il huma la peau chaude et sentant bon le savon. Les yeux du plus jeune s'arrondirent et il posa ses mains sur les avant-bras comme pour se dégager mais, Nanashi voyant son geste eut peur que ce dernier ne s'échappe. Et il plaqua Masao contre lui, leurs fronts se touchant, le regard trouble Nanashi murmura :
- Ne me fuis pas...
- C'est toi qui me fuis...
- Non... je voulais calmer Fuyuki... Je brûlais de te prendre dans mes bras...
Nanashi ne put terminer. Masao avait empoigné la nuque du mannequin et s'empara de ses lèvres. Il fit quelques pas en arrière et ferma avec son pied et tant bien que mal le battant réfractaire. Le jeune homme n'en revenait pas de son audace, mais la passion avait pris le dessus sur sa raison qu'il mit soigneusement dans un coin de sa tête. Il avait attendu que cela, le prendre également contre lui, sentir son odeur, sa chaleur, la douceur de sa peau contre la sienne. Ses mains trouvaient d'elles-mêmes le chemin qui menait sous le polo du mannequin et palpa les muscles qui roulaient sous ses doigts.
Masao se laissa submerger, engloutir par les délicieuses sensations que lui procurait cette recherche aveugle, cette dégustation par l'extrémité de ses phalanges tel des instruments créer uniquement pour assouvir la découverte de l'autre.
Leurs langues se séparèrent et les deux hommes s'observèrent un instant, le visage à peine distant de quelques centimètres troublés et enflammés par les prémices de ce prélude qui offraient des perspectives beaucoup plus attrayantes. Masao passa son pouce avec douceur sur les lèvres pleines de son amant qui l'avala en émettant un léger bruit de sussions qui éveillèrent un peu plus son désir.
Le regard planter dans celui de l'autre, chacun savait ce que désirait l'autre... Ils ne pouvaient plus faire marche arrière et aucune parole n'était nécessaire pour qu'ils se comprennent. Nanashi relâcha le pouce pour s'emparer à nouveau des lèvres de Masao bien décidé à ne pas le lâcher de la nuit...
Ils étaient serrés l'un contre l'autre, brûlant d'une même passion. Lorsque le baiser cassa à nouveau Masao souffla
- Tu es sur ?
Seul le sourire de Nanashi lui répondit et le jeune homme poussa lentement son amant dans sa chambre. Ils étaient toujours enlacés et leurs lèvres se quittaient à peine. Masao fit basculer Nanashi dans son lit. Il le surplombait, le souffle court. Ne réalisant pas très bien ce qu'il faisait, seul une réalité l'obsédait... Nanashi allait être sien. Masao vit l'espace d'un instant une lueur inquiète dans le regard de son amant, qui fut confirmé quelques secondes plus tard par le ton légèrement rauque du mannequin
- Soit doux avec moi...
Masao ne sourit pas à la cette réflexion. Son cœur vibrait en plus de battre la chamade. Le jeune homme attrapa la main de Nanashi et embrassa délicatement la peau fragile de l'intérieur du poignet. Le jeune homme n'avait pas envie de lui faire mal... uniquement de l'aimer même si... Nanashi devrait quand même passer par une certaine douleur.
Masao voulait tout oublié et il permit à leurs lèvres de s'effleurer un court instant. Les yeux toujours plongés dans le regard de l'autre.
Nanashi leva une main pour caresser la joue du jeune homme, comme pour s'assurer qu'il ne rêvait pas une nouvelle fois. Masao plongea dans la nuque du mannequin et frotta son nez contre la peau opaline. Les arômes de bois de santals exaltèrent les sens du jeune homme qui croqua délicatement dans la chair pour laisser une trace de son passage.
Il sentait avec acuité les mains de Nanashi qui caressaient sa peau nue. Leurs passages sur sa chair lui donnait le frisson. Un mélange de chaleur au moment du contact et de froideur lorsqu'elles glissaient à la découverte du territoire qu'elles parcouraient.
Une excitation brûlante s'était emparée d'eux. Plus violente que dans n'importe lequel de leurs fantasmes. Masao déboutonna la chemise du mannequin et sa langue rugueuse explora la peau fine qu'elle découvrait.
Le jeune homme grignota et lécha avec passion le mamelon qui se tendait sous les caresses. Masao sentait sous lui le corps de Nanashi se tendre et les gémissements faibles qu'il entendait, l'encourageait à persévérer vers la conquête de ce corps trop désirable.
Masao savoura chaque centimètre de peau qu'il découvrait. Sa bouche descendait inexorablement le long des abdominaux de Nanashi. Ses mains défaisant chaque bout de tissus qui le gênaient dans sa découverte. Lorsqu'il défit le ceinturon de Nanashi ce dernier se crispa et Masao redressa la tête pour observer son amant.
Les yeux argents exprimaient la confusion et Masao souffla
- Veux-tu arrêter ?
- Non !
Mais quelque chose dans le regard attisa la curiosité du jeune homme.
- Nanashi... nous ne sommes pas obligé d'aller aussi vite... Mais dit-le moi maintenant ! Je ne suis pas sur de pouvoir faire machine arrière...
La voix rauque du métis et le feu qui couvait dans le regard émeraude indiquait déjà clairement qu'il serait déjà difficile pour lui de reculer. Nanashi était pris soudain d'hésitation. Est-il vraiment prêt ? Son corps réclamait, hurlait son envie de poursuivre cette folle exploration. Mon son appréhension reprenait le dessus. C'était lui d'habitude qui prenait les choses en main et pas l'inverse.
Masao se redressa et se suspendit au-dessus du visage de Nanashi. Les lèvres du jeune homme caressèrent brièvement celles de son amant. Le mannequin ressentit la tension qui régnait dans le regard de Masao et lorsque ce dernier voulu se reculer pour quitter son lit, Nanashi attrapa Masao par les épaules
- Masao... laisse-moi découvrir ton corps d'abord... Je suis sûr que... j'aurai moins peur... Laisse-moi te caresser...
Le jeune homme était surpris, il se figea d'autant plus que les mains de Nanashi courraient sur sa peau et que la bouche du mannequin explorait les muscles de son dos. Masao eut un hoquet de surprise lorsque les doigts de Nanashi jouèrent avec la pointe de ses tétons. Le jeune homme ferma les yeux et se sentait confus. Est-ce que Nanashi allait l'exciter pour mieux l'abandonner ensuite ? Allait-il le laisser frustrer dans sa chambre et fuir au moment le plus crucial ?
Masao aurait préféré qu'il s'arrête pour remettre tout ceci à plus tard... beaucoup plus tard. Il se laissait toutefois faire lorsque Nanashi le cloua sur le lit et que sa bouche prenait le relais de ses mains. Masao plongea ses doigts dans les longues mèches soyeuses et les sera plus fortement lorsque la main de son amant glissa sur son sexe pour l'empoigner avec force. Son cœur battait lourdement. Un halètement s'échappa de ses lèvres alors que la langue rugueuse de Nanashi dévalait son ventre pour se diriger vers sa verge que le mannequin caressait déjà dans un lent va et vient. Masao cria presque son plaisir lorsque la bouche recouvrit son sexe, son regard se baissa pour rencontrer l'argent de ceux de Nanashi. L'ardeur qui y brûlait le toucha en plein cœur.
Jamais Masao n'avait ressentit un tel bouleversement. Il était aimé de la personne qu'il vénérait et désirait le plus au monde. Il n'y avait pas que son corps qui tremblait, mais aussi son âme.
Nanashi était hypnotisé par les réactions du corps qu'il caressait. Son cœur s'était définitivement emballé lorsqu'il avait commencé à goûter au velouté de la peau de Masao. Les effluves de son corps où se mélangeait l'odeur de savon et de thé vert l'enivrait plus que n'importe quel alcool fort.
Il était encouragé par les gémissements de l'homme dont il était tombé amoureux. Il avait hésité, avait pris peur parce qu'il ne s'était jamais sentit aussi vulnérable et c'était déroutant. Nanashi avait voulu prendre les choses en main pour se donner plus d'assurance et c'était d'autant plus grisant.
Masao sentait le sang afflué dans ses veines, une chaleur se répandre dans le creux de ses reins et il se redressa. Nanashi se redressa et son cœur s'arrêta. L'expression même de Masao l'hypnotisait. Le jeune homme parfois timide ou réservé avait fait place à un prédateur. Les pupilles dilatées ou couvait une passion brûlante et la bouche entrouverte de Masao, ses cheveux de jais ébouriffés lui donnaient un air conquérant.
- Nanashi... Fut la seule chose que Masao fut capable de prononcer.
Nanashi se sentait fondre sous les doigts qui tout en le caressant se défaisaient des vêtements qui entravaient encore son corps. Même si le jeune homme était plus petit que lui, le mannequin se sentait complètement dominé par son partenaire. Son regard ne pouvait se détacher du sien et lorsqu'il sentit les doigts de Masao s'emparer de son sexe pour le plaquer contre le sien, il haleta. Cette caresse audacieuse l'excita et le destabilisa.
Nanashi enlaça les épaules de son amant, un peu comme un noyé à une bouée et lorsque les dents de Masao croquèrent délicatement sa lèvre inférieure, il était totalement sous l'emprise de ses sens et de la personnalité du jeune homme. Nanashi tremblait, avait trop chaud et se plaqua contre le corps de son amant. Il en voulait plus... Il ne savait pas comment... mais il comptait sur Masao pour lui faire découvrir.
Nanashi se sentit pousser gentiment sur les draps défaits. Le regard toujours plongé dans ceux émeraude de son compagnon. Son regard s'arrondit sous la surprise, lorsque les doigts fin du jeune homme caressèrent ses fesses avec sensualité.
- Ne crains rien... Nanashi... je vais faire en sorte que tu te sentes très bien et que tu es le moins mal possible...
Une lueur d'inquiétude passa dans les yeux argents. D'autant plus que son amant disparu de son champ de vision pour se retrouver entre ses fesses écartées. Nanashi eu un geste de pudeur écarter fermement par Masao. Son cœur allait soudain éclaté lorsqu'il se rendit compte que la langue de son compagnon explorait une partie de son anatomie plus qu'intimement. Le mannequin voulu se défaire de l'étreinte, mais deux mains le plaquèrent fermement au matelas.
Un vertige assaillit Nanashi. Il avait chaud, froid... son corps tremblait, il n'était plus maître de lui-même. Ses sens affolés par la découverte d'une caresse osée et pourtant délicieusement savoureuse par l'interdit qu'elle représentait pour lui. La langue fut remplacée par des doigts libertins qui s'enfouirent inexorablement au plus profond de lui-même. Tâtant, fouillant en lui jusqu'à ce qu'il pousse un cri de plaisir.
Ce fut un moment de conscience fabuleux à la découverte d'un plaisir inconnu. Nanashi dégustait jusqu'à l'ivresse cette sensation qui le parcourait. L'instant fut plus intense encore lorsque Masao caressa la verge de son amant alors qu'il pensait avoir atteint le sommet de sa jouissance. Nanashi se cambra et ses mains empoignèrent fiévreusement les draps.
Masao observait avec attention chaque réaction de son amant. Son cœur battait lourdement et une satisfaction intense le saisissait de contempler cet homme pris par le feu de ses émotions. Le jeune homme savait jusqu'où il voulait emporter Nanashi. L'éclat de ses yeux verts se modifia pour laisser place à une réelle tendresse.
Masao se redressa et ses mains parcouraient amoureusement les flancs de son homme. Nanashi était haletant et la rougeur qui marbrait légèrement son visage firent craquer quelque chose en Masao. Lorsque les mains du mannequin enserrèrent délicatement son visage et qu'il se redressa pour l'embrasser, le jeune homme ferma les yeux pour mieux goûter la langue qui le cherchait.
Masao haleta lorsque le bassin de Nanashi se plaqua contre le sien durant le baiser. Ses yeux s'ouvrirent de surprise. Le mannequin cassa le baiser et souffla d'une voix suppliante
- Aime-moi...
Nanashi était à bout, n'en pouvant plus d'attendre une étreinte qui se faisait désirer. Il voulait Masao maintenant ! Qu'importe ce qui arrivait son corps réclamait sauvagement celui de son amant. Ses doigts s'enfonçaient sans pitié dans les biceps du jeune homme qui glissait son corps entre ses jambes. Lorsque Nanashi perçu la chair brûlante chercher à tâtons le passage entre ses cuisses, il se mordit la lèvre. Et lorsque la verge brûlante le transperça, il hurla entre plaisir et douleur mélangés.
Masao prenait moult précaution, mais le corps chauffé à blanc de Nanashi réagissait malgré lui. Son amant lui caressait le visage du bout de ses doigts, mais le mannequin haleta
- Masao... bouge !
- Nanashi... si je vais trop vite, tu vas le regretter demain...
- Je m'en moque... bouge !
Masao bougea lentement. Abordant le corps pâle avec tendresse dans un va et vient paresseux. Comme une vague qui s'échoue sur la plage pour se reculer et mieux revenir encore et encore. Le rythme s'accélérant comme si de la brise marine, une rafale soulevait la mer pour ensuite se succéder à une houle plus puissante encore.
Les regards accrochés l'un à l'autre, soudés par l'incandescence de leurs corps joints et ne faisant plus qu'un. Par leurs sentiments à l'unisson, débarrasser de tous les obstacles qui les empêchaient de s'exprimer jusqu'à ce moment-là... Unit par la même fièvre et le même élan.
Les deux hommes échouèrent sur le même rivage de la félicité, enlacés, les regards toujours mélangés, unis sans réaliser réellement ce qu'ils venaient de vivre. Leurs doigts enlacés au cours de leurs jouissances ne se désunirent pas. Nanashi appréciait le poids d'un corps plus lourd contre lui. Il sentait contre son cœur, celui de Masao qui battait aussi vite que le sien.
Masao glissa et s'allongea sur le dos fixant le plafond essayant de reprendre son souffle toujours aussi saccadé. Nanashi se redressa lentement, ses longs cheveux épars autour de sa silhouette longiligne et finement musclée. Le mannequin jeta un coup d'œil à son amant qui le scrutait interrogateur.
- Je retourne dans ma chambre...
- Pour Fuyuki ?
- Oui...
Un silence s'installa entre Masao et Nanashi. Aucun des deux ne savaient comment aborder l'autre maintenant. Masao se redressa et entoura les épaules de Nanashi soudainement.
- Comptes-tu lui dire pour nous ?
Nanashi ne savait plus vraiment ce qu'il devait faire à présent. Ce qu'il venait de vivre était trop intense, trop inattendu... Après quelques secondes de réflexions le mannequin rétorqua gravement
- Pas pour l'instant... laisse-moi d'abord m'habituer à cette... situation avec toi. Je voudrais aborder les choses avec Fuyuki calmement. Je voudrais qu'elle t'accepte comme quelqu'un d'important pour moi.
Les doigts de Nanashi parcouraient la joue un peu rêche de son amant. Il se pencha en avant et brossa ses lèvres légèrement sur celle de Masao.
- Fais-moi confiance Masao...
Masao ne s'attendait pas à une annonce triomphale de Nanashi le lendemain matin à sa fille. Mais quelque part, ça lui faisait mal. Les sentiments qu'il ressentait pour Nanashi était loin d'être les mêmes, d'il y a à peine quelques semaines encore, lorsqu'il l'admirait uniquement sur papier glacé.
Ses yeux suivaient maintenant les gestes de Nanashi. Son amant se rhabillait en silence. Masao avait froid brutalement. Ce n'était pas comme cela qu'il avait envisagé les choses entre eux. Nanashi fit le tour du lit une fois vêtu et se pencha pour embrasser Masao qui ne répondit pas à la brève caresse.
- Nous rediscuterons de cela demain...
Masao pressentit confusément que rien n'était gagné et que cette conversation entre ne serait peut-être pas à son goût finalement. Son coeur eut un raté lorsque la porte de son appartement émit un bruit sec. Le jeune homme se demanda soudain, s'il allait pouvoir dormir cette nuit... Masao se redressa et gagna une nouvelle fois sa douche, il avait besoin de se réchauffer brutalement.