
Bêta lectrice : TiteNana
°°0°0°°
Masao se réveilla le lendemain matin, un corps chaud contre lui, lui faisant comprendre qu'il n'était plus seul à présent. Il ouvrit un œil avec prudence de peur de rêver et trouva Nanashi tourné vers la fenêtre. Masao se redressa lentement, avec précaution pour ne pas réveiller l'homme profondément endormi à côté de lui. Nanashi avait le visage enfoui dans l'un de ses bras, l'autre enroulé contre son buste. Il dormait en chien de fusil. Ses cheveux de jais tombaient en partie sur son visage, mais l'expression était détendue pour le peu que Nanashi pu voir.
Le jeune homme releva la tête et observa la lueur du petit jour qui filtrait entre les volets. Il ne les fermait jamais complètement... Masao détestait les endroits trop sombres. Cela le ramenait des années en arrière dans les profondeurs de son enfance qui n'avait pas été aussi joyeuse que cela. De toute façon, il n'allait pas se plaindre. D'autres traversaient bien pire que ce que lui avait traversé... Il n'avait pas été battu...
Masao se releva et sans un bruit attrapa ses vêtements. Il se prit un douche rapide et quitta sa chambre une petite demi-heure plus tard. L'employé traversa la maison et gagna la cuisine. Son cœur cognait très fortement dans sa poitrine. Pour un peu, il sautillerait de joie. Plus les minutes passaient et plus, il réalisait que son rêve était devenu réalité. Nanashi était entré dans sa vie... et ils étaient amants !
Après quelques minutes durant lesquelles sa tête lui tournait, Masao respira à plusieurs reprisent et se promit qu'il ferait tout pour que leur relation dure le plus longtemps possible. Sûr de ses résolutions, le jeune homme commença à préparer le petit déjeuner. Masao observa la pendule et entreprit de réveiller Fujuki. Cette dernière lui sauta au cou à peine les yeux ouverts.
- Masao !
- Hé doucement princesse...
- Tu sais la nouvelle ?
- Pour ton papa ?
Fuyuki qui l'observait derrière ses cheveux ébouriffées s'écria
- Oui ! Je te permets à toi et papa de vous... enfin que vous soyez ensemble !
- Merci... répondit humblement Masao
- Papa m'a dit que tu n'aimais pas les femmes ? On n'aurait pas pu se marier ?
- Je suis désolée Fuyuki... Seuls, les hommes attirent mon attention. Cela n'empêche pas que je t'aime très fort aussi... mais, pas comme une éventuelle petite amie...
La petite fille le regardait intensément. Elle s'assit et prit son menton entre son pouce et son index en fronçant les sourcils. La réflexion et le débat qu'elle semblait mener avec elle-même prit fin quelques minutes plus tard et durant lesquelles Masao crut défaillir
- Ok... Mais, alors je veux qu'on soit amis pour la vie !
- Amis pour la vie...
- Promet !
- Je te promets...
- Non pas comme ça ! Tien, tu mets ton petit doigt et tu crochètes avec le mien...
La petite blonde glissa son auriculaire dans le sien et le secoua solennellement
- Maintenant, nous serons toujours amis... Même si toi et papa vous vous séparez un jour... on sera ami !
- Séparez ?
Masao avait reçut ses mots en plein cœur et avait un peu de mal à encaisser ce mot-là... d'ailleurs, il n'avait pas entendu le reste de la phrase.
- Oui... au cas où... mais, t'inquiète pas ! J'ai fait promettre à papa de tout faire pour te garder et si il tient pas sa promesse, je lui ai dit que je lui pardonnerai pas !
- Oh...
L'employé eut un bref sourire. Sans un mot, il se redressa et ébouriffa tendrement les cheveux blonds et menaça à présent
- Il est l'heure d'aller te préparer où nous allons arriver en retard à l'école...
- Hier, tu sais, on a fait sensation à l'école. Papa a la côte auprès des mamans de mes copines...
Son air devint plus sombre
- Même si elles me disent que je ne suis qu'une étrangère.
- Oh... Tes petites copines te font des réflexions ?
- Oui... Mais, je m'en fou...
- Réellement ? Interrogea doucement Masao.
La petite leva la tête vivement et adressa un magnifique sourire à son nouveau « papa »
- Ouaih... j'ai un deuxième papa et en plus, il est super cool et super beau... T'es même plus beau que mon père...
Masao éclata de rire et posa un doigt sur ses lèvres
- Ne dit rien à ton père...
- Chhhuuuuttttt ! c'est un secret...
- Encore un !
- Encore un ?
Fuyuki adressa un clin d'œil à Masao et repris en chuchotant
- Papa m'a demandé de ne dire à personne que vous êtes ensemble...
- Ah....
Masao eut un petit sourire et laissa courir devant Fuyuki qui était décidément très en forme ce matin là. Lui, il venait de prendre un coup au cœur. C'est vrai que Nanashi ne pouvait pas hurler face au monde qu'ils entretenaient une liaison. Quel imbécile... cela n'aurait pas dû le surprendre et encore moins, le blesser.
Mais, cela le perturbait... peut-être parce que ses sentiments étaient trop forts. Pourtant, aucune de ses relations n'avaient été étalée au grand jour jusqu'à présent... Il se maudit pour sa bêtise.
Le petit déjeuner fila à toute allure et Masao débarrassait la table lorsque Nanashi le rejoignit. Masao se retourna pour rencontrer le regard d'argent. Tout cessa d'exister autour de lui. Son trouble dû passer sur ses traits car l'expression neutre jusqu'à présent de Nanashi se transforma. Un sourire éclot sur ses lèvres et la lueur qui s'alluma dans le regard du mannequin, donna une teinte plus claire à ses prunelles.
Dans un même mouvement ils se rejoignirent au milieu de la cuisine. C'était troublant d'être plus petit que Nanashi... mais, en même temps cela ne l'empêchait pas de lui exprimer toute la passion qu'il ressentait pour lui. Un de ses bras s'enroula autour de sa taille, alors que l'autre caressait le haut de son dos tendrement, ses doigts rencontrant les mèches soyeuses éparses.
La porte s'ouvrit brutalement et Masao voulu se reculer ne sachant comment se comporter devant Fuyuki mais l'étreinte des bras autour de ses épaules se resserra contrecarrant son mouvement de retrait.
- Oh... S'exclama la petite fille ouvrant de grands yeux.
- Cela te dérange si j'embrasse Masao ?
- Non... non... Il est trop mignon quand il rougit.
Nanashi se retourna d'un bloc, et vit que sa fille avait parfaitement raison. Masao était craquant avec ses joues colorées.
- Tu as tout à fait raison... Souffla Nanashi avec un sourire.
Masao repoussa le mannequin et répliqua en grognant
- Moquez-vous de moi... Marmonna le jeune homme.
- Allez Masao... On te taquine. S'écria Fuyuki qui avait laissé sa surprise derrière elle.
- C'est ça et bien en attendant va chercher ton sac, nous partons à l'école !
- Il est devant la porte !
- Nous partons alors...
- Hai... tu peux faire un petit bisou à papa... moi, j't'attends à la porte.
La petite s'éclipsa en faisant de grands clins d'œils et Masao lui adressa un regard faussement menaçant. Deux bras encerclèrent sa nuque et un souffle chaud caressa son oreille. La voix de Nanashi s'était faite terriblement sensuelle
- Ne soit pas aussi tendu devant Fuyuki. Tu pensais que devant elle, nous nous comporterions comme deux étrangers ?
Nanashi avait tourné Masao vers lui et encercla son visage entre ses mains. L'air grave et pourtant si chaleureux réchauffait le cœur de Masao qui le matin même avait encaissé difficilement l'évocation d'une séparation entre lui et Nanashi.
- Il est hors de question pour moi que chez nous, nous nous comportions autrement que comme un couple. Je te demande de comprendre qu'avec mon métier, je ne peux pas m'afficher avec toi en tant que petit ami... mais, ici... c'est différent... Et Fuyuki doit comprendre et accepter que je puisse t'embrasser... Et comme j'ai sa permission...
Masao voulu protester car il venait de voir la pendule derrière Nanashi mais, ce dernier ne se laissa pas influencer par la panique qui s'était affichée sur les traits de son amant, qui oublia d'ailleurs quelques secondes plus tard tout ce qui n'était pas les lèvres de Nanashi.
Pourtant, à peine l'étreinte se relâcha que Masao se retrouva devant la porte d'entrée ou Fuyuki lui déclara moqueuse
- C'était un petit bisou... t'as même pas été long !
- On est en retard !
Masao n'en revenait toujours pas de la vitesse de compréhension de la petite. Sur le chemin de l'école pourtant, elle discuta de tout sauf de sa relation avec son père. Arrivée à destination, le jeune homme quitta l'établissement rassuré. Fuyuki n'était absolument pas traumatisée.
Le jeune homme fit un détour pour acheter tout ce dont il avait besoin pour le midi et le soir même. Il rentra une heure plus tard, après avoir salué au passage tous les commerçants qu'il connaissait bien. Masao entra en silence dans l'appartement qui lui semblait vide à présent. Nanashi était partit ?
Le jeune homme rangea ses courses et fit un tour rapide dans l'appartement. Il trouva son amant plongé dans un texte.
- Tu as besoin de quelque chose ?
Nanashi sursauta et observa Masao comme s'il venait d'une autre planète.
- Non... non, je te remercie...
- C'est indiscret... si je te demande ce que tu fais ?
- Non... pas du tout... Entre !
Masao entra dans la pièce et Nanashi contourna son bureau et s'installa sur le coin de son bureau et faisant face à son nouveau compagnon. Ce dernier était passablement impressionné malgré lui. Quelque fois, Masao ressentait cruellement la différence d'âge entre eux. La maturité dont faisait preuve souvent Nanashi quand il savait ce qu'il faisait, le rendait gauche à côté.
- J'apprends mon texte...
- Ton texte ?
Nanashi grimaça et enroula ses mains autour de la taille de Masao et posa sa tête sur les pectoraux de son amant.
- Je pense à ma reconversion... Il me reste environ deux ou trois ans... avant, d'être envoyé au placard comme mannequin.
Relevant la tête pour observer le visage de Masao, Nanashi continua
- Lee Toda m'a offert un rôle dans son prochain film... et je ne pouvais pas dire non... Enfin, tu vois... contrairement à toi, je ne sais rien faire de mes dix doigts....
- Je n'ai pas de méti...
- Tu sais t'occuper d'une maison, des enfants... c'est un métier à part entière que tu exerces. Tu ne l'aurais pas obtenu, si tu ne savais pas t'acquitter de ton travail. Ne te dévalorise pas ! Moi, je ne suis pas allé à l'université ou quoique se soit. J'ai pris des cours uniquement d'anglais et je le parle couramment pour le reste... Je sais juste poser pour les magasines ou défiler pour un couturier...
- Tout le monde ne peut pas le faire Nanashi... Si j'ai refusé... c'est que... je savais que je ne pourrai pas y parvenir.
Nanashi eut un petit sourire et caressa la joue de Masao tendrement
- Peut-être... peut-être pas... enfin voilà, j'ai eu mon premier rôle et c'est le rôle principal... et je suis mort de trouille.
Masao observa longuement son amant et encercla ses épaules, comme pour le rassurer. Il posa son front contre le sien et déclara avec un sourire
- Je suis sûr que tu y parviendras... Tu as réussit dans la mode pourquoi tu n'arriverais pas en tant qu'acteur ?
- Ce n'est pas le même métier...
Leurs yeux ne cillaient pas et Masao sourit un peu plus.
- Tu as acquis de l'expérience et tu as un charisme que beaucoup de ces « acteurs » t'envient. En plus, tu es très professionnel. Je t'imagine mal te présenter sans connaitre ton texte...
- Oui et là... je saurai de quoi je parle... Souffla Nanashi dont le regard devenait brûlant brutalement.
- Pourquoi ? Interrogea plus sérieusement Masao.
- Parce que mon rôle est celui d'un hétéro qui tombe amoureux d'un homo... Mais, leur histoire ne se termine pas très bien...
- Pourquoi ?
Le cœur de Masao battait à tout rompre.
- Parce que dans ce rôle, j'attrape le sida à cause de mon « petit ami » et je perds tout...
Masao était devenu blême. Son expression se modifia et Nanashi l'interrogea soucieux
- Quelque chose ne va pas ?
- Je n'ai pas le sida...
Nanashi le regardait stupéfait à présent.
- Masao... je ne te parlais pas de toi ou...
- Je suis désolé... Je... je me sens comme un abruti... C'est juste que ce matin Fuyuki me parlait de rupture et depuis...
- Rupture ?
- Elle m'a fait promettre que si nous rompions un jour, que je resterai son ami pour la vie !
- Oh...
Se penchant en avant, Nanashi embrassa sensuellement Masao pour murmurer contre ses lèvres alors que sa langue caressait le contour de sa bouche.
- Il est hors de question que nous rompions... Je ne t'en laisserai pas l'occasion. Et moi non plus, je n'ai pas le sida... et pour terminer... ne compare pas, notre relation avec mon scénario !
Masao enroula un bras autour du cou de Nanashi et colla son corps contre le sien. La tension monta implaquablement dans la pièce. Masao était de plus en plus troublé par Nanashi, il n'y pouvait rien... et lorsqu'il rencontra le regard de ce dernier, il comprit qu'il n'était pas le seul à être profondément ému par ce qui se passait entre eux.
- Je vais te laisser travailler... j'ai moi-même un travail....
- C'est moi ton patron !
- Peut-être... mais toi aussi tu as des obligations... au fait, tu commences quand le tournage ?
- Dans deux mois...
- Oh...
- Mais, j'ai déjà une interview de prévue avec des journalistes... avec Tora-san et l'autre acteur avec qui je vais tenir l'affiche.
- Ah... et qui c'est ?
- Yuya Itami...
Les yeux de Masao s'agrandirent de surprise. L'autre homme de son cœur... enfin, sur papier glacé. Un fantasme ambulant pour toutes les femmes, les gays... ou les hétéros en mal de sensations. Acteur reconnu et beauté... renversante et un acteur de renommée internationale. Enfin, Masao songea qu'avec un réalisateur tel que Tora-san, il ne pouvait pas y avoir un casting de seconde zone. Itami était considéré comme le meilleur acteur du moment au Japon.
Son cœur se mit à battre un peu plus rapidement et un malaise s'empara de lui. Nanashi remarqua immédiatement la réaction de Masao et demanda
- Tu es amoureux de lui ?
- Pardon ?
- Tu l'aimes ?
- Je l'aime en tant qu'acteur et... et... je l'aimais d'une certaine manière mais...
- Tu vas me quitter pour lui ?
Nanashi le regardait sombrement. Masao ouvrit la mâchoire de stupéfaction. C'était son texte ! Se reprenant rapidement en voyant un voile dans le regard lever vers lui, Masao s'expliqua très clairement sur le sujet
- Je l'aime comme on est fan d'un artiste... enfin, je recommence. J'avais tous tes posters, je te vénérais de loin mais, je suis tombé amoureux de toi, de ta véritable personnalité... cela n'a rien à voir... entre l'amour que je te portais de loin pour ce que tu représentais et maintenant... tu es trop important pour moi. Nanashi, c'est moi qui aie peur... Yuya Itami...
- Je m'en fou !
- Pardon ?
- Tu es le seul homme que j'aime... je suis hétéro ou bi... puisque je suis avec toi. Mais, aucun homme ne m'attire à part toi !
Nanashi se redressa pour bien regarder en face le jeune homme.
- Ne doute jamais de cela ! C'est uniquement « toi »... homme ou femme, personne ne prendra ta place !
Masao sentit sa gorge se nouer mais n'eut pas le loisir de répondre. Le portable du mannequin sonna et il répondit brièvement
- Hai ?
Masao soupira et quitta la pièce. Nanashi semblait plongé dans une conversation très sérieuse. Le jeune homme attrapa l'aspirateur et entreprit de commencer le ménage. Nanashi sortit une demi-heure plus tard et lui vola un baiser au passage
- Je dois partir, je rentre ce soir... je mangerai avec vous... je suis désolé et je t'aime !
- Nanashi...
Mais, il s'était déjà envolé. Le mannequin avait parlé en marchant en reculons pour s'évanouir aussi rapidement qu'il était arrivé. Un sourire se forma sur les lèvres de Masao et il termina le ménage dans la chambre de Fuyuki pour finalement, quitter l'appartement une heure plus tard. Il avait besoin de voir du monde...
°°0°0°°
Nanashi entra dans la demeure de Tora-san. Il suivit le domestique qui l'emmena devant le propriétaire de l'immense demeure. Le réalisateur-producteur se tenait dans son immense salon en compagnie Yuya Itami. Ce dernier se leva et adressa un sourire séducteur à Nanashi qui le laissa de marbre. Quelque chose chez l'acteur l'avait toujours mis mal à l'aise. En tout cas, il ne se sentait pas intimidé.
- Rei-san... comme je suis heureux de vous revoir ! J'ai demandé à votre attaché de presse de vous joindre pour vous permettre de rencontrer enfin Itami-san... Il vient de finir son tournage à Hong Kong...
- Excellent tournage, comme je te le disais Lee...
- Tu m'en reparleras tout à l'heure...
Itami parut froisser. Il ne s'attendait pas à ce que le réalisateur lui parle de cette manière. C'était lui l'acteur... l'autre n'était juste... qu'un type baisable ! Sa beauté froide lui donnait envie de la détruire par des châtiments corporels. Mais, avant d'en arriver là. Ce type semblait aussi inaccessible qu'une statue. Il avait beau être métis, ses traits étaient ceux d'un pur japonais. Seuls ses yeux argent étaient déconcertants.
- Je suis heureux de te rencontrer Itami-san...
Ce dernier songea qu'il entendait un beau mensonge. Généralement, tous ceux qui le croisaient s'extasiaient ou montrait une admiration sans borne... mais ce mannequin de petite envergure le regardait de haut... il faut dire qu'il était aussi plus grand que lui de quelques centimètres.
Nanashi attrapa la carte de visite d'Itami et lui tendit la sienne. C'était net, il ne l'aimait pas ! Pourquoi Masao avait eu le moindre doute ? Lee proposa une place à Nanashi qui se retrouva installé à côté du réalisateur. Ce dernier fondait sur lui de gros espoirs et Nanashi n'était pas sur d'être à la hauteur. L'homme parla du scénario et Itami déclara narquois
- Si c'est ta première expérience « gay », je serai me montrer doux...
Nanashi tourna son visage vers Itami et déclara froidement
- Je ne pense pas avoir besoin de faveur particulière. Je suis ici pour jouer et pas pour que l'on m'épargne !
- Oh... se moqua Itami.
- Je veux apprendre...
Itami se pencha en avant et déclara moqueur
- Alors, je vais te donner l'occasion de montrer tout ton talent ! Si tu crois qu'être acteur est aussi facile que d'être mannequin, tu te trompes et lourdement. Nos métiers n'ont aucun rapport... quand tu m'imploreras, je viendrai te chercher dans ta merde ! J'ai aidé bons nombres d'actrices et d'acteurs dans ma vie...
- Vous n'avez que trente cinq ans...
- Mais une longue carrière ! Je vous souhaite d'en avoir une aussi longue que la mienne...
Nanashi se retint de rétorquer se rendant compte qu'il avait froissé l'acteur. Il ne rétorqua rien... de toute façon, il devait faire ses preuves. L'angoisse le saisit une nouvelle fois de ne pas être à la hauteur, mais son expression était toujours aussi neutre. Nanashi remercia ses longues séances photos.
Lee observa ses deux acteurs et un fin sourire se forma sur ses lèvres. L'antagonisme entre les deux hommes était évident. Pourtant, s'il arrivait à les diriger pour faire ressortir le meilleur de leurs capacités, il ferait un très bon film... Itami-san était un acteur malléable à qui ont pouvait tout demander, tandis que Nanashi représentait pour lui le type même du japonais froid et distant. Cette espèce de beauté froide et intemporelle qu'on avait envie de briser. Quoique ce n'était pas son but.
Il recherchait de nouveaux talents et le regard de Nanashi lui avait fait promettre beaucoup. Il attendait beaucoup du mannequin et de le voir rabrouer Itami le satisfaisait au plus haut point. Il n'avait pas affaire à un type qui tremblait dans ses chaussures et encore moins, se laissait impressionner par la notoriété d'Itami... c'était un véritable problème pour lui.
Il n'avait qu'une hâte... c'était de commencer son film, de mettre en scène ces deux hommes qu'ils considéraient comme le summum de la beauté. Il en danserait presque sur son siège. Toutefois, c'est avec un grand calme qu'il s'adressait à l'un et à l'autre.
°°0°0°°
Masao s'occupa de Fuyuki et l'envoya coucher sans qu'elle ne puisse voir son père. Le jeune homme débarrassa la table et frissonna comme si un coup de vent frais parcourait sa peau. Avait-il un mauvais pressentiment ? Lorsqu'il entra sous la couette et qu'il enroula son bras autour de son oreiller... un grognement se fit entendre dans son dos. Surpris Masao ouvrit la lumière et trouva Nanashi au bord du lit.
- Quelque chose ne va pas ?
- J'ch'suis bourré
- Pardon ?
- Tora-san m'a fait boire plus que de raison...
Nanashi se laissa choir sur son amant et l'enlaça. Il enfouit sa tête contre sa nuque.
- Hum...
- Nanashi... tu as mangé ?
- Non...
- Tu as faim ?
- Non... Je veux dormir avec toi...
- Oh... Nanashi... tu ne veux pas prendre au moins une douche...
- Ne peux pas !
- Nanashi ?
Mais, seul un grognement lui répondit. Masao resta stupéfait. Comment se faisait-il que Nanashi soit saoûl ? Il ne l'avait jamais vu dans un état pareil. Quoiqu'il ne le connaissait pas suffisamment... mais sa réputation était celle d'un homme sobre et ayant les pieds sur terre... pas d'un pochetron ! Le saké qu'avait ingurgité le mannequin se propageait et Masao se fit une raison.
Il fit basculer le corps du mannequin et tenta de le déshabiller de son mieux. Au bout d'un long moment, enfin c'est ce qu'il semblait à Masao, il le glissa sous la couette. Immédiatement, deux bras le saisirent et Nanashi souffla :
- Masao...
Ce dernier se pencha et vit que son homme dormait du sommeil des alcooliques. Un léger ronflement se fit entendre. Il soupira et ferma la lumière. Il songea qu'il devrait préparer des aspirines pour le mal de tête de son amant le lendemain. Mais pour l'instant, ce dernier semblait plus en mode câlin qu'à se prendre la tête...